L’impératif de relancer l’exploration du potentiel minier et de l’investissement dans ce secteur ont été abordés à nouveau, jeudi dernier, par le ministre de l’Energie, alors que le dossier n’a pas cessé d’être évoqué durant ces derniers semaines de manière récurrente. Notamment lors du Conseil des ministres du 14 juin dernier.

Les déclarations du gouvernement sur l’ensemble du secteur font apparaître un contraste prévisible, mais saisissant entre le domaine minier des hydrocarbures, qui reste relativement performant en dépit des difficultés qu’il connaît depuis des années, avec des perspectives claires, et celui des autres gisements fossiles, où les données restent floues, voire peu encourageantes. Jeudi dernier, lors de son audition par la Commission Finances et Budget de l’APN, le ministre de l’Energie a conforté cette observation en faisant savoir que le domaine minier du secteur des hydrocarbures ne dépasse pas 38% de sa superficie totale, 1,5 million de km2, selon les estimations de son département. Les opportunités d’affaires y sont nombreuses, a-t-il soutenu, prévoyant d’importants contrats d’investissement après l’adoption par le Parlement des textes d’application «déjà prêts» de la nouvelle loi sur les hydrocarbures. L’optimisme de Mohamed Arkab peut être nuancé par cette réalité qui dit que l’exploration n’est pas synonyme de découverte et que des chantiers de prospection peuvent coûter plus d’argent que les gisements trouvés. Son enchantement peut être ramené raisonnablement aux prévisions d’experts algériens, dont d’anciens patrons de Sonatrach, selon lesquelles il n’est pas conseillé de rêver de la révélation dans le sous-sol algérien, hormis le schiste, de nouveaux grands gisements semblables à ceux de Hassi Messaoud et Hassi R’mel. Il n’en demeure pas moins que le pétrole et le gaz algériens continuent d’être la principale ressource économique du pays et ce moteur sans lequel il ne serait pas possible de financer ses besoins vitaux et d’amortir, par exemple, les conséquences conjoncturelles et à venir du choc provoqué par la crise sanitaire du nouveau coronavirus. Par ailleurs, on peut suivre M. Arkab quand il affirme que les résultats de la nouvelle loi sur les hydrocarbures, sans les textes d’application, se manifestent déjà à travers la signature d’un nombre important de mémorandums d’entente avec de grandes compagnies pétrolières depuis janvier dernier. On peut également apprécier positivement les études lancées par Sonatrach et l’Agence nationale pour la valorisation des ressources en hydrocarbures (Alnaft) pour l’investissement dans les gisements que l’ancien cadre législatif et fiscal rendait répulsif.

Domaine hors hydrocarbures, une dynamique qui tarde
En revanche, les informations recueillies sur le domaine minier hors hydrocarbures laissent sceptiques. 2016 n’a pas été l’année des mines et le responsable, qui a proclamé ce slogan, est aujourd’hui en fuite à l’étranger. La dynamique annoncée depuis plusieurs années n’a pas eu lieu dans cette filière et des projets annoncés en grande pompe avec des partenaires étrangers, chinois notamment, à l’exemple du complexe de phosphate de la région de Tébessa. Un dossier qui, selon le PDG de Sonatrach Toufik Hakkar, sera bouclé «avant la fin de l’année» avec, sans doute, de nouveaux partenaires. On affirme que le sol et le sous-sol algériens regorgent de matières premières minérales diverses, abondantes et de qualité, qui peuvent, une fois exploitées et rentabilisées de façon efficiente, accélérer un développement socio-économique durable du pays. On parle d’un inventaire minéral qui recense plus de 7 000 occurrences, gîtes et gisements reconnus dans des environnements géologiques et géodynamiques prometteurs. Dans la réalité, des cadres de l’Agence du service géologique de l’Algérie (AGSA) admettent que les grands programmes de recherche datent des années 1970 et l’actuel ministre de l’Industrie et des Mines annonce qu’on est encore à l’établissement d’une carte minière. Sa nouvelle indication, plutôt amère, est que les importations des intrants et des équipements industriels sont montées en flèche «sans un quelconque positif sur la croissance du Produit national brut». Ferhat Aït Ali Braham, qui présentait un exposé sur le sujet lors du Conseil des ministres du 14 juin dernier, a fait savoir que les importations en produits industrialisés, destinés à l’investissement et à la consommation ont atteint 12 milliards de dollars, «avec une exonération permanente et injustifiée de taxes douanières». D’où l’impératif de «réformes structurelles urgentes», dont «l’annulation de l’exonération de certaines taxes», a-t-il dit. n