Dans le cadre de cette 8e édition du Festival international du cinéma d’Alger (Fica), dédiée au film engagé, la guerre de Libération nationale est à l’affiche avec des œuvres mettant en lumière des pans de l’histoire de l’Algérie qui reste encore à découvrir.

Au menu des documentaires programmés, le 3 décembre prochain, la guerre de Libération nationale et les militants anticolonialistes seront à l’affiche avec deux documentaires d’exception. Le premier, de la journaliste et réalisatrice Fatima Sissani, «Tes cheveux démêlés cachent une guerre de sept ans» sera diffusé à 14h à la salle El Mougar et rediffusé le lendemain à la même heure à la Cinémathèque algérienne. Cette œuvre raconte l’histoire de trois femmes engagées aux côtés du FLN pendant la guerre de Libération nationale, en l’occurrence Eveline Lavalette-Safir, Zoulikha Bekaddour et Alice Cherki. A propos de sa démarche, la réalisatrice avait confié dans les médias : «Ce qui m’intéresse, c’est d’interroger la petite histoire pour comprendre la grande histoire sans passer par des spécialistes. Je pars du principe que les gens sont experts de leur vie. Le vécu d’une personne peut venir éclairer de façon parfois lumineuse un propos scientifique (histoire, sociologie, économie).» Ainsi Fatima Sissani a réussi, à travers son œuvre, à rendre hommage au combat des femmes algériennes durant la guerre de Libération, au-delà de leurs origines ou de leurs statuts sociaux. Dans son documentaire, elle leur donne la parole près d’un demi-siècle après les faits. Les séjours en prison et la torture sont abordés avec subtilité et sans artifices. Elle a aussi souligné que «la parole des femmes est reléguée au second plan». «Elle n’est pas considérée comme une parole à part entière. Elle est souvent considérée en regard de la parole dominante, celle des hommes. C’est pourquoi, j’ai choisi dans mes films une parole exclusivement féminine.» Le deuxième documentaire est programmé dimanche prochain à 16h30 à la salle El Mougar. Il s’agit de «Jean-Jacques de Félice», réalisé par Mehdi Lallaoui. Dans ce documentaire de 52mn, Medhi Lallaoui dresse le portrait et l’itinéraire de ce combattant des droits de l’homme et des peuples, ce passionné de justice. Il est souligné dans la présentation de ce documentaire : «Durant plus d’un demi-siècle Jean-Jacques de Felice a défendu auprès des tribunaux classiques ou d’exception (tribunaux militaires) les révoltés, les insoumis, les objecteurs de conscience, les réfugiés, les sans-papiers et les sans-grades de notre vaste monde.» Dans l’une de ses interview, diffusées sur le net, le réalisateur avais déclaré : «Ce documentaire est né de l’idée qu’il était important d’évoquer cet humaniste qui consacra toute sa vie à la défense des minorités, des sans-droits et des colonisés. Il avait ajouté concernant le choix des intervenants et des témoignages : «Cela n’a pas été facile tant les causes défendues par Jean-Jacques de Félice ont été nombreuses. J’ai pris donc une demi-douzaine de causes parmi les centaines de dossiers qu’il eut à traiter. Cela va de la défense des condamnées à mort du FLN durant la guerre d’Algérie, en passant par la défense des objecteurs de conscience et des pacifistes en prolongeant les témoignages par les familles du Larzac, Tahiti et ses amis de la Ligue des droits de l’homme dont il fut longtemps le vice-président. Et, bien entendu, une large partie du film témoigne de son engagement aux côtés du peuple kanak.» Il est à noter que Jean-Jacques de Félice était un membre actif de la Cimade (Comité inter-mouvements auprès des réfugiés), cofondateur du Gisti (Groupe d’information et de soutien des travailleurs immigrés, devenu Groupe d’information et de soutien des immigré-e-s) et du GIP (Groupe d’information sur les prisons). Il est sans cesse aux côtés des sans-papiers, des détenus, des sans-droits. Des «sans-logements» aussi, avec le DAL (Droit au logement). Né en 1928, Jean-Jacques de Felice est décédé en 2008 au cœur de l’été et autour des dossiers de ses futures plaidoiries en soutien aux exilés. Jusqu’à son dernier souffle, Jean-Jacques de Félice travaillait sur ses dossiers d’aide aux sans- papiers, aux Kurdes et à tous ceux qui n’avaient pas les moyens de se payer un avocat digne de ce nom. La problématique de l’approche cinématographique de fait historiques sera la thématique de la table ronde intitulée «Le traitement de l’histoire contemporaine dans l’écriture filmique», organisée le 6 décembre à la salle El Mougar Cette rencontre sera animée par des historiens, des universitaires, des réalisateurs et des documentaires qui apporteront leur réflexion sur l’écriture de l’histoire dans le septième art, soit sous forme de documentaire, soit sous forme fictionnelle.