Un film projeté dans un musée, c’est bien, surtout quand le sujet est d’ordre culturel. Mais quand ça se passe au niveau d’un sous-sol, c’est moins bien. C’est qui se passe depuis que Farid Djouamaâ a achevé le tournage de son improbable film documentaire.

Pas de salle de cinéma à Constantine, sauf des lieux de projection aux deux Palais de la culture et du Zénith, mais qui rechignent quand il s’agit d’un inconnu. Pour la petite histoire, le documentaire que nous allons commenter n’a été projeté qu’à la salle du Centre culturel français de Constantine et le Centre culturel algérien à Paris. Le mérite revient donc à la conservatrice du musée Cirta de Constantine d’avoir permis au film documentaire de se sédentariser le temps d’une après-midi. «Les faces cachées de Constantine», le titre dudit documentaire est déjà accrocheur. Il en dit long et pas assez. Le réalisateur amateur, Farid Djouamaâ, chargé de la communication au niveau de l’APC de Constantine, est fou. Fou de sa ville, Constantine. Il est parti, caméra en bandoulière pour (re) découvrir l’antique Kirta, puis Cirta. En 57 minutes, il fera le parcours de millions d’années de Constantine, de l’Atérienne, à la Caspienne, en passant par le néolithique et le numide. Car Constantine était d’abord une Caspienne avant que le rocher n’émerge, ne se transforme en «ville imprenable», pour paraphraser le titre de l’excellent ouvrage d’Isabelle Grangaud, et ne domine depuis des millénaires les vastes plaines qui l’entourent. La balade ira aussi nous proposer les secrets de la grotte de l’Ours, celle des Pigeons et celle du Mouflon. Des grottes sous les pieds des touristes visitant le Monument aux morts, des grottes que tous les Constantinois voient tous les jours mais ne regardent jamais. Le documentaire deviendra moins «géologique», mais plus intéressant et surtout mystique, quand le réalisateur s’attaquera aux faces cachées de Constantine. «Je n’avais qu’un budget très limité accordé dans le cadre de «Constantine, capitale de la culture arabe». J’aurais pu montrer toutes les caches de Constantine, mais j’étais limité par le budget. J’espère dans un proche avenir décrocher un budget plus important pour continuer mon travail culturel et d’investigation», nous dira Farid Djouamaâ. C’est ainsi que les Bains de Sidi Mimoune et la Nechra, le tunnel des moulins Lavie et son funiculaire, le marché central et ses vestiges romains, le rocher des Martyrs et le pont du Diable, les missionnaires décapités en 259 de notre ère, l’hôtel de Paris et sa magnifique grotte naturelle seront mis en évidence par le réalisateur qui nous enchantera par des prises de vue de toute beauté. Un mélange de travail d’archéologue à la Indiana Jones, et les pertinences photographiques d’un Yann Arthus-Bertrand. Les commentaires seront moins pertinents que les images, mais qu’importe.
Le film documentaire «Les faces cachées de Constantine» mérite qu’on le découvre, même si c’est dans une atmosphère viciée d’un sous-sol humide. Gageons quand même que ce travail trouvera prochainement à Alger, pourquoi pas, une seconde vie et qu’il soit découvert par un public non averti sur les faces connues et inconnues de Constantine, la Cité trois fois millénaire.