Nommé hier au poste de Premier ministre, Abdelaziz Djerad devra faire face à de multiples demandes qui ne cessent de s’exprimer, quotidiennement, dans un contexte interne dominé par l’endurance dont fait preuve le mouvement populaire pour le changement, même après la tenue de l’élection présidentielle, suivie par la main du dialogue tendue par le président Abdelmadjid Tebboune.
D’abord, il hérite d’une gestion publique qui a fonctionné à minima depuis l’installation, fin mars dernier, du gouvernement Bedoui, au lendemain du départ du président Abdelaziz Bouteflika, dans un contexte de crise politique inédite.
M. Djerad arrive, en effet, au Palais Docteur-Saâdane dans une nouvelle configuration institutionnelle, marquée notamment par la tenue de l’élection présidentielle qui a propulsé M. Tebboune à la tête de la magistrature suprême, mais où les préoccupations ne manquent pas. Bien au contraire, les mots de la crise sont toujours là dans l’espace public au vu de la détermination du mouvement populaire, qui a abordé avant-hier son 45e vendredi avec l’émergence de signes de violences plus qu’inquiétants.
En effet, les signes de violences déplorés dans plusieurs wilayas (Oran, Bordj Bou-Arréridj, Annaba, Constantine…) mettant aux prises des partisans du Hirak agressés par ceux qui n’y adhèrent pas, sur fond de suspicions d’incitations à l’affrontement, appellent davantage la responsabilité de l’autorité.
Cette évolution met manifestement une pression supplémentaire sur le désormais Premier ministre, tenu plus que jamais d’ouvrir des canaux de dialogue avec le mouvement populaire. D’autant plus que M. Djerad ne porte pas un a priori négatif sur ce mouvement, s’il l’on se fie à ses déclarations publiques en mi-avril, soit après le 8e vendredi de la mobilisation populaire. A cette époque-là, M. Djerad, qui s’est exprimé en sa qualité d’enseignant et spécialiste en sciences politiques, plaidait « la satisfaction des revendications légitimes et correctes du peuple ». Mieux, il avait mis en évidence « une rupture de confiance très importante » entre le peuple et ses gouvernants, une confiance qu’il a évoquée une nouvelle fois, hier, dès sa réception par le président Tebboune qui l’a chargé de nommer son staff gouvernemental.
« Nous sommes, aujourd’hui, devant un défi majeur qui consiste en le recouvrement de la confiance en notre société », évoquant par la même occasion, « la nécessité de travailler avec l’ensemble des compétences nationales, des cadres du pays et des citoyens et citoyennes en vue de relever les défis socioéconomiques et sortir de cette période délicate que traverse notre pays». En parlant de la nécessité de rétablir la confiance entre le citoyen et l’autorité publique, le successeur de Bedoui semble prendre la mesure de la gravité de la situation. D’où l’attente de voir le désormais Premier ministre envoyer des signes d’apaisement et d’assurance à l’égard des citoyens, s’agissant de la gestion des affaires publiques de la cité, mais aussi vis-à-vis des partisans du mouvement populaire.
Sur ce terrain, nul doute qu’il s’agit d’une véritable urgence au vu de la pression que ne cesse de maintenir ce mouvement à travers les actions de protestation qui se tiennent aux quatre coins du pays.
Une urgence vraisemblablement accentuée par le risque d’affrontement qui accompagne les manifestations de rue, un antagonisme qui s’est corsé depuis le décès du chef de corps d’armée, Ahmed Gaïd Salah, lequel a suscité des marques de compassion et de sympathie auprès des Algériens au moment où d’autres avaient une attitude contraire.
En définitive, cet antagonisme, qui tend à s’exprimer dans la réalité, après s’être développé virtuellement, ne menace pas le caractère pacifique des manifestations. Ce qui peut constituer, on ne le dira jamais assez, un avertissement au gouvernement qui doit être celui de l’action et de la solution.