Le salon s’ouvre aujourd’hui au moment où la sécurité alimentaire et le renforcement de l’offre domestique en biens et services s’imposent comme les défis de l’heure. L’évènement est une opportunité pour débattre de la réalité de l’amont agricole algérien et évaluer le niveau de production agroalimentaire, sa performance et son potentiel.

Par Hakim Ould Mohamed
Le salon annuel dédié aux industries de l’agroalimentaire (Djazagro) ouvre ses portes, aujourd’hui, au palais des expositions de la Safex. Selon les organisateurs, cette 19e édition du Djazagro prévoit d’accueillir, cette année, près de 500 exposants de 25 pays activant dans six secteurs d’activité, à savoir le conditionnement et l’emballage alimentaire, l’hygiène et l’analyse industrielle, la manutention, le transport et le stockage, matériels et équipements ainsi que les matières premières et les produits semi-finis. Plus de 20.000 professionnels sont également attendus dans les secteurs des industries agroalimentaires, de la boulangerie-pâtisserie, de l’hôtellerie-restauration, des importateurs-exportateurs et des distributeurs d’équipements. Mais, pour l’Algérie, l’intérêt de ce salon est bien autre, alors que les défis de la sécurité alimentaire et le renforcement de l’offre domestique en biens et services ne se sont jamais posés avec une telle acuité, sur fond de crise alimentaire mondiale, menaçant aussi bien l’offre en produits alimentaires de base que les chaines d’approvisionnement et le commerce mondial, nettement fragilisés déjà par les deux années de choc pandémique.
Le salon se présente comme l’occasion idoine afin d’évaluer le potentiel algérien de production agroalimentaire et son niveau de résilience face à la pandémie, mais aussi ses capacités à même de relever les défis qui s’offrent à l’Algérie en matière de sécurité alimentaire et de substitution des importations par l’offre interne. Les chocs de l’offre et de l’inflation déclenchée par le conflit russo-ukrainien imposent à l’ensemble des économies de la planète une révision des modes de production agricole et agroindustrielles en fonction des besoins en interne afin de prémunir les populations contre les flambées des cours, les tensions sur l’offre et leurs conséquences au niveau de l’inflation. D’autant plus que, selon la Banque mondiale, le FMI, la FAO et, plus récemment l’agence Moody’s, s’attendent à ce que les prix élevés des denrées alimentaires et de l’énergie pourraient durer encore plusieurs mois en raison des prix élevés des produits alimentaires de base et de l’énergie, ce qui devrait se traduire par des pressions inflationnistes plus importantes, alors que les taux sont à des niveaux historiques dans plusieurs régions du monde, dont l’Europe, premier partenaire commercial de l’Algérie.
Mathématiquement, l’inflation importée se traduit lorsque les cours des produits alimentaires de base sont élevés et les taux d’inflation en nette hausse dans les pays partenaires, ce qui signifie que la conjoncture actuelle pourrait faire subir à l’Algérie le phénomène d’inflation importée, indépendamment des mesures prises pour faire tomber cette fièvre inflationniste au profit du consommateur algérien. Plus loin, une pression à la hausse supplémentaire sur les prix des matières premières, des perturbations plus durables de la chaîne d’approvisionnement pourraient saper les perspectives économiques, tant il est vrai que l’entreprise serait l’agent économique le plus touché par ces risques. Les dépréciations à répétition de la valeur du dinar au milieu de craintes quant aux perspectives d’approvisionnement en intrants pourraient également devenir un facteur à risque pour l’entreprise et, plus globalement, pour l’économie. Ce pourquoi, au-delà des considérations d’ordre conjoncturel, l’Algérie doit investir urgemment dans l’amélioration des rendements du secteur agricole et agroindustriel ainsi que dans celui des services qui pèsent pour plus des deux tiers dans le coût global des importations. Le secteur de l’agriculture a montré qu’il était capable de faire face aux conséquences de la crise sanitaire, pendant que d’autres secteurs s’écroulaient sous l’effet des confinements et de la baisse de la commande publique. Cependant, il y a encore des chocs externes dont l’Algérie doit se méfier, car le pays fait également partie du monde, où les hausses des prix des produits alimentaires, de l’énergie et des métaux ainsi que de l’ensemble des matières premières sont appelées à s’inscrire dans la durée. Ce pourquoi, la 19e édition du Djazagro s’annonce comme une opportunité afin que toutes ces questions d’intérêt national soient discutées entre professionnels et pouvoirs publics dans le but d’anticiper les futurs chocs et mettre le pays sur une trajectoire plus positive. <