L’ère Djamel Ould Abbès comme secrétaire général du Front de libération nationale (FLN) a pris fin hier avec l’installation d’une instance collégiale que coordonnera le président de l’Assemblée populaire nationale (APN), Mouad Bouchareb. C’est manifestement la fin d’un mode de gestion.

Mais c’est aussi la fin d’un flou qui aura marqué la vie organique du parti depuis l’annonce surprise de démission d’Ould Abbès, accompagnée d’une situation de flottement au sein des structures de l’ex-parti unique.
Car l’annonce de départ d’Ould Abbès, le 14 novembre, avait été suivie par des remises en cause émanant des membres du parti.
Ces dirigeants, s’ils n’avaient pas clairement défendu le désormais ex-secrétaire général du parti, n’ont pas approuvé les candidats potentiels à sa succession, notamment Mouad Bouchareb à qui il a été reproché le fait qu’il ne soit pas membre du bureau politique du FLN.
Dans une confusion totale, des membres du Bureau politique montaient au créneau en «résistants» pour soutenir que Djamel Ould Abbès était toujours en poste et qu’il reprendrait la gestion du parti une fois rétabli de son « malaise ».
Cette résistance, qui n’a pas manqué de renforcer la confusion au sein du FLN, a été actée à travers un communiqué du parti dans lequel il a été signifié que Ould Abbès était toujours en poste. « Ould Abbès dirige le parti à partir de chez lui », était alors la trouvaille d’Ahmed Boumahdi, membre du BP, qui s’est opposé de manière franche au départ d’Ould Abbès et son remplacement par Bouchareb.
La situation frôlait alors l’incompréhensible dans une formation politique dont la gestion se confondait toujours avec celle des structures de l’Etat. D’autant plus que le parti s’est engagé sur plusieurs fronts, dont notamment les élections sénatoriales prévues le 29 décembre prochain ainsi que l’alliance de la majorité présidentielle avec ses pairs du RND, TAJ et MPA.
La tergiversation qui aura marqué le quotidien du Front où les dirigeants ne savaient point ce qui se passait au sein du FLN où se succédaient également des déclarations et des contre-déclarations. Ce qui a vite ouvert la voie à tout genre de supputations, non seulement par rapport à la situation organique du FLN, mais bien au-delà. Les lectures vont alors bon train aussi bien par rapport à un fait qui relève du passé récent qu’en liaison avec un autre événement prévu dans un futur proche. Il s’agit, pour les faits passés, de la situation – inédite elle aussi – qui avait prévalu au niveau de l’APN où les députés de la majorité présidentielle ont exercé un forcing, appuyé notamment par Ould Abbès, pour éjecter l’ancien président de l’Assemblée.
Pour l’événement à venir, il s’agit de l’élection présidentielle du printemps prochain, et dans laquelle le FLN devra tenir un rôle central qui a été toujours le sien dans la mesure où il constitue la première force politique du pays.
La fin d’Ould Abbès conforte par ailleurs les partisans du changement, qui, s’ils doivent être nombreux dans les structures du parti, ne se sont pas hasardés à émettre le moindre avis durant le flou qui a marqué le Front.
Ce n’était pas la posture de Mahdjoub Bedda, dirigeant du parti et aussi ministre des Relations avec le Parlement, qui n’a pas usé de nuances pour plaider le départ d’Ould Abbès et pour un « sang neuf » à la tête du parti.
Pour lui, «le parti est passé par des moments difficiles et a connu des problèmes, ce pourquoi il faut du sang neuf à la tête du parti, un jeune fidèle au président Abdelaziz Bouteflika, et qui apportera un plus au FLN», avait-il annoncé alors que le parti se cherchait encore une voie de sortie de son malaise organique.
L’installation officielle depuis hier de l’instance collégiale signera-t-elle un retour à l’ordre organique précédant l’élection d’un nouveau SG du parti à élire prochainement ? Cette installation contribuera-t-elle à calmer les esprits et à éteindre les signes de clivage qui se sont fortement exprimés dans la maison du FLN ? Il y a bien des raisons de douter pour un parti qui n’est pas régi que par ses statuts.