La riche histoire de Djamel Bessaih, décédé en juillet 1991, nous apprend que l’Algérie postindépendance s’est construite avec de jeunes cadres sortis de l’Université algérienne ou à l’étranger et qui, aux premières décennies de l’Indépendance, ont bien su remplacer les cadres français au sein de l’administration partis en 1962. Ce mouvement d’affranchissement de la dépendance de la puissance colonisatrice avait été préparé bien avant par l’Union générale des étudiants algériens (Ugema) qui activait pour l’indépendance de l’Algérie durant la guerre de libération.
Djamel-Eddine Bessaih est diplômé des sciences politiques à la Fac centrale, option économie politique, obtenu dès 1962. Il fait partie des premiers diplômés de l’Université algérienne. Alors qu’il était encore étudiant, au lendemain du cessez-le-feu le 19 mars 19962, il fut l’un des premiers administrateurs du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) recruté pour préparer administrativement le référendum historique d’autodétermination du 1er juillet 1962. Un événement historique qui allait permettre aux Algériens de gouter à la liberté. Les Algériens avaient voté à la grande majorité pour l’indépendance du pays et leur refus d’être administrés par la France. Djamel-Eddine Bessaih fait partie aussi des premiers journalistes de la presse postindépendance. Après un bref passage à la Radio d’Alger en tant qu’animateur d’émissions politiques, il entame en 1963 la carrière de journaliste ensuite à la revue El Djeich, puis au quotidien Le Peuple, qui deviendra plus tard El Moudjahid. Il intervenait de manière pertinente dans les rubriques économiques, sociales et culturelles. Il avait côtoyé ainsi de près la prestigieuse équipe de feu Naït Mazi et où il pouvait retrouver un brillant Professeur à l’Université d’Alger, l’exceptionnelle écrivaine Assia Djebbar, chroniqueuse de talent à cette époque, au sein de ce journal. Djamel-Eddine Bessaih était ainsi l’un des cadres de la première génération postindépendance hautement diplômés sur lequel reposait l’avenir de cette jeune Algérie.
Après plusieurs années de journalisme, il est appelé à l’Inped dans le cadre des programmes d’aide au développement économique de l’Algérie industrialisante. Il a participé ainsi à des études et des réflexions qui ont contribué au développement industriel du pays à l’époque du Président Boumediène. Il rejoint, en 1974, le ministère du Commerce et ce jusqu’en 1991. Au sein de ce département, il a été membre de plusieurs cabinets ministériels et a participé à l’élaboration de plusieurs propositions de réformes. A noter qu’au lendemain des émeutes d’Octobre 1988, il fait partie des membres fondateurs de l’Union des sociologues et économistes algériens, un organe de la société civile érigé en force de propositions.
Djamel-Eddine Bessaih était amoureux de l’Algérie, de son histoire et de sa culture. Il était un livre d’histoire, une bibliothèque entière de souvenirs historiques dont il parlait peu. Mais quand il le faisait, on était fasciné par ses récits, lui, qui avait vécu -en tant que jeune administrateur du GPRA et en tant que chevalier de la plume- les grands événements qui ont marqué la jeune histoire de l’Algérie indépendante, en plus de ses liens familiaux proches avec la famille Bessaih, qui était engagée dans le mouvement national pour la libération du pays. Relations qui lui ont permis d’avoir une fine connaissance des nuances du contexte de l’époque et de connaître personnellement des personnages emblématiques du monde politique et historique algériens. Cet hommage est rendu afin que nul n’oublie les efforts de ces jeunes patriotes algériens dans leur quête d’une Algérie puissante. Efforts qui ont été parasités par la suite par le détournement de la volonté des martyrs et de la population à ériger une Algérie souveraine, prospère, solide économiquement. <