92 personnes suspectées de culpabilité ou de responsabilité dans l’horrible assassinat de Djamel Bensmaïl, mercredi 11 août, à Larbaâ Nath Irathen ont été déférés hier devant le procureur de la République. Les mis en cause sont poursuivis pour homicide volontaire, lynchage et immolation par feu d’un cadavre, violation de l’enceinte d’un poste de police, appartenance à un groupe terroriste et actes de vandalisme portant atteinte à la sécurité de l’Etat, a précisé une source judiciaire. Alors que l’enquête n’est pas finie, un procès hors norme s’annonce.

Par Feriel Nourine
L’affaire du crime crapuleux perpétré contre Djamel Bensmaïl se trouve, depuis hier, devant le Parquet du tribunal de Sidi M’hamed, à Alger, où les 61 suspects arrêtés par les services de police ont été présentés devant le Procureur de la République.
Ces derniers sont arrivés tôt le matin sur les lieux dans les fourgons de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI). Une ambiance particulière régnait alors dans les alentours du tribunal où un important dispositif de sécurité était déployé par des éléments du Groupement des opérations spéciales de la police (GOSP).
Outre les personnes se trouvant en état d’arrestation, plusieurs mineurs étaient convoqués par le Parquet dans cette affaire qui a jeté l’émoi parmi les Algériens à travers tout le territoire. Au total, ce sont 92 suspects qui devaient se présenter devant le représentant du ministère public pour être entendus sur les circonstances de l’abominable meurtre du jeune homme, parti de Miliana pour participer à l’élan de solidarité au profit d’une Kabylie ravagée par les incendies de toutes parts, mais qui mourra dans des conditions atroces à Larbaâ-Nath-Irathen, où une foule en délire criminel l’a lynché puis immolé.
Les personnes arrêtées par la police sont suspectées d’être «impliquées à différents degrés dans l’homicide, l’immolation et la mutilation d’un cadavre, la destruction de biens et la violation d’un siège de police», a souligné la Direction générale de Sûreté nationale (DGSN), la semaine dernière, dans un communiqué faisant part de l’arrestation de 25 autres mis en cause, venus s’ajouter au 36, dont 3 femmes, annoncé auparavant, précisément 5 jours après l’assassinat de Djamel, un mercredi 11 août à LNI.
Lors d’un point de presse consacré aux premiers résultats de l’enquête, menée par les services qu’il dirige, le Directeur de la police judiciaire, Mohamed Chakour, avait alors annoncé l’arrestation de 36 personnes. Lesquelles sont suspectées d’être impliquées dans l’horreur vécue par la victime. Parmi ces suspects figure le jeune homme qui a poignardé Djamel, a souligné M. Chakour, précisant que «son arrestation a eu lieu alors qu’il tentait de prendre la fuite vers le Maroc». Le DPJ a ajouté que 3 femmes se trouvaient parmi les 36 mis en cause, dont celle «qui a appelé à égorger la victime après son immolation». Il dira aussi que «tous les présumés coupables ont participé d’une manière ou d’une autre au crime», a poursuivi le chef de la police.
Concernant les circonstances d’arrestation de Djamel, le même responsable dira que c’est la victime qui avait décidé d’appeler la police après s’être sentie menacée. «Dès que Djamel a constaté qu’il y avait des soupçons autour de lui, il a appelé la police, qui l’a conduit au commissariat de la localité», où la foule déchaînée l’attendait malheureusement pour l’assassiner en usant des plus abjectes pratiques criminelles. Le communiqué de presse de la DGSN est venu, mardi dernier, s’inscrire dans la même thèse de conspiration qui a coûté la vie au jeune artiste de Miliana.
Annonçant 25 nouvelles arrestations, la même source a souligné que la police a également mis la main sur le téléphone portable de la victime et récupéré des «informations étonnantes sur les véritables mobiles du meurtre du jeune Djamel Bensmaïl, qui seront révélées par la Justice ultérieurement en raison du secret de l’instruction». La DGSN a également indiqué que l’enquête a permis de «découvrir qu’un réseau criminel, classé comme organisation terroriste, est derrière le plan ignoble, de l’aveu de ses membres arrêtés». Référence faite assez explicitement au MAK, d’autant que le même communiqué allait être relayé, le jour même de sa diffusion, par une série de vidéos émanant des services de sûreté nationale, montrant des mis en causes faire des aveux sur «leur implication» dans le crime qui a secoué l’Algérie, précisant qu’ils étaient des militants du mouvement dirigé par Ferhat Mehenni. Ils ont avoué avoir «frappé la victime avant de la traîner, tuer, brûler puis mutiler» au niveau la place du martyr Abane-Ramadane, au centre-ville de Larbaâ Nath Irathen.

Enquête toujours en cours
Jeudi dernier, le Haut-conseil de sécurité tenait une réunion consacrée en bonne partie aux incendies qui ont touché récemment plusieurs régions du pays, dont notamment la Kabylie où des dizaines de feux de forêt ont été enregistrés.
Pour le HCE, le MAK, mais aussi Rachad sont impliqués dans cette catastrophe qui a causé la perte de plusieurs vies humaines, fait d’importants dégâts matériels chez les populations et ravagé une bonne partie du patrimoine forestier de l’Algérie. Le Conseil accuse par ailleurs les deux mouvements classés organisation terroriste dans l’assassinat de Djamel Bensmaïl.
«Le président de la République a donné instruction à tous les secteurs pour le suivi de l’évaluation des dégâts et la prise en charge des sinistrés de ces incendies, dont il est prouvé l’implication des mouvements terroristes (MAK, Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, ndlr) et (Rachad) et aussi leur implication dans l’assassinat de Djamel Bensmaïl», a indiqué un communiqué de la Présidence. Ajoutant que «dans ce contexte, le Conseil suprême de sécurité a décidé, outre la prise en charge des blessés, que les services de sécurité intensifient leurs efforts pour arrêter le reste des personnes impliquées dans les deux crimes, ainsi que toutes celles affiliées aux deux mouvements terroristes, qui menacent la sécurité publique et l’unité nationale, jusqu’à ce qu’elles soient radicalement éradiquées». Le Haut-conseil de sécurité accuse «en particulier, le MAK, qui reçoit le soutien et l’assistance de parties étrangères, notamment du Maroc et de l’entité sioniste, où les actes hostiles répétés du Maroc contre l’Algérie ont nécessité une révision des relations entre les deux pays et l’intensification de la surveillance de la sécurité aux frontières occidentales», a-t-il indiqué.