Le grand défi de l’appareil judiciaire est de veiller à l’application et au respect des lois, a affirmé, dans cet entretien, Djamel Benyoub, avocat, qui s’exprime sur ce que prévoit le plan d’action du gouvernement Djerad dans ce registre. L’avocat au barreau de Béjaïa s’est montré également critique à l’égard du « recours abusif » à la détention préventive alors que cette ordonnance devait être l’exception et non la règle.

Reporters : Le projet de plan d’action du gouvernement, qui sera présenté aujourd’hui devant le Parlement, prévoit de renforcer entre autres l’indépendance de la Justice, d’améliorer la qualité de sa décision et la performance du système pénitentiaire, ainsi que de garantir la sécurité des personnes et des biens…
Djamel Benyoub : Permettez-moi de rappeler que le pays dispose déjà d’un arsenal juridique censé garantir l’indépendance de la justice, les libertés collectives et individuelles, la séparation des trois pouvoirs, ainsi que des lois considérant l’ordonnance de la détention préventive comme une exception, et non pas la règle. Ainsi, comme vous pouvez le constater les textes sont là, mais c’est bien leur application qui fait défaut en Algérie. Il faut dire que les aspects législatif et juridique étaient toujours en faveur des libertés et de l’indépendance de l’appareil judiciaire, sauf que la réalité est tout autre.

Qu’est-ce que vous recommandez en tant que juriste pour y remédier ?
Encore une fois, ce ne sont pas les textes de lois qui manquent pour aller en élaborer d’autres. Ce qui manque, c’est l’application et le respect des lois en vigueur. C’est ce qu’on n’a jamais cessé de réclamer depuis toujours. Car, les lois en vigueur indiquent explicitement, à titre d’exemple, que la détention préventive est l’exception et non la règle.
Mais on assiste malheureusement, depuis l’enclenchement du mouvement populaire en cours, au recours abusif à cette ordonnance au grand dam des lois existantes et des plaidoiries durant lesquelles on explique que les mis en cause pourront répondre à la justice à n’importe quel moment, mais ils sont quand même maintenus en prison. S’agissant de l’indépendance de la justice, le président du Syndicat national des magistrats (SNM) Issad Mebrouk a ouvertement dit que la justice n’a jamais été indépendante depuis l’indépendance. Dimanche, pendant son réquisitoire, le procureur de la République près le tribunal de Sidi M’hamed a confirmé, lors du procès de manifestants arrêtés au 48e vendredi de mobilisation populaire, les propos de M. Mebrouk, et plaidé pour la relaxe de 19 manifestants poursuivis en justice pour des délits qu’ils n’ont pas commis. Comme l’a indiqué le procureur, les Algériens réclament l’indépendance de la justice et a rappelé que nos concitoyens marchent d’un pied ferme pour une « Algérie nouvelle, une Algérie où la justice sera libre et indépendante ». C’est pour ces raisons que le parquet a demandé la relaxe.

Ce réquisitoire qualifié de première annonce-t-il du nouveau dans le travail de la justice ?
Une première peut-être, mais qui ne sort pas de l’ordinaire si l’on part du principe que le procureur est un représentant du peuple. Et quand le procureur estime que les faits reprochés aux prévenus ne constituent pas un délit, il plaide pour l’acquittement pur et simple. Et les détenus d’opinion n’ont commis aucune infraction ou délit qu’incrimine la loi. Le procureur dans un cas pareil a la prérogative de demander la relaxe.

Quelle appréciation faites-vous de la situation des droits de l’Homme actuellement ?
La régression des libertés individuelles et collectives nous inquiète. On assiste quotidiennement à des interpellations et arrestations arbitraires, suivies par des poursuites judiciaires. Les droits fondamentaux ne sont pas respectés. Il suffit de suivre l’actualité à travers le territoire national pour constater les nombreux dépassements et violations dont sont victimes les citoyens, militants politiques et associatifs.