Djahida Haoudef est l’une des premières artistes à réagir sur les réseaux sociaux pour renouer le lien avec le public, en proposant un dialogue avec l’art en tant que thérapie, source d’apaisement et de décompression en ses temps de blocus dû au Covid-19. L’artiste peintre nous explique, dans cet entretien, sa démarche et souligne l’importance de l’art dans le contexte actuel de pandémie.   

Reporters : Tout d’abord, comment avez-vous pris la décision de publier une œuvre chaque jour sur votre page, durant quinze jours, en invitant  les internautes à la commenter  dans le contexte actuel de la pandémie du Coronavirus ?
Djahida Haoudef : Il y a une semaine, en pleine crise du coronavirus et avant de réaliser son impact nocif, j’ai invité chez moi une amie qui avait le désir d’apprendre l’aquarelle. Son esprit était saturé par toutes les rafales interrompues d’infos reçues de cette nouvelle épidémie. Après avoir peint son aquarelle, elle est sortie de sa séance de travail apaisée et un peu plus légère. Cette petite expérience démontre bien le rôle primordial que peut apporter l’art dans la libération des énergies, dans l’allègement de l’être et de son âme pour leur envol. Et c’est ce qui a été démontré à travers l’histoire dans toutes les recherches scientifiques et les expériences artistiques que l’humanité a connu jusqu’à présent. J’ai donc décidé d’apporter ma part de contribution et de soutien au secteur médical pour apaiser cette tension. Et d’une pierre deux coups, profiter pour sensibiliser davantage notre société aux apports bénéfiques que l’art peut engendrer à court ou à long terme. Mon idée était de lancer un dialogue avec l’art sur les réseaux sociaux, qui restent notre seul moyen de connexion durant cette période  critique, et maintenir le cordon ombilical humain. Poster une œuvre d’art chaque jour pendant une quinzaine, période prescrite par la médecine. Ainsi frayer un chemin d’échanges, de réactions et de partages.     

Vous dites que l’art est la meilleure thérapie. Justement, comment sensibiliser les internautes ?
Justement, cette crise inédite dans l’histoire de l’humanité, ce virus qui a heurté et qui a basculé les données scientifiques, cette situation où toute l’humanité de la terre entière, qui s’est trouvée au jour au lendemain à l’arrêt de toutes activités, le confinement et l’isolement, les remises en question, le risque que la terre entière peut se vider de sa population en une fraction de seconde, est sans doute un tsunami psychologique redoutable. Quand on se retrouve devant un tel fatalisme, aucune richesse ne peut compenser cette douleur  qu’on a en soi. Nourrir son esprit et son âme est le vrai capital de l’être humain. Jusqu’à preuve du contraire, l’art a toujours été le point fort du système immunitaire. C’est une sorte d’atome qui marque un début et une fin, un signe de Big Bang pour relativiser davantage.     

Il y a de nombreux commentaires et des partages suite à vos publications. Quel est votre sentiment face à ce feed-back ?
Adhérer à l’idée de dialoguer avec l’art ne peut être qu’un retour salutaire qu’il faut absolument nourrir  encore plus. C’est aussi une belle occasion de saisir ce feed-back, d’entretenir la continuité de sa lancée et la faire pousser sous d’autres branches, afin de voir l’arbre fruiter grandir et dilater son bouquet le plus largement possible. Plus il aura des feuilles, l’addition de leurs mouvements et la fusion de leurs énergies, miroiteront davantage de lumière, ainsi le murissement des fruits attirera forcement les fleurs. 
Une fois que cette période sera passée, quels sont vos nouveaux projets d’expositions ? Et est-ce que les tableaux que vous aurez publiés durant ces quinze jours feront le thème d’une exposition ?
Mon souhait est qu’on passe rapidement cette affolante période, plus cette atypique situation sera courte, mieux c’est. Ramasser les morceaux d’un chaos et les recoller n’est pas une mince affaire. Les fissures montreront d’une manière ou d’une autre, et à tout moment, le bout de leur nez. Minimiser les dégâts avec les bonnes actions peut panser les failles. Une chose est sûre, la matière de ce dialogue mijoté pendant une douleur renaîtra sous d’autres lumières. Sa renaissance activera la sève des mémoires.n