Plus de dix jours après les incendies dévastateurs, qui ont débuté le 9 août en Kabylie avant de toucher d’autres régions de l’Est, notamment Skikda, El Tarf, Jijel, Sétif, Annaba, l’onde de choc est toujours vive.

PAR NAZIM B.
Signe d’une tragédie dont il sera difficile de se départir, aussi bien psychologiquement qu’en ce qui concerne les activités agricoles impactées au vu de l’ampleur des dégâts occasionnés par les feux. Les populations des zones les plus touchées, notamment en Haute-Kabylie, n’arrivent pas à tourner la page. Ils observent encore les dégâts incommensurables.
Marqueur, également, d’une situation qui ne manquera sans doute pas de laisser des traces, les caravanes de solidarité qui continuent d’affluer vers les localités sinistrées qui n’hésitent pas, selon des témoignages, à réclamer des vivres de tout genre. Car si les flammes sont complètement éteintes depuis quelques jours, Tizi Ouzou, Skikda, El Tarf font face à des conséquences dures à surmonter, d’où l’insistance des bonnes volontés à leur apporter aides et assistance. Un comportement individuel et collectif unanimement salué par les Algériens.
Cependant, les circonstances du meurtre de Djamel Bensmaïl à Larbaa Nath Irathen, les individus impliqués et arrêtés, les polémiques générées continuent de constituer un «carburant» pour les animateurs des réseaux sociaux, devenus, à travers certains échanges virtuels, l’arène de la haine et de l’invective. Et les premières poursuites sont déjà là dans la mesure où les éléments de la brigade de lutte contre la cybercriminalité de la Police judiciaire de la Sûreté de wilaya d’Oran ont procédé à l’arrestation de quatre individus impliqués dans la diffusion de vidéos subversives qui appellent à la haine et à la discorde entre les citoyens, selon un communiqué de la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) rendu public vendredi. Les mis en cause seront présentés devant le procureur de la République, a indiqué la même source. Y aura-t-il d’autres arrestations pour les mêmes motifs au vu de l’intensité et de la récurrence de ce genre de discours sur les réseaux sociaux ? Tout porte à le croire. D’autant plus que des voix parmi les représentations politiques et sociales et du mouvement associatif appellent, non seulement à bannir le discours de la haine, mais à poursuivre les auteurs et présumés coupables de tout genre de dérive.
Il y a quelques jours, la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADH), présidée par Mokhtar Bensaïd, a décidé de réagir à une vidéo appelant à la haine raciale, en saisissant la justice. Sur cette vidéo, on voit trois jeunes, qui se disent de Annaba, appeler à rayer la Kabylie de la carte de l’Algérie, a souligné la LADH, qui estime que «ces individus tentent d’utiliser la tragédie nationale et l’effet de choc provoqué par l’inqualifiable assassinat de «Jimmy» pour cracher leur venin et distiller leur haine contre les habitants de toute une région du pays». La LADH a indiqué, suite à ce «dérapage», que son président a instruit le bureau d’Annaba à l’effet «d’entreprendre les procédures judiciaires nécessaires dans cette affaire». Selon la cette dernière, le président du bureau d’Annaba, Maître Adel Messaoudi, a introduit, mardi 17 août 2021, une plainte contre «X» auprès du procureur de la République près le Tibunal d’Annaba afin que tous les individus ayant pris part à cette vidéo soient identifiés et jugés pour «discours de la haine comprenant un appel à la violence», conformément à l’article 32 de la loi sur la lutte contre la discrimination et le discours de haine.
La LADH regrette qu’au moment où l’Algérie subit une vague de tragédies nationales (Covid-19, incendies, lynchage d’un innocent…), et a besoin de la conjugaison des efforts de toutes ses filles et tous ses fils, certaines parties malintentionnées déversent leur haine et tentent d’exploiter une épreuve douloureuse pour diviser les Algériens et allumer le feu de la fitna. Pour la même organisation, «ces parties, qui peinent à cacher leurs idéologies racistes et antipatriotiques, n’hésitent pas à faire l’amalgame entre une bande d’assassins, que les forces de l’ordre et la justice sont en train d’identifier et d’arrêter, et les habitants de toute la région de Kabylie».
Estimant qu’il s’agit là, d’un «raccourci dangereux» qu’elle ne peut accepter, la LADH a réitéré son appel à «l’union du peuple algérien face aux nombreuses épreuves qu’il traverse et à continuer l’élan de solidarité entre Algériens». Depuis l’année passée, l’Algérie s’est dotée d’une loi relative à la prévention et à la lutte contre la discrimination et le discours de haine, un texte qui vise à prévenir et à sanctionner toutes les formes d’expression qui propagent, incitent, promeuvent ou justifient la discrimination et la haine.