Le mois du Ramadhan s’annonce d’ores et déjà chaud, non en termes de conditions météorologiques, mais en matière d’inflation, puisque plusieurs produits alimentaires connaissent déjà d’importantes tendances haussières. En plus de la hausse des prix de certains produits de large consommation, à l’image des viandes blanches et rouges, des pénuries se font sentir sur les étals, mettant à rude épreuve la résilience de la production nationale et ses circuits de distribution face aux besoins des populations de plus en plus croissants.

Par Hakim Ould Mohamed
La hausse des prix érode un peu plus le pouvoir d’achat des ménages, alors que les pénuries posent le problème de la capacité de l’Etat à garantir une offre suffisante en consommables alimentaires et non alimentaires et une réaction efficiente des canaux de distribution. Or, ceux-ci semblent échapper partiellement à l’autorité de l’Etat, puisqu’il a fallu que certains producteurs exigent l’usage du chèque dans les transactions commerciales pour que les circuits de distribution soient paralysés. C’est dire à quel point le poids de l’informel, par lequel transitent une bonne partie des produits importés et/ou localement fabriqués, complique, non seulement l’approvisionnement des marchés en biens de consommations, mais aussi la maitrise de l’inflation, car il fausse la formation des prix et affaiblit les canaux de distribution. Le cas de la hausse des prix de la volaille, dont le marché évolue à 90% dans les circuits informels, est édifiant, tout comme celui de la pénurie de l’huile de table que les grossistes, principal canal de redistribution, évoluant en partie dans l’informel, n’en veulent plus en raison des tentatives de certains producteurs d’imposer les moyens de paiement modernes, à savoir le chèque. Ainsi, le poids de l’économie souterraine, aussi bien dans la production de certains biens que dans la distribution des produits de large consommation, risque d’exacerber les tensions inflationnistes et faire ressurgir les pénuries et éroder ainsi la résilience de l’offre domestique face à la demande.
Ces phénomènes de pénurie et de mouvements haussiers des prix ne risquent pas de s’estomper tant que l’Etat ne décide pas de prendre le taureau par les cornes et réguler les marchés de distribution. Mais l’Etat ne semble pas tout à fait prêt à en découdre. En témoignent les déclarations, lundi, du ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane, qui dit vouloir aller avec le dos de la cuillère face à l’informel. Le ministre a plaidé en faveur d’une politique basée sur l’adhésion volontaire des personnes évoluant dans l’informel. «On essaie de mettre en place les mécanismes pour assurer une inclusion fiscale à travers le recensement de la population fiscale et l’adhésion de cette population, engager une approche rationnelle envers celle-ci pour la ramener vers notre sphère, et surtout, la rassurer sur les avantages que représente la fiscalisation de leurs activités, en termes, d’abord, d’inclusion sociale, de couverture sociale et en termes de rétribution de la retraite. Tout cela, ce sont des avantages et des privilèges que l’Etat accordera à cette population-là», a-t-il expliqué. Et d’ajouter : «On est en train de travailler et la réforme du Code fiscal va dans ce sens rassurer cette population de contribuable. On veut que cet instrument fiscal soit un instrument d’adhésion volontaire. Les gens doivent adhérer volontairement. En tout cas, en attendant que cette nouvelle politique à l’adresse de l’informel prenne forme, les dégâts causés par l’économie souterraine à l’économie, aux entreprises et aux ménages ne sont pas à démontrer. La hausse des prix des produits de large consommation et le resurgissement de certaines pénuries trouvent leur source dans l’absence, voire la mauvaise régulation des marchés de distribution. La situation risque de se compliquer davantage si les institutions venaient encore à faire preuve de passivité plutôt que d’action.