Les parents d’élèves se plaignent, cette année encore, des difficultés à disposer normalement des livres scolaires sur le marché. Le ministre de l’Education nationale monte au créneau. Sur le terrain, les librairies et les points de vente sont prises d’assaut sans pouvoir répondre convenablement à la demande…

Par Sihem Bounabi
De nombreux élèves des trois paliers de l’Education nationale ont débuté officiellement, hier, le programme sans manuels à cause de la même rengaine de cafouillage dans la distribution et le chaos qui règne au niveau des points de vente de ces précieux outils d’apprentissage exigés dès la première semaine par les enseignants. Pourtant, par le passé, des solutions avaient été trouvées avec la vente des livres scolaires au niveau des établissements.
Face au chaos dans de nombreux points de vente de l’Office national des publications ainsi que les librairies agréées, le ministre de l’Education nationale Abdelhakim Belabed est monté au créneau, hier, pour réclamer une meilleure organisation au niveau des points de vente en rappelant que le manuel scolaire est un droit fondamental pour l’enfant algérien.
Le ministre a, cependant, insisté sur l’importance de diversifier les sources d’acquisition des livres scolaires et la nécessité d’activer tous les mécanismes garantissant le droit de l’élève à se procurer le manuel et de diversifier ses sources d’acquisition. Mais, concrètement, le ministre n’a pas dévoilé des instructions précises quant aux moyens qui pourront garantir aux élèves ce droit fondamental.
Les employés des établissement scolaires s’occupaient de la vente des livres au niveau des écoles et parfois assuraient la logistique sur leurs deniers, après plusieurs rencontres organisées avec le ministère de l’Education pour arriver à une solution qui permettra à ces employés de se faire rembourser, il n’y a pas eu de réponse favorable de la part de la tutelle. Ce qui a poussé les responsables des établissements scolaires à boycotter la vente des livres. Le ministère a réagi en autorisant la vente sur les plateformes numériques et dans les librairies agréées sans anticiper la situation de cafouillage actuel.
Les parents témoignent leur désarroi, pris en étau entre le cafouillage qui règne au niveau des différents points de vente et les menaces des enseignants de sanctionner dès les premiers jours les élèves qui se présentent sans manuels.
Loin des annonces officielles rassurantes, de nombreux témoignages sont diffusés dans les médias et les réseaux sociaux, à l’instar d’un parent d’élèves qui assure qu’à quinze jours de la rentrée, le quota des livres était déjà épuisé au niveau de sa daïra et que la seule librairie privée qui vendait les manuels scolaires n’en avait plus.
Un représentant de l’association de parents d’élèves témoigne quant à lui : « Sincèrement, j’ai été surpris et consterné de cette manœuvre que l’on considère illogique et anormale d’avoir désigné des points de vente dans les librairies ». Il affirme qu’après s’être déplacé quatre fois en quatre jours, il a dû s’absenter de son travail pour faire le pied de grue dès les premières heures de la matinée devant la librairie pour attendre le camion de livraison. Mais là aussi, la déception est au rendez-vous car au final, on demande aux parents de revenir l’après-midi et encore le lendemain matin. Il se dit exaspéré d’être balloté d’un point de vente à un autre et par une énième pénurie qui met encore plus à mal le pénible quotidien des Algériens.
Ainsi les concernés interpellent les pouvoirs publics : « Pourquoi l’ancien système n’a pas été gardé ? Laisser la vente des livres au niveau des écoles, une méthode qui a fait ses preuves et qui fonctionnait très bien». Enchaînant : « On ne sait pas d’où est venue cette action de changer le système des ventes des livres qui nous a vraiment perturbés en tant que parents d’élèves et qui pénalisent les enfants ». Ainsi dans les médias et dans les réseaux sociaux de nombreux appels sont lancés au ministère de l’Education pour reprendre l’ancien système de la vente des livres au niveau des établissements scolaires des trois paliers.
Depuis que les établissements d’enseignement ont suspendu la vente des manuels scolaires, c’est le chaos devant les différents points de vente agréés, avec des scènes hallucinantes de longues files d’attente de parents d’élèves à bout de patience et des scènes de bagarres et d’anarchie à l’arrivée du camion de livraison.
En effet, l’une des raisons de cette crise est que les points de vente sont limités à seulement une ou deux librairies pour environ 100 000 personnes, ce qui engendre des situations épineuses tant pour les parents que pour les gérants de ces points de vente, à l’instar de ce qui s’est passé à l’ ONPS de Sidi Bel Abbès où les parents ont pris d’assaut l’enceinte du point de vente et agressé les employés après l’épuisement du stock bien que la vente avait été prolongée au-delà de 17 heures, heure légale de fermeture du point de vente.
Finalement, les scènes lamentables de files d’attente de personnes à bout de nerfs où il suffit d’une étincelle pour que la colère éclate, est une triste image en contradiction avec ce droit fondamental des enfants algériens qui sont, en vérité, ceux qui sont le plus pénalisés par le manque d’organisation des adultes censés veiller sur la réussite de leur avenir. <