Les perturbations dans la filière lait ne datent pas d’hier. Depuis le temps qu’on en parle, le problème n’est toujours pas résolu et revient à chaque fois au-devant de la scène sans que l’on sache avec certitude qui en est vraiment responsable.

Et c’est toujours le consommateur, de petite bourse surtout, qui en paie le prix. Pis, il est même mis sur le banc des accusés au même titre que les importateurs, les producteurs et les distributeurs.
C’est ainsi que le représentant de la filière lait au ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Noureddine Beskri, a présenté les choses, hier, en marge du premier congrès national de la Fédération nationale des distributeurs de lait, tenu à Alger, pour l’élection à huis clos de son président. Pour lui, l’une des raisons ayant conduit à la crise est l’achat par les consommateurs de dizaines de sachets de lait par jour. «Il faut savoir qu’on distribue une certaine quantité quotidienne pour répondre aux besoins. Mais quand la demande dépasse exagérément cette quantité, c’est la défaillance. Ceux qui achètent dix sachets par jour privent les autres consommateurs de leurs rations quotidiennes», indique-t-il. Chose que le porte-parole de l’Union générale des commerçants et artisans algériens (UGCAA), Saleh Souilah, a également constaté bien qu’il accorde aux consommateurs des circonstances atténuantes. «Le fait que le consommateur achète plus de sachets de lait qu’il n’en a besoin au quotidien prouve qu’il n’est pas rassuré et qu’il ne fait pas confiance au marché», note-t-il, saluant, à l’occasion, la création de la Fédération nationale des distributeurs du lait. Une initiative, selon lui, qui contribuera à découvrir les «fautifs», en dehors des fausses manœuvres et des spéculations. «La crise du lait doit impérativement connaître un dénouement avant le mois de ramadan. Grâce à cette fédération, les distributeurs auront un porte-parole et nous on aura accès à des informations plus précises sur ce qui se passe sur le terrain. Ce qui nous permettra d’avoir une traçabilité du lait et de mettre le doigt sur le problème réel de cette filière et dans la transparence», estime-t-il. En souhaitant que le consommateur ne soit plus inquiet quant à la disponibilité du lait durant le mois de ramadan. La traçabilité, rappelle-t-on, est au cœur de la nouvelle convention liant l’Onil aux laiteries. Il est question, en effet, d’obliger les transformateurs à présenter, chaque fin de mois, un document détaillé sur les quantités produites et les quotas des distributeurs, sur lequel seront apposés les cachets des commerçants en détail du lait pasteurisé. Ce qui assure la traçabilité de la poudre de lait, à partir de l’étape d’approvisionnement jusqu’à l’arrivée du produit fini au niveau des commerçants de détail. Pour le représentant du ministère de l’Agriculture, la crise est surtout le résultat de perturbations dans la production et dans la distribution. «Certains producteurs utilisent la poudre de lait pour fabriquer de la fromagerie et d’autres produits dérivés. Des distributeurs réservent même des quotas de sachets de lait au marché informel pour vendre le produit à 30 DA au lieu de 25», rapporte-t-il, tout en assurant que la poudre de lait est disponible et n’a fait l’objet d’aucune diminution au cours de cette année et que les quotas distribués aux laiteries sont respectés. Ce dont doutent les distributeurs.

Création de la Fédération nationale des distributeurs de lait
De ce côté-là, le candidat favori pour présider cette fédération, Farid Oulmi, a assuré que le déficit en poudre de lait est la principale raison de la crise. «Les distributeurs sont pointés du doigt alors qu’ils ne sont pas fautifs. Pis, ils sont victimes car ils font entrer des millions de dinars quotidiennement aux laiteries et ne gagnent que des miettes. Ils touchent 0,99 centime sur chaque litre distribué. Leurs marges bénéficiaires sont plus qu’insignifiantes, ne couvrant même pas les frais de transport. Et cela dure depuis plus de vingt ans !», déplore-t-il. Le déficit en matière de poudre de lait, selon lui, a conduit à une baisse dans la production de certaines laiteries. «Celle de Birkhadem, par exemple, ne produit actuellement que 420 000 l/j alors qu’elle produisait 600 000 l/j. La production a diminué à 30% au niveau de la capitale», signale-t-il. Les distributeurs rejettent également avec force les accusations du ministère de l’Agriculture relatives au détournement de sachets de lait au profit de l’informel. Ils expliquent, dans ce contexte, qu’ils sont obligés de marquer les quantités de sachets de lai livrées aux clients, sur une fiche de livraison que leur délivre l’inspection des laiteries. «Le nombre de clients et leurs quotas sont inscrits sur cette fiche. Il est impossible de tricher», affirment-ils.
Le représentant du ministère de l’Agriculture a fait part, par ailleurs, d’une enquête en cours, menée conjointement par des équipes de ce département et celui du ministère du Commerce, afin de déterminer les causes de cette crise. Les équipes contrôlent actuellement, selon lui, les services de la production et ceux de la distribution.