L’aggravation de la situation épidémique en Algérie, engendrant une forte demande en oxygène, crée des scènes de chaos dans les hôpitaux, dont des images sont largement relayées sur les réseaux sociaux.

Par Sihem Bounabi
Parmi les vidéos les plus choquantes, celles qui se sont déroulées dans un hôpital de la capitale, où des garde-malades ont pris d’assaut le camion de bouteilles d’oxygène, se bousculant pour en arracher une afin de la faire parvenir aux malades. De terribles scènes, qui ont été précédées, par celles des hôpitaux de Sétif, d’Oran, de Tizi-Ouzou et, au moment où nous mettions sous presse, celles de l’hôpital de Aïn Benian où des appels de détresse sont lancés pour sauver une quinzaine de femmes enceintes en manque d’oxygène. Une situation qui démontre toute l’ampleur de la même détresse de l’attente désespérée du précieux oxygène dans les wilayas les plus touchées par la pandémie.
Et là où le bât blesse, c’est que techniquement parlant, selon les déclarations officielles des pouvoirs publics, l’Algérie produit en quantité suffisante l’oxygène liquide à usage médical, mais c’est la logistique et surtout la gestion de rotation du transport de l’oxygène qui ne suit pas. Ajouté à cela l’incivisme indécent des spéculateurs qui créent une pénurie pour faire flamber les coûts au prix de vies humaines sans aucun état d’âme. Face à cette situation, l’Etat a décidé de prendre le taureau par les cornes en réquisitionnant la production et la distribution de l’oxygène liquide. Le ministère de l’Industrie pharmaceutique Lotfi Benbahmed a annoncé, hier, dans un communiqué, une série d’actions pour remédier cette situation catastrophique et assurer une meilleure distribution d’oxygène médical.
Le ministre a donné des instructions à l’ensemble des producteurs pour «assurer une meilleure coordination avec la cellule de crise installée au niveau du Premier ministère, notamment en communiquant les quantités d’oxygène produites et livrées J et J-1, le planning de distribution à J+1, le recensement des besoins réels de chaque établissement de santé livré ainsi que la cartographie de leur clientèle». De ce fait, «les producteurs sont tenus d’optimiser les délais d’analyse de l’oxygène en collaboration avec l’ Agence nationale des produits pharmaceutiques, d’identifier un itinéraire de distribution de l’oxygène précis et définitif par chaque opérateur, d’externaliser la commercialisation des bouteilles d’oxygène des sites de production pour permettre une meilleure organisation logistique pour les livraisons des établissements de santé».

Plan Marshall pour assurer l’oxygène à tous les malades
Rappelons que lors du Conseil des ministres qui s’est déroulé, dimanche dernier, le président de la République Abdelmadjid Tebboune avait donné des instructions pour une «optimisation de la gestion du stock et de production d’oxygène». Il a, également, été annoncé le «lancement immédiat d’une opération d’envergure de maintenance et de rénovation des infrastructures et équipements d’approvisionnement en oxygène au niveau des établissements hospitaliers», afin de trouver une solution à la problématique du transport des bouteilles d’oxygène et d’assurer un minimum de survie aux malades sous oxygénothérapie. Il a également été décidé l’«acquisition immédiate d’unités mobiles de production de l’oxygène en soutien aux grands hôpitaux, ce qui leur permettra d’autoproduire leurs besoins».
En plus de ces mesures destinées principalement aux structures hospitalières, il a été annoncé pour les malades pris en charge au niveau de leur domicile, faute de place à l’hôpital, l’arrivée, hier, «d’un premier lot de 1 050 concentrateurs d’oxygène à usage individuel, en attendant la réception graduelle de 9 000 autres unités dans deux semaines». En effet, dans la soirée de dimanche, une première livraison de 1 050 concentrateurs, acheminée par des avions militaires relevant des Forces aériennes, a été reçue, au niveau de la base aérienne de Boufarik, dans le cadre de la lutte contre la pandémie du Coronavirus, a indiqué le ministère de la Défense nationale dans un communiqué. «Cette opération sera suivie, dans les prochains jours et semaines, par d’autres opérations similaires pour l’acheminement d’autres quantités de ces équipements médicaux nécessaires», ajoute le communiqué.
Tour de vis pour les producteurs d’oxygène publics et privés
Face à l’urgence sanitaire, le ministère de l’Industrie est également impliqué dans cette course pour assurer l’oxygène, en annonçant, dans un communiqué, la réquisition de tous les moyens pour l’approvisionnement régulier des hôpitaux en oxygène médical. Le ministère de l’Industrie a souligné, dans un communiqué parvenu à la Rédaction, que les opérateurs publics et privés, activant dans le domaine de la production de l’oxygène, ont été «sensibilisés à l’importance de redoubler leurs capacités de production de cette matière, sous forme gazeuse et liquide, dans le cadre de la participation active à l’effort national de lutte contre la propagation de la Covid-19 et de la forte hausse des besoins». Des orientations ont ainsi été données aux opérateurs de coordonner avec les services concernés du secteur de la Santé en vue de garantir et d’assurer un approvisionnement «régulier et continu» des structures de santé, notamment les jours fériés et les week-ends». Le ministère de l’Industrie a également donné des instructions pour veiller au suivi minutieux au niveau des wilayas «de la production et des livraisons quotidiennes de l’oxygène» et «à la levée de tout obstacle pouvant entraver ces opérations».

Alerte sur l’auto-thérapie par oxygène
Par ailleurs, concernant la consommation d’oxygène chez les malades Covid à domicile, le Dr Youssef Allouin, spécialiste en maladie pulmonaire, a alerté contre l’utilisation de l’oxygénothérapie sans avis médical, en rappelant que «l’oxygène est classé dans la liste des médicaments et soumis à la même règle que les autres médicaments et doit être prescrit par un médecin».
S’exprimant sur les ondes de Radio Sétif, le pneumologue a également indiqué que «l’utilisation de l’oxygène de manière aléatoire entraîne de graves complications. Etant donné que l’oxymétrie n’est pas un véritable indicateur de la quantité d’oxygène nécessaire à l’organisme, chacun selon son âge, son sexe et son état de santé, il est donc nécessaire de consulter des spécialistes».