L’emballement attendu avec le retour du président Tebboune de son séjour médical en Allemagne ne s’est pas fait attendre. Les choses s’accélèrent et sitôt de retour dans son bureau au Palais d’El Mouradia, sitôt entamée une série de rencontres avec des responsables de partis politiques, dont certains ont annoncé, au sortir des audiences, des législatives anticipées d’ici le printemps.

Le président de la République a reçu, hier, trois formations politiques, le FFS, le MSP, El Islah, après avoir reçu la veille, Soufiane Djillali de Jil Jadid et les deux anciens candidats à la présidentielle, Abdelkader Bengrina et Abdelaziz Belaïd.
Ce qu’il y a à observer, à travers ces rencontres, c’est que le chef de l’Etat a donné un cachet particulièrement offensif à son action dans ce qui augure d’un redéploiement de la carte politique dans le pays. Les audiences, appelées à se poursuivre, rappellent ainsi qu’il est loin le temps où c’étaient les ténors du FLN et du RND qui étaient aux premières loges d’El Mouradia quand son locataire conviait le personnel politique national.
Autre temps, autre choix politiques.
C’est en tout cas l’impression assez lourde qui se dégage du choix de M. Tebboune d’inviter en premier lieu des leaders politiques n’appartenant pas à l’ancienne majorité héritée des vingt années de bouteflikisme. Aux autres, il ne leur fera pas l’affront de ne pas les recevoir, mais il est des signes en politique qui ne trompent : les cartes sont rebattues pour qu’il ne reste rien ou si peu de l’ancien échiquier politique, naguère dominé par une majorité que personne ne regarde ni n’y fait attention.
Symboliquement au moins, ce sont les courants politiques de l’opposition qui ont voix au chapitre présidentiel.
A l’issue de l’audience qu’a eue son chef avec le premier magistrat du pays, le MSP a ainsi indiqué, dans un communiqué, que « le président de la République a évoqué la situation politique et économique du pays ainsi que les mesures qu’il compte prendre prochainement », ajoutant que Makri a présenté, quant à lui, « l’approche du MSP au sujet des dossiers politiques, économiques et sociaux et des mesures qu’il préconise pour assurer la stabilité du pays, le redémarrage de l’économie et l’amélioration de la vie des citoyens ».
De son côté, le FFS a souligné dans un communiqué, rendu public après l’audience accordée par Tebboune à ses deux dirigeants, Hakim Belahcel et Youcef Aouchiche, avoir appelé à l’impératif de prendre des « mesures politiques fortes de nature à rétablir la confiance parmi les Algériens et montrer une réelle volonté politique pour asseoir le changement souhaité ». S’agissant de ces mesures d’urgence, le FFS a cité « la libération des détenus d’opinion », « l’ouverture des champs politique et médiatique, et la levée de toutes les contraintes et entraves à l’exercice des libertés individuelles et collectives ».

Scénarios pour une dissolution
A bien observer ces développements, les échéances politiques qu’ils annoncent peuvent manifestement avoir plus d’un scénario, notamment en ce qui concerne l’avenir de l’Assemblée populaire nationale (APN). Sera-t-elle dissoute une fois le nouveau code électoral adopté ? Cette adoption prendra-t-elle une autre voie que celle de l’APN ? Abdelaziz Belaïd, chef du Front el Moustakbel, a déclaré, à l’issue de son audience avec le chef de l’Etat, que la dissolution de l’APN « pourrait intervenir d’ici jeudi 18 février ». Ce scénario reste possible, estime une voix politique, qui explique que le chef de l’Etat « pourrait, dans ce cas précis, faire valider la future loi organique sur le régime électoral par ordonnance ».
Si M.Tebboune veut en finir avec la composante actuelle de l’APN, il pourra dès lors s’appuyer sur l’article 151 de la loi fondamentale, qui dispose que « le président du Conseil de la nation, le président de l’Assemblée populaire nationale, le président de la Cour constitutionnelle et le Premier ministre ou le Chef du Gouvernement, selon le cas, consultés, le Président de la République peut décider de la dissolution de l’Assemblée populaire nationale ou d’élections législatives anticipées ».
Le même article de la Constitution explique que « dans les deux cas (dissolution ou élections anticipées), les élections législatives ont lieu dans un délai maximal de 3 mois. Dans le cas où ces élections ne peuvent être organisées dans les délais prévus en raison d’une impossibilité quelconque, ce délai peut être prorogé d’une durée maximale de 3 mois après avis de la Cour constitutionnelle ».

Remaniement gouvernemental imminent
En ce qui concerne l’action exécutive, l’emballement auquel assistent les Algériens, ces derniers jours, devrait davantage s’accélérer avec l’imminence d’un remaniement gouvernemental annoncé sous le signe d’une équipe restreinte et le départ présumé de plusieurs ministres, dont le bilan annuel n’a pas satisfait les ambitions affichées au temps de leur nomination.
En attendant confirmation du changement de gouvernement, qui pourrait intervenir dans les prochaines heures, on sait au moins d’après les échos émanant de départements que certains ministres du staff devraient être reconduits, à l’image du chef de la diplomatie, Sabri Boukadoum, et du ministre de l’Education nationale, Mohamed Ouadjaout.
Des indiscrétions font état plutôt d’un « remaniement partiel aux relents d’un rééquilibrage technique » dans le staff gouvernemental. Une option peu probable, peut-on dire, si l’on se fie aux critiques formulées à deux reprises par le président Tebboune à l’égard de l’exécutif Djerad. Mais aussi eu égard à la facilité avec laquelle les invités d’El Mouradia se sont exprimés à ce propos. Abdelaziz Belaïd a déclaré, à ce propos, que le président Tebboune « est mécontent du bilan d’une partie du Gouvernement ». Même son de cloche chez Bengrina qui a indiqué avoir « demandé au Président de revoir le travail du gouvernement de façon à répondre aux préoccupations des populations, notamment dans le volet socio-économique ».
En tout état de cause, le sort du gouvernement est scellé. Il s’agira de voir de quelle façon et suivant quelle ampleur il le sera…