PAR NAZIM BRAHIMI
Le FFS a réagi hier à la décision de dissolution de la Ligue algérienne de défense des droits de l’homme (LADDH), pointant du doigt ce qu’il considère comme «une stratégie de mise au pas de la société», estimant que «la judiciarisation» et la «criminalisation» du politique et de la vie publique «doit cesser». Le FFS a critiqué aussi l’absence de consultation dans le passage par la voie parlementaire de deux projets de loi relatifs à l’exercice syndical.
«Nous assistons depuis quelques mois à une stratégie de mise au pas de la société à travers une remise en cause sans précédent des droits et des libertés fondamentales», a indiqué le Front des forces socialistes dans une déclaration signée par son premier secrétaire national, Youcef Aouchiche.
Pour le plus vieux parti de l’opposition, «la décision de dissolution de la LADDH dans des conditions opaques et injustifiables ainsi que la décision de passer au pas de charge deux projets de loi portant «droit de grève» et «exercice du droit syndical» sans aucune consultation préalable dans l’objectif de restreindre les acquis démocratiques des travailleurs en sont les meilleures illustrations».
Estimant que «plutôt que de prendre conscience de la nécessité de permettre des canaux d’expressions libres, les dirigeants du pays s’emploient à réduire au silence toute voix discordante», le FFS a déploré que «l’absence de médiations démocratiques risque pourtant d’entraîner à nouveau le pays vers de dangereuses dérives» dans un contexte national marqué par de «grandes souffrances sociales».
Le FFS, qui rappelle le principe selon lequel «les mêmes causes engendrent les mêmes effets», a estimé que «si le devoir de l’Etat est de protéger la société contre tout ce qui peut porter atteinte à sa sécurité, à son unité et à sa cohésion, le meilleur bouclier contre toutes les formes de déstabilisation, interne et externe, demeure la mobilisation libre et consciente de nos compatriotes autour de la défense de l’Etat-Nation et des principes démocratiques sur lesquels il doit reposer».
Défendant le principe qu’un «Etat ne peut être fort que par l’existence de contre-pouvoirs et de l’expression libre et autonome dans la société», le FFS est «plus que jamais convaincu que la stabilité politique du pays exige le respect des libertés politiques, associatives, syndicales et médiatiques», déclarant que «seule une société politiquement organisée et structurée pourrait être en mesure de répondre aux aspirations de nos concitoyens».
Estimant que «le combat pour les droits de l’homme est indissociable de la défense de l’Etat, -qu’il faut cesser de confondre avec le régime politique-, et de la souveraineté nationale», le FFS met en garde les autorités du pays contre «la tentation de réduire les espaces de liberté et de refuser aux Algériens le droit fondamental de participer à la vie publique».
Dans la même logique, le parti de l’opposition a estimé que «vouloir tout détruire à défaut de tout contrôler pourrait avoir de graves conséquences sur le pays, sa cohésion et sa stabilité», appelant à ce que cesse «la judiciarisation et la criminalisation du politique et de la vie publique».
Pour le FFS, «si l’intérêt national commande de rassembler les énergies du pays pour gagner la bataille du changement et du développement, cela ne peut se concrétiser sans le respect du pluralisme politique, associatif et syndical».
Avant le FFS, le RCD a estimé que les raisons avancées dans le document officiel accompagnant la dissolution de la LADDH, à savoir «travailler avec d’autres organisations des droits de l’homme dans le monde» et «le caractère universel et indivisible de ces droits» comme devise de la LADDH augurent d’une volonté de musellement de toute la vie politique, sociale et culturelle du pays».
Pour le RCD, «les nouveaux textes de loi déposés à l’APN concernant les activités syndicales, associatives et la criminalisation des financements des activités publiques autonomes sont la confirmation éclatante de la poursuite et de l’aggravation de cette politique du pire».
Hier, l’adjointe du Secrétaire d’Etat américain en charge des questions relatives aux organisations internationales, Michele Sison, a fait le point de ses rencontres avec les responsables algériens. «Nous tenons à souligner que l’expérience a montré que lorsque les gens sont en mesure d’exercer leurs libertés fondamentales, à savoir l’expression, les réunions pacifiques et la liberté d’association ou de conscience, les sociétés sont plus pacifiques et plus prospères», a-t-elle dit lors d’une conférence de presse. Estimant qu’«aux USA et dans le monde, l’engagement civique, les journalistes indépendants et les médias indépendants sont des piliers essentiels de la démocratie et de la société civile».
Elle a souligné que la question de l’adhésion de l’Algérie au CDH pour ce mandat de trois ans a figuré dans de nombreuses conversations qu’elle a eues ces derniers jours avec ses interlocuteurs algériens. n