La décision du chef de l’Etat d’unifier la gestion des dispositifs d’emploi des jeunes et de transférer leur tutelle au ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Micro-entreprise, obéit, assurément, au souci d’éviter un remake des précédentes expériences et mieux contrôler le processus administratif et bancaire des micro-crédits.

Par Hakim Ould Mohamed
Lors de la réunion du Conseil des ministres, dimanche, le chef de l’Etat Abdelmadjid Tebboune a exhorté son gouvernement à unifier la gestion de l’Agence nationale d’appui et de développement de l’entrepreneuriat (Anade), de l’Agence nationale de gestion de micro-crédit (Angem) et de la Caisse nationale d’assurance chômage (Cnac) en les plaçant sous la tutelle du ministère délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Micro-entreprise, dans un délai ne dépassant pas un mois.
En matière de gestion des dispositifs d’emploi des jeunes, l’Algérie n’a pas été un bon élève ; sous les précédents gouvernements d’importants fléaux florissaient autour de ces dispositifs, qui étaient, en partie, à l’origine du taux de mortalité important des micro-entreprises créées dans le cadre de ces mécanismes. En témoigne un récent rapport de la Cour des comptes qui alertait sur une hausse des créances impayées au niveau des banques et des décisions d’octroi des crédits qui échappent, parfois, aux organes décisionnels des établissements bancaires. La décision du chef de l’Etat d’unifier la gestion de ces dispositifs d’emploi des jeunes et de transférer leur tutelle au ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Micro-entreprise, obéit, assurément, au souci d’éviter un remake des précédentes expériences et de faire repartir les nouvelles politiques en matière de création d’emplois sur de nouvelles bases. D’autant plus que l’un des plus grands enjeux de l’heure est d’accélérer le retour de la croissance afin de créer suffisamment d’emplois et de panser ainsi les plaies sociales de la pandémie.
L’économie algérienne reste handicapée par ses faiblesses structurelles, à savoir un chômage élevé et un taux d’emploi faibles chez les jeunes catégories notamment chez les diplômés des universités.
Il était clair depuis longtemps que le gouvernement n’allait pas remettre en cause les mécanismes d’emploi des jeunes, malgré les dépassements et les problèmes ayant émaillé leurs parcours.
Depuis peu, plutôt que de remettre en cause leur existence, le gouvernement optait plutôt en faveur de l’assainissement de ces dispositifs à travers la création de l’Anade, afin de permettre un meilleur encadrement des demandeurs de crédits. En réalité, les problèmes se concentrent sur l’étude de viabilité des projets et les décisions d’octroi des crédits qui, quelquefois, ne répondaient pas aux normes prudentielles, voire aux standards bancaires en matière d’étude de viabilité des projets, ce qui a fait grimper d’un cran le taux de mortalité des entreprises, mais aussi celui des créances compromises et impayées au niveau des établissements bancaires.
Preuve en est, dans son rapport annuel 2020, la Cour des comptes pointait une hausse exponentielle des impayés bancaires détenus par le secteur privé et des dispositifs aidés (Ansej, Cnac et Angem), l’absence de retour sur investissement, des décisions d’octroi de crédits qui échappent, par moments, aux organes de la banque et des insuffisances flagrantes dans la gestion du dispositif de bonification des taux d’intérêts. Dit autrement, les problèmes rencontrés en aval par les micro-entreprises créées dans le cadre des dispositifs Ansej, Cnac et Angem sont liés à une mauvaise expertise, en amont, quant à leur viabilité économique et à une décision d’octroi de crédit qui souvent n’obéit pas à des critères purement économiques.

Mieux contrôler le processus administratif et bancaire
Cette décision d’unifier la gestion de ces dispositifs et de changement de leur tutelle s’inscrit, probablement, dans le but de mieux contrôler le processus administratif et bancaire précédant la création des micro-crédits. Il s’agit, en d’autres termes, d’assainir l’environnement dans lequel se créent et évoluent les micro-entreprises afin d’éviter le chevauchement des compétences et garantir un retour sur investissement en matière de création d’emplois. Pour cela, le Président Tebboune a chargé, dimanche, le ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Micro-entreprise, de présenter un recensement périodique semestriel concernant le nombre des postes d’emploi créés. Le Président de la République a exigé, à la même occasion, d’accorder une chance aux jeunes en difficulté, ayant bénéficié de crédits de soutien à l’emploi en les exemptant des poursuites judiciaires tout en adoptant une approche économique en matière de traitement selon un échéancier de remboursement des dettes. <