Par Feriel Nourine
C’est d’une situation pas du tout reluisante qu’a héritée l’Agence nationale d’appui au développement de l’entreprenariat (Anade). Venue, depuis quelques mois, remplacer l’Ansej, l’Anade ne cesse de compter les micro-entreprises défaillantes issues d’un dispositif, dont l’usage pour les besoins politiques du système en place avait d’emblée réduit quasiment à néant les options socio-économiques qui avaient été avancées pour sa mise en place, en 1996.
Aujourd’hui, la majorité des micro-entreprises nées dans le cadre de l’ex-Ansej se trouvent en difficultés, notamment financières et de crédits non remboursés aux banques. 2 515 d’entre elles ont vu leur dossier étudié, selon un communiqué du ministère délégué auprès du Premier ministre chargé de la micro-entreprise.
Lors d’une réunion tenue jeudi par la Commission de garantie, composée de représentants du Fonds de caution mutuelle de garantie risques/crédits jeunes promoteurs et de l’Anade, cette dernière a accepté 247 dossiers de remboursements (plus de 37 milliards de centimes) sur 500 déposés par les banques, indique la tutelle.
Par ailleurs, la réunion s’est penchée sur l’examen de 240 dossiers relatifs aux entreprises en activité qui seront accompagnées par l’Anade à travers le rééchelonnement de leurs dettes à la faveur de plans de charges pour la relance de leurs activités, dans le cadre des conventions signées, ajoute la même source.
Le mois dernier, le ministre délégué auprès du Premier ministre chargé des Micro-entreprises, Nassim Diafat, avait indiqué que sur les 380 000 entités économiques issues du dispositif Ansej, plus de 70%, se trouvaient dans l’incapacité de rembourser leurs crédits, nécessitant notamment le retraitement de leurs créances conjointement avec les banques. Ces micro-entreprises bénéficieront, selon le ministre délégué, «du rééchelonnement de leurs créances pouvant aller jusqu’à 5 années et d’un différé de paiement allant jusqu’à 12 mois, avec un effacement des agios, des intérêts, des pénalités de retard, des frais de commissions et taxes».
Ces mesures d’aide aux entreprises en difficulté ont été prises conformément aux orientations du président de la République, qui avait mis l’accent sur l’intégration des micro-entreprises Ansej dans le plan de relance économique, avait souligné M. Diafat. A l’occasion, il a tenté de justifier cette démarche en considérant que «les micro-entreprises financées dans le cadre du dispositif géré par l’ex-Ansej n’ont pas trouvé les conditions et le cadre qui favorisent leur émergence et leur développement, ce qui a contribué à leur échec, malgré la mobilisation d’importantes ressources». Ainsi donc, les pouvoirs publics ne cachent pas leur disponibilité pour venir en aide à des micro-entreprises défaillantes dont 11 000 seraient en situation de faillite, selon les statistiques du secteur. L’Etat se montre, une nouvelle fois, prêt à faire jouer la carte de l’assistanat au détriment de l’investissement réel et de l’effort du travail. Derrière cette attitude, des observateurs décèlent un statu quo des pratiques qui ont, 24 années durant, maintenues l’Ansej sous perfusion. Les raisons sont d’ordre politique et ont même un parfum électoraliste.
Entre-temps, les créances cumulées par les micro-entreprises version Ansej traînent depuis des années, leur stock prend de plus en plus de volume et les prolongations et souplesses accordées par les banques en guise de rééchelonnement des dettes des entreprises ne suffisent plus à cacher le marasme dans lequel sont plongées la majorité des entités mises sur le circuit économique par la voie d’un dispositif mal parti, et qui n’est jamais arrivé à la destination promise par ses concepteurs.
Durant ses 24 années d’existence, l’Ansej a enregistré un taux de mortalité considérable parmi les micro-entreprises, mais qui n’ont jamais remboursé leurs dettes, pénalisant ainsi les établissements bancaires chargés de financer leurs projets.
Aujourd’hui, le délégué auprès du Premier ministre chargé des Micro-entreprises se retrouve au chevet d’une agence qui a servi à engendrer des déséquilibres dans les caisses des banques, loin de la richesse économique qui était attendue. Victime, entre autres, de sa propre dénomination, ce dispositif avait été, dès son avènement, versé au compte de la création d’emploi au profit des jeunes, au sens exagérément social du terme, mais cependant porteur pour le pouvoir en place. <