Le ministère du Commerce a organisé, hier, une rencontre nationale réunissant les directeurs du commerce de wilaya (DCW) dans le cadre de l’impulsion de la nouvelle politique commerciale du pays après la nomination de Saïd Djellab à la tête du département.

Après la mise en œuvre de la liste de plus de 851 produits interdits d’importation au 1er janvier dernier, nombre d’opérateurs économiques ont regretté le manque de dialogue en amont de l’introduction de la disposition visant à protéger la production nationale. Une situation qui a conduit le ministère du Commerce à revoir la liste suspensive, il y a quelques jours, suite à plusieurs réunions de dialogue avec les filières concernées. C’est ainsi que le ministre du Commerce, Saïd Djellab, a insisté, hier au cours de la conférence tenue au niveau du Palais des expositions d’Alger, sur la volonté de son institution de maintenir le dialogue entamé depuis plusieurs mois avec les opérateurs économiques nationaux pour le retrait ou l’ajout de produits à la liste des produits suspendus d’importation selon les besoins du marché national. «Pour réussir nos objectifs, nous aurons besoin en tant que ministère de l’ensemble des acteurs. Notre politique sera participative. Nous aurons à travailler avec l’ensemble des acteurs de l’activité économique», a assuré Saïd Djellab. Précisant que parmi les acteurs de l’activité économique  doivent figurer les opérateurs économiques, l’ensemble des acteurs de la protection du consommateur, les acteurs directement liés à la création d’emplois et aussi les universités et centres de recherche. «Toute mesure prise sera concertée dans le but de faire adhérer les acteurs aux décisions du gouvernement. Nous voulons assurer une cohésion avec les secteurs économiques», a-t-il affirmé tout en rappelant les secteurs prioritaires de la politique économique nationale, à savoir l’agriculture et l’agroalimentaire, le secteur industriel, les TIC et les services. C’est justement à travers une approche «filières» que le ministère du Commerce ambitionne de poursuivre sa politique, afin de les organiser de manière spécifique. «L’approche filière commence à donner ses résultats. Il faut que l’ensemble des acteurs économiques s’organisent pour se constituer en contributeurs», a indiqué le ministre du Commerce. «Nous ne pouvons élaborer une politique commerciale qu’à travers des interlocuteurs organisés. C’est une démarche qui intègre l’ensemble des objectifs du ministère du Commerce», a-t-il estimé. Il décline ces objectifs autour du commerce extérieur à travers la régulation des importations, la substitution des importations par la production nationale et la mise en œuvre de «l’ensemble des instruments nécessaires compatibles avec la pratique internationale qui nous permettent d’assurer cela».
L’autre axe de travail du ministère du Commerce étant celui des exportations par la mise en place d’une stratégie nationale de diversification des exportations. «Nous allons réviser tous les instruments pour la promotion des exportations», a indiqué M. Djellab.
D’autre part, le commerce interne constitue l’autre axe de travail du ministère de tutelle pour une organisation adaptée du circuit de commercialisation et de distribution des produits.
Par ailleurs, Saïd Djellab a appelé les directeurs du commerce des différentes wilayas du pays à «une implication au niveau local» pour la réussite des mesures de sauvegarde introduites par l’Exécutif. «Nous allons auditionner les directeurs du commerce de wilaya pour connaître les acteurs économiques qui activent sur leur territoire, ceux qui peuvent répondre à une demande locale et ceux qui sont susceptibles d’exporter leur production», a indiqué M. Djellab. Il a affirmé sa volonté de voir son secteur «aller vers une décentralisation des mesures de politique commerciale». « La territorialité est importante, il faut s’adapter en fonction du potentiel de chaque wilaya», a-t-il estimé.

«Pas de discrimination si la viande est conforme»
Par ailleurs, lors de leur visite la semaine dernière à Alger, dans le cadre du programme de promotion en faveur de la viande bovine européenne sur le marché algérien, des hommes d’affaires français activant dans le domaine de la production de viande bovine ont annoncé leur intention de proposer leurs produits sur le marché algérien. Une annonce qui a provoqué un vif débat parmi les internautes algériens qui ont appelé au boycott de ces viandes, principalement en raison des méthodes d’abattage et de la question de leur conformité avec les rites islamiques. « Concernant l’importation des viandes, il y a une règlementation à respecter et des autorisations octroyées contre le dépôt d’un dossier sanitaire », a exprimé Saïd Djellab assurant qu’il n’y a pas « de discrimination à ce niveau si la viande est conforme ». « Pour ma part, j’aurais préféré que ce partenaire exporte du ‘sur-pied’ pour qu’on gagne une plus-value sur l’abattage », a-t-il indiqué. De son côté, le ministre de l’Agriculture, Abdelkader Bouazgui, s’est voulu rassurant et a déclaré que l’Algérie n’importera pas des quantités importantes de viande depuis l’Hexagone. « Nous n’importons pas de grandes quantités de viande depuis la France », a ainsi déclaré le ministre de l’Agriculture, ajoutant que « l’Algérie importe une quantité très réduite » en soulignant les capacités du pays sur le volet de la production. Pour rappel, les chiffres avancés par la délégation européenne de la filière viande bovine, la semaine écoulée, ont fait état de 11 000 tonnes/an de viande fraîche exportées de l’UE vers l’Algérie, dont 2 000 à 3 000 tonnes de France sur environ 68 000 tonnes d’importations algériennes de viande fraîche.

Assurer l’approvisionnement durant le mois de ramadhan à des prix abordables
Le ministre du Commerce s’est en outre attardé sur la préparation du mois de Ramadhan, indiquant que la rencontre d’hier constituait une réunion préparatoire. Une future réunion, prévue avant le début du mois sacré, devrait se tenir entre les responsables du ministère et les directeurs de commerce de wilaya, afin de faire le point sur les mesures prises par ces derniers pour assurer deux objectifs, l’approvisionnement régulier des marchés et des prix abordables pour le consommateur algérien. «Auparavant, les prix étaient communiqués lentement du terrain vers l’administration. Aujourd’hui, nous disposons d’un système informatique pour relever les prix en temps réel sur les marchés de détail, de gros et au niveau des marchés itinérants», a assuré le premier responsable du secteur du commerce. Concernant l’organisation des marchés, M. Djellab a appelé les walis à mettre à disposition des espaces pour les marchés itinérants dédiés aux producteurs pour la vente directe au consommateur.
Certains marchés itinérants sont d’ores et déjà prévus avant le mois de Ramadhan. «Nous avons prévu de les lancer cinq jours avant le mois de Ramadhan, ce qui va influencer les prix des autres marchés à la veille du mois sacré», a-t-il estimé. Le même responsable a également rappelé les mesures à prendre pendant le mois sacré, à savoir l’affichage obligatoire des prix, la mobilisation de l’ensemble des agents assermentés sur le terrain et à veiller au respect de la chaîne de froid.