Celle-ci est d’autant plus souhaitable que sur le terrain, le décalage est flagrant entre la volonté exprimée des pouvoirs publics de soulager et soigner les patients et la réalité du terrain qui transforme leur quête de soins en parcours du combattant.

PAR INES DALI
La question de la disponibilité des médicaments anticancéreux en temps voulu et en quantité suffisante revient au-devant de la scène de façon récurrente. Mais pas seulement. Les malades ont, également, besoin d’autres soins et prestations nécessaires à la prise en charge totale de cette maladie lourde.
Conscient de cette situation, le ministre de la Santé, Abdelhak Saihi, a affirmé que le secteur vise à mettre en œuvre une «une nouvelle stratégie pour la prise en charge des cancéreux» en mettant à leur disposition «les autres services de soins au niveau des hôpitaux», et ce, «à travers tout le territoire national».
«Les malades atteints de cancer n’ont pas besoin uniquement de radiothérapie et de chimiothérapie, mais également de radiologie et d’autres services», a indiqué M. Saihi, jeudi, lors d’une séance plénière à l’Assemblée populaire nationale (APN) consacrée aux questions orales. Ajoutant que «tous ces équipements sont disponibles au niveau des hôpitaux» et que «c’est juste une question d’organisation».
En effet, les malades nécessitent une série de prestations dont les résultats sont indispensables au médecin traitant dans des délais qui ne sauraient excéder ceux qu’il aura lui-même déterminés. Or, il se trouve que même les prises de rendez-vous font faire aux malades un vrai parcours de combattants avant qu’ils ne les obtiennent. Outre les médicaments, les autres services et prestations sont la radiologie, comme le scanner, l’IRM, la scintigraphie, ainsi que les différentes analyses et bilans, biopsies et autres dont ont besoin les patients tout au long de leur maladie. Même après rémission pour certains types de cancer, les contrôles sont toujours effectués de façon périodique afin de prévenir toute récidive de la maladie.
Ainsi, même si le ministre a montré la volonté de faire en sorte que tout ce qui devrait accompagner la maladie du cancer sera pris en charge à travers une nouvelle stratégie, et en attendant que tout cela se concrétise, la réalité du terrain est amère à plus d’un titre, notamment en ce qui concerne la disponibilité des médicaments, et encore plus les médicaments pour enfants cancéreux. Les médecins et chefs de service en charge des malades ne cessent de tirer la sonnette d’alarme.
C’est le cas du professeur Houda Boudiaf, chef de service d’oncologie pédiatrique au Centre hospitalo-universitaire (CHU) Mustapha-Bacha (Alger). Elle a lancé un véritable cri de détresse, affirmant qu’il y a bel et bien un manque de médicaments anticancéreux pour enfants, donnant l’exemple de la vincristine. «Lorsque la vincristine est en pénurie, je finis par l’avoir via des associations. Je la reçois de France. Ce qui m’importe, c’est d’avoir le médicament en temps voulu pour le patient. Sinon, j’essaye de me procurer les médicaments (qui manquent à l’hôpital Mustapha-Bacha) des pharmacies centrales à l’intérieur du pays. Il faut regarder la disponibilité des médicaments et avoir une traçabilité des produits», a-t-elle souligné dans une déclaration au site TSA.
Ce qui démontre on ne peut mieux qu’il y a un véritable décalage entre la volonté affirmée des responsables du secteur (santé et industrie pharmaceutique) et la réalité du terrain.
La nécessité de disposer de stocks des anticancéreux se pose avec acuité, et ce, depuis «deux ans», selon le Pr Boudiaf qui, elle, comme l’ensemble de ses confrères en charge de malades cancéreux, veut «travailler dans les meilleures conditions et dans une atmosphère sereine» sans avoir de «stress lié au manque de médicaments».
Pour remédier à cette situation qui devient pesante aussi bien pour les malades que pour les médecins et professeurs qui les prennent en charge, la solution réside dans la production locale, de l’avis du ministre de l’Industrie pharmaceutique, Ali Aoun, qui a reconnu que le marché des anticancéreux fait face à «une tension». «Il n’y a pas de rareté d’anticancéreux, mais il y a tension sur le marché», a-t-il affirmé mercredi dernier, expliquant que «les producteurs à travers le monde se sont retrouvés contraints de fermer en raison de la pandémie du coronavirus, ce qui a eu pour conséquence de créer une tension sur le marché mondial du médicament». Il a évoqué une deuxième raison à l’origine de la tension indiquant qu’il s’agit de «la tendance au stockage de la part de certains distributeurs, ce qui a rajouté une couche au problème».
Pour minimiser les effets de ces situations fort préjudiciables aux malades, il est revenu sur la nécessité de lever tous les obstacles aux investisseurs voulant activer dans la production de médicaments d’oncologie. «La maladie du cancer, avec ses différentes variantes, est une maladie lourde. Le pays débourse un montant de 450 millions d’euros par an pour importer des médicaments anticancéreux», a-t-il indiqué le mois dernier, à l’occasion de l’inauguration d’une unité d’oncologie à Oran, ajoutant que cette facture est «très élevée» et qu’elle pourrait être diminuée en encourageant la production locale. <