Par Sihem Bounabi
L’accalmie semble être revenue entre le ministère de l’Industrie pharmaceutique et le laboratoire danois Novo Nordisk suite à l’audience accordée, jeudi dernier, à l’ambassadrice du Royaume du Danemark, Vanessa Vega Saenz, accompagnée de MM. Andrezej Popkowski et Laos Bo Smidt, respectivement vice-président senior et vice-président d’entreprise de la région Europe du Sud et de l’Est, du Moyen-Orient et d’Afrique de Novo Nordisk, en présence des représentants de la direction Algérie, de la PDG du groupe Saidal et des cadres du ministère.
Lors de cette audience, le ministre de l’Industrie pharmaceutique est toutefois resté ferme concernant la position du ministère sur l’impératif pour Novo Nordisk de « respecter ses engagements pour l’approvisionnement continu du marché des insulines conformément aux programmes d’importation délivrés et au calendrier de livraison arrêté et de réduire les délais pour la mise en place de plateforme de production et d’exportation de l’insuline après signature de la joint-venture », précise un communiqué du ministère de l’Industrie pharmaceutique.
Quant à la position du laboratoire danois, selon le communiqué officiel du ministère, les hauts cadres dirigeants de Novo Nordisk ont « félicité la nouvelle politique pharmaceutique adoptée en Algérie » et « affiché leur pleine adhésion en répondant favorablement aux demandes exprimées par l’Algérie».
De bonne foi de la volonté de répondre aux exigences algériennes, le Groupe Saidal a confirmé qu’une réunion du comité de pilotage du projet de Joint-Venture a levé les principales réserves notamment sur la répartition de l’actionnariat et les valorisations des apports. Par conséquent, « les deux parties, à savoir Saidal et Novo Nordisk devraient présenter, à la fin des évaluations des expertises, un projet final de Joint-Venture au ministère de l’Industrie pharmaceutique dans les semaines à venir pour agrément », précise le communiqué.
Pour rappel, à la fin du mois d’avril dernier, le ministère de l’Industrie pharmaceutique s’était fortement embrouillé avec le laboratoire danois du fait que ce dernier n’avait pas respecté ses engagements quant à la disponibilité de l’insuline créant ainsi une forte perturbation de ce médicament vital. Dans un entretien à un site électronique, Lotfi Benbahmed avait alors accusé nommément le laboratoire Novo Nordisk de « lobbying », de « rétention » et de « spéculation », en affirmant : «Nous leur avons donné un programme d’importation de 3 millions d’unités et depuis qu’a commencé l’importation, il nous ont livré de 100 000 à 200 000 boîtes, ce qui a créé une tension et des formes de crainte de rupture chez les patients, et même les pharmaciens étaient dans l’incompréhension». Novo Nordisk avait alors, dans un droit de réponse, qualifié «d’allégations» les accusations du MIPH. Cette tentative du laboratoire danois de se défendre a été balayée d’un revers de la main par une riposte cinglante du ministre de l’Industrie pharmaceutique dans un long communiqué, preuves à l’appui, et avait enfoncé le clou de ses accusations.
Dans une intervention à la Radio nationale, le ministre de l’Industrie pharmaceutique avait également réaffirmé la volonté de l’Algérie de lutter contre toutes formes de spéculation «d’où qu’elles viennent et contrer les lobbyings des produits pharmaceutiques ». Lotfi Benbahmed avait alors expliqué, à propos du cas du laboratoire Novo Nordisk, qu’ «il avait créé une ambiance malsaine à travers la rétention des produits comme l’insuline qui est un produit vital», estimant que «c’est une forme de chantage». Il avait aussi expliqué que «nous leur avons imposé de baisser leur prix de 20%, comme c’est le cas dans de nombreux pays. Or, la facture d’importation de ce produit s’élève à quelque 400 millions de dollars. Ce qui pèse lourd sur le budget de l’Etat et les caisses de la Sécurité sociale». Le ministre avait également affirmé avec conviction que « l’Etat algérien est déterminé à défendre ses intérêts et à mettre en place une politique pharmaceutique basée sur le principe du gagnant-gagnant ».
Finalement, la rencontre de jeudi dernier a la saveur d’une séance de réconciliation à travers la médiation de la diplomatie danoise, illustrant ainsi les enjeux économiques mais également politiques d’un produit aussi stratégique que le médicament et qui est, aujourd’hui, un des défis majeurs de sécurité sanitaire relevé par l’Algérie.