Autour de près d’une cinquantaine de proches, d’amis, mais surtout de clients fidèles de l’Etoile d’Or, la plus célèbre et certainement plus ancienne bouquinerie algéroise, située rue Didouche-Mourad, la librairie Chaïb Dzaïr, qui dépend de l’Anep, a rendu hommage mardi dernier au bouquiniste Ammi Mouloud, un véritable passionné du livre, de la lecture, tout particulièrement du roman policier, décrit comme l’un des «personnages historiques» de la ville d’Alger.

Pour ceux qui le connaissent, Ammi Mouloud gérait dans un petit 18 m² la librairie Etoile d’Or depuis plus de soixante ans, qu’il avait reprise à son compte à l’Indépendance, après y avoir travaillé plusieurs années. L’une de ses connaissances, le libraire Sid Ali Sakhri, qui animait mardi la rencontre, a affirmé qu’«Ammi Mouloud avait commencé à travailler très jeune comme coursier pour le compte d’une dame, une pied-noir d’origine espagnole». «Un jour, alors qu’il était parti acheter un stock de livres, elle avait remarqué qu’il regardait un transistor exposé dans une vitrine. Le lendemain, sans qu’il demande quoi que ce soit, elle le lui offre (…) C’est à ce moment-là, qu’il savait que sa vie était tracée, qu’il resterait fidèle à cette dame (Madame Roda) et au métier de bouquiniste qu’elle lui avait appris», raconte-t-il. Dès 1962, il a repris le commerce. Ammi Mouloud «a ainsi réussi à faire de la petite librairie l’Etoile d’Or l’une des adresses incontournables, ayant accueilli au fil du temps Albert Camus ou Emmanuel Roblès». Ammi Mouloud, père de neuf enfants, a néanmoins toujours refusé d’apporter le moindre changement dans sa boutique ou encore à la «transformer en librairie», ajoute-t-il. Spécialiste du livre, le bouquiniste avait été, quelques mois avant sa mort, cité dans le recueil de nouvelles «Traverses d’Alger» publié par Ameziane Ferhani aux éditions Chihab, dans lequel il décrivait les constants changements de la ville d’Alger, sauf la petite boutique que l’auteur a décrite comme intemporelle.
Ecrivant ainsi : «Dans le chambardement général des murs et des mœurs, un endroit s’est faufilé entre les mailles du temps. Là, avec une étrange perfection, celui-ci s’est arrêté. Rue Didouche-Mourad, vers le haut, chez Mouloud, le plus ancien bouquiniste de la ville et sans doute du pays».