Gilbert Meynier est mort. Après 75 ans de dur labeur, après une vie consacrée à l’autre, après une existence vouée à la cause algérienne, « l’historien de l’Algérie » s’est éteint mercredi dernier à Lyon à l’âge de 75 ans.

Agrégé d’histoire et docteur ès lettres, Gilbert Meynier est professeur émérite d’histoire contemporaine à l’université de Nancy II et titulaire du DEUG d’arabe de cette même université. Il a travaillé et enseigné à l’université de Constantine, comme coopérant pendant trois ans, de 1968 à 1971. L’histoire de l’Algérie, surtout coloniale, a été son sujet de prédilection quand il s’agissait de noircir des pages pour les besoins de ses nombreuses publications. Entre autres, il a participé à la publication du deuxième volume de «L’Histoire de la France coloniale» (Armand Colin, 1990), a conduit «L’Europe et la Méditerranée» (L’Harmattan, 1999). L’Algérie au cœur, il a essayé de mettre une brique personnelle pour la reconstruction du pays en publiant en 2000, après les années affres du terrorisme, «L’Algérie contemporaine : Bilans et solutions pour sortir de la crise (L’Harmattan/Le Forum IRTS de Lorraine). Son livre sur le FLN, paru en 2004, «Le FLN, documents et histoire 1954-1962, Paris, Fayard», publié en collaboration avec l’historien Mohamed Harbi, restera une référence sur le front de libération, comme l’a été, et l’est encore, sur la guerre d’Algérie, le livre éponyme, en 4 volumes, d’Yves Courrière. L’autre historien de l’Algérie, et fils de Constantine, Benjamin Stora, dira de son ami Gilbert Meynier, à l’annonce de sa mort, que «le décès aujourd’hui de Gilbert Meynier, grand historien de l’Algérie, est une terrible, et cruelle, nouvelle. Nous nous sommes vus pour la dernière fois à Vaulx-en-Velin en octobre 2017, pour la journée d’hommage du 17 octobre 1961. Je l’aimais beaucoup.» Yassine Hannachi, libraire et éditeur à Média-plus, lui aussi a appris le décès de Gilbert Meynier avec tristesse et stupéfaction. «La nouvelle m’attriste énormément, car en plus d’être un ami de l’Algérie, et un ami personnel, Meynier que je connais depuis ses années constantinoises, allait être édité à Média-plus. Son livre «L’Algérie et la France, deux siècles d’histoire croisée» sera édité quand même, à titre posthume, je n’aime pas ça, mais la vie et ainsi faite. Je profite aussi de l’hospitalité de Reporters pour exprimer toute mon estime à la famille de Meynier et les assure de ma profonde sympathie, tout en présentant aussi mes plus sincères condoléances aux amis est membres de la famille de Jean D’Ormesson, que j’ai eu l’insigne honneur de rééditer à deux, et que je souhaitais prochainement inviter en Algérie. La liste n’est pas close, malheureusement, puisque Nordine Saâdi, écrivain et ami nous a aussi quittés, et mes sincère condoléances attristés vont à sa famille.». Noureddine Saâdi, pour rappel est décédé jeudi dernier. Né à Constantine, il devient professeur de droit à Alger. En 1994, il quitte l’Algérie pour la France et s’installe à Douai où il enseigne à l’Université d’Artois. Universitaire et écrivain, il est l’auteur de plusieurs romans, de nombreux écrits et articles. Un de ses amis, le prêtre de Lyon, Christian Delorme, confiait à l’AFP que Gilbert Meynier était «un grand historien, dont l’œuvre consacrée aux Algériens et à l’Algérie s’avère d’une richesse immense, unique, inégalée». «Les hommes et femmes d’Algérie et de France n’ont pas encore pris toute la mesure de cette œuvre, mais je suis convaincu que viendra le temps où ils lui en seront infiniment gré, et de façon durable.» Meynier, et dès que les dernières lignes de son dernier ouvrage cité plus haut, à paraître chez Média-plus, confiait à ses proches intellectuels son vœu «que l’histoire croisée de l’Algérie et de la France puisse être écrite, conjointement, par des historiens des deux pays». A Yassine Hannachi, il exprimera son souhait de voir sur la couverture de son prochain livre, «L’Algérie et la France, deux siècles d’histoire croisée» la photo de la Medersa de Constantine, première université de la ville, où il a enseigné. Gilbert Meynier, qui a perdu sa femme Pierrette le 02 novembre dernier, est l’auteur de nombreux ouvrages sur l’histoire de l’Algérie contemporaine, son œuvre majeure, parmi lesquels «L’Algérie révélée» (Droz,1981), «L’Émir Khaled, premier Zaïm ? : Identité algérienne et colonialisme français», avec Ahmed Koulakssis (L’Harmattan, 1987), «Histoire intérieure du FLN, 1954-1962» (Fayard, 2002), et «L’Algérie des origines. De la préhistoire à l’avènement de l’Islam» (La Découverte, 2007).