Dès les premières heures de la matinée d’hier lundi 3 août, la colère grondait chez le personnel de santé du CHU Mustapha d’Alger face aux «injustices» et à «l’anarchie» du versement de la prime de la Covid-19 aux travailleurs de l’hôpital. Une situation exacerbée pour ceux qui sont en première ligne de la lutte contre la pandémie qui continuent de percevoir leurs salaires mensuels avec plusieurs jours de retard.
En milieu de matinée, plusieurs services ont été paralysés à l’instar du Centre de transfusions sanguines (CTS), qui ont suspendu les analyses et les bilans sanguins. Des centaines de travailleurs étaient regroupés dans les artères de l’hôpital pour exprimer leur colère.
Un médecin de l’hôpital Mustapha nous confie dépité : «Tout le monde est sur les nerfs, on est poussé à bout. On ne peut pas continuer à travailler dans ces conditions, le personnel a décidé d’observer un arrêt de travail.» Il ajoute : «C’est injuste ce qui se passe car tout le monde a travaillé de la même manière. C’est l’anarchie totale, il y a des gens qui ont été exclus de la prime d’autres qui ont reçu seulement un mois, d‘autres deux mois, alors que certains ont reçus trois mois de prime.» Il s’insurge : «On ne comprend pas cette disparité et sur quels critères s’est basée l’administration. En plus, la plupart des infirmiers et des agents de sécurité et d’entretien ont été exclus alors qu’ils font partie à part entière du personnel médical.» Avec plus de précisions on nous explique que dans certains services, à l’exemple du service cardiologie, seuls les médecins qui assurent la garde des urgences du soir ont perçu la prime, alors que les médecins des urgences du jour, les infirmiers et les résidents de première et deuxième années ont été exclus de cette prime.
De même, tout le personnel du service de CTS a été exclu de la prime, alors que ce sont eux qui s’occupent des bilans et des analyses. Il y a aussi des médecins résidents de première année qui ont fait des consultations au sein même du service Covid et qui n’ont pas bénéficié de la prime. Un des contestataires nous déclare : «On ne comprend pas pourquoi ces exclusions. D’autant plus que tous les services sont impliqués dans la consultation de la Covid. Puisque la consultation est effectuée par un roulement de quatre médecins de chaque service. Et donc tous les services sont impliqués.» Pour rappel, à la veille de l’Aïd, mardi et mercredi derniers, tous les corps des métiers de l’hôpital Mustapha-Bacha, médecins, résidents et internes, agents d’entretien et de sécurité, infirmiers et aides-soignants ont exprimé leur ras-le-bol concernant les conditions de travail dans une liste de revendications, dont en premier lieu, le versement de la prime de la Covid-19 et le versement des salaires dans les temps, le rappel des primes de passage d’année pour les médecins résidents et le renforcement du personnel médical lors des gardes.
Suite au mouvement de contestation et la décision d’arrêt de travail dans plusieurs services, Abdeslam Benana, Directeur général du CHU Mustapha, alors qu’il était mis en congé selon nos sources, s’est déplacée hier en fin de matinée pour essayer de trouver un compromis. Il a, en effet, proposé aux contestataires de dresser la liste du personnel qui n’a pas perçu la prime. Mais il a rapidement attisé la colère du personnel lorsqu’il a proposé l’exclusion de certains services et aussi de certaines personnes qui travaillent à l’hôpital. A titre d’exemple, selon le témoignage de plusieurs personnes présentes sur place, même si le Directeur de l’hôpital a demandé qu’on lui remette la liste du personnel du service néphrologie qui n’a pas reçu la prime, il a d’office écarté le nom du chef de service le Pr Haddoum. Finalement, au moment où nous mettions sous presse, même si les travailleurs se sont dispersés en milieu d’après-midi, la majorité d’entre eux maintient l’arrêt de travail, ultime recours selon eux pour protester contre les «dérives administratives». Dans un soupir, un des médecins se désole : «C’est malheureux que l’on nous pousse à faire cela pour défendre notre dignité et notre droit le plus légitime, car au final, c’est le malade qui est perdant mais nous n’avons pas le choix.» Il ajoute sur un ton de révolte : «On se demande ce qui se passe ? On se demande, si ce n’est pas fait exprès pour nous pousser à bout et créer une atmosphère explosive», en soulignant que «les responsables de l’hôpital Mustapha sont des administrateurs chevronnés qui maîtrisent les lois et les réactions du personnel. Ils savaient pertinemment que ce genre de comportement et cette anarchie dans le versement des primes allaient faire réagir les travailleurs de l’hôpital, qui sont déjà au bout du rouleau. La question qui se pose aujourd’hui, qui veut que cela dégénère à l’hôpital Mustapha ?» <