Contacté par Reporters pour commenter le contenu du discours-programme prononcé par le président de la République Abdelmadjid Tebboune à l’occasion de sa prestation de serment, Mouloud Hadadi, expert financier, considère que le nouveau chef de l’Etat a planté le cadre de sa politique économique.

Il a présenté sa vision de la nouvelle gouvernance économique durant son mandat, une esquisse de ses priorités. « La vision est bonne. Mais il s’agit de transformer cette vision en actions », observe l’expert. Abdelmadjid Tebboune ne nous dit pas comment mettre en œuvre ces priorités, comment couvrir le financement de ses nouvelles allocations budgétaires prévues en vue de respecter ses engagements, le pourquoi du choix de ses urgences. Ce qui semble normal, pour l’expert, puisque Abdelmadjid Tebboune vient juste de prendre les rênes de la Présidence. Le président de la République ne peut être expert en tout. C’est à une cheville ouvrière constituée d’experts choisis ou sollicités par le Premier magistrat du pays d’affiner, de mettre en cohérence cette vision, de suggérer un agenda des mesures présidentielles ou des réformes prévues. Il invite les intellectuels, les universitaires et les économistes à produire des idées, à présenter leurs solutions, à conceptualiser une démarche pour que la feuille de route du président de la République soit la plus adéquate aux défis qui se posent à l’Algérie à court, moyen et long termes.
Pour ce spécialiste en économie, le discours-programme montre qu’on va vers une réorientation de la gouvernance économique de l’Algérie. On va vers une vision où « small is beautiful », c’est-à-dire où les aides de l’Etat ne vont pas comme auparavant aux grandes entreprises, mais aux petites et moyennes entreprises, aux start-up. Sur ce dernier point, « il est illusoire de vouloir développer les start-up avec une sphère bancaire actuellement obsolète », constate-t-il. Il s’agit de créer un écosystème favorable à l’éclosion de nombreuses start-up. Dans cet écosystème, il s’agit de mettre en place des instruments financiers adaptés aux start-up, ce que la finance classique, pratiquée par les banques publiques actuellement, ne peut offrir. « Ce n’est pas avec les financements classiques qu’on va développer les start-up », a-t-il argué. Il a ajouté que le pays doit absolument réformer sa finance publique.
Concernant le gros problème de manque de ressources financières pour les investissements publics, réduire le déficit budgétaire, une situation qui asphyxie l’économie nationale, aujourd’hui, guère abordée dans le détail par le président de la République, l’expert estime qu’il existe de nombreux viviers qui permettent de mobiliser de nouvelles ressources pour le Trésor, comme la surtaxation de produits de luxe ou de produits de seconde nécessité pour la majorité de citoyens, la taxation des entreprises, qui dégagent un taux de rentabilité de 25% et plus, au lieu de faire payer les petits contribuables. Le spécialiste conclut que la conjoncture actuelle constitue une opportunité pour lancer les réformes. « Car le mode de gouvernance actuel doit absolument changer », a-t-il ajouté. L’économiste Mohamed Mebtoul, lui, recense 16 questions qui appellent à des solutions concrètes ou des décisions du président de la République. Quel impact pour les équilibres financiers de l’annonce du président d’augmenter le SMIG (pas d’impôt pour les salariés touchant moins de 30 000 dinars par mois) sans aborder, selon lui, la sphère informelle qui permet un revenu collectif qui risque de provoquer une spirale inflationniste ? Comment éviter l’épuisement des réserves de change en 2022 et le retour au FMI, devant analyser objectivement la mauvaise allocation des ressources ? Comment mettre en place des instruments de régulation pour combattre la corruption ? Comment rapatrier les fuites de capitaux à l’étranger ? Comment redynamiser deux institutions, la Cour des comptes et le Cnes en berne depuis 20 ans ? » Autant de chantiers que devrait lancer le nouveau président de la République. Mais, compte tenu de la multitude de dossiers urgents que le premier magistrat du pays devra prendre en charge, il est clair que le pays s’oriente vers un arbitrage entre les mesures prioritaires qui doivent être lancées dès les premiers mois de son mandat et celles qui attendront le second semestre ou l’an prochain et entre les réformes qui doivent être lancées simultanément ou bien plus tard.
Le retour à la confiance, le redressement de la situation financière du pays, la réduction du train de vie de l’Etat, la reprise de l’investissement devraient, enfin, figurer, selon plusieurs experts, parmi les urgences des urgences dans la feuille de route du nouveau président de la République.