Le rejet du projet d’amendement proposé par la députée du PT pour obtenir des fonds dans le cadre de la loi des finances pour l’exercice de l’année 2018 n’en finit pas d’agiter la sphère identitaire amazighe. Sur la Toile et le réseau social Facebook, le débat fait rage et des appels sont relayés pour organiser la riposte à ce qui est considéré comme un ostracisme et un recul de l’Etat quant à ses engagements à promouvoir tamazigt.

Les députés des partis de la majorité, qui ont rejeté l’amendement du PT, ont été stigmatisés, pointant la duplicité et le double langage des partis auxquels sont apparentés ces élus qui, après avoir voté favorablement pour le statut de langue officielle de tamazight, se déjugent en refusant de voter des fonds pour permettre la généralisation de son enseignement. Un vent de contestation et de colère s’est emparé des milliers de lycéens et collégiens de plusieurs localités des wilayas de Tizi Ouzou et de Béjaïa auxquels se sont mêlés des étudiants de ces mêmes wilayas qui sont sortis dans la rue pour dénoncer ce qui s’apparente, aux yeux d’un large pan de l’opinion en Kabylie à une volte-face des pouvoirs publics. La mobilisation ne faiblit pas puisqu’on annonce une grande mobilisation des étudiants de l’université Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou qui projettent de sortir, aujourd’hui, lundi, dans la rue. Le MAK n’entend pas être en reste. Profitant de ce vent de colère qui sourdre au sein de larges pans de la population de Kabylie, le mouvement de Ferhat M’henni s’est mis de la partie en occupant, à son tour, la rue. Hier, dimanche, près de cinq cents partisans du mouvement indépendantistes ont organisé un rassemblement devant l’entrée du campus Hasnaoua de l’UMMTO. En plus de leurs slogans habituels, les quelques centaines de manifestants ont dénoncé le vote défavorable à tamazight des parlementaires de l’APN. Pour empêcher cette mobilisation d’aller crescendo, des responsables d’institutions publiques sont obligés de monter au front.
Après le président du HCA qui est sorti de sa réserve pour démentir l’existence d’un quelconque vote à l’APN défavorable à la promotion de tamazight, Ould Ali El Hadi, ministre de la Jeunesse et des Sports, a profité de sa visite de travail, dans la journée de samedi dernier, à Tizi Ouzou pour répliquer à ceux qui, selon lui, propagent la rumeur sur un prétendu vote de l’APN sur la promotion de tamazight. S’autorisant à parler au nom du gouvernement, le MJS estime que «l’Etat ne reculera pas sur la question de la promotion de tamazight. Et d’ajouter que l’Algérie «n’a pas attendu le (projet) de Loi de finances 2018 pour mettre les moyens nécessaires à la promotion de tamazight, élevée au rang de langue nationale en 2002, puis en langue officielle dans la loi fondamentale de février 2016».

Le PT accusé de manœuvrer
Mis en cause pour leur silence et l’absence de leurs députés à l’APN, le RCD et le FFS, qui n’attendent pas qu’on leur fasse la leçon sur le combat identitaire et la défense de tamazight, crient eux aussi à la manipulation. Le RCD et le FFS, dont des responsables, s’exprimaient, hier, sur les colonnes d’un quotidien national, pointaient du doigt l’attitude manœuvrière du PT qui, selon ces deux partis, cherche à manipuler l’opinion à travers la présentation de l’amendement controversé. S’invitant aussi dans le débat polémique sur le rejet de l’amendement pour la promotion de tamazight, le RPK, rassemblement pour la Kabylie, a rendu publique une déclaration dans laquelle il exprime son soutien aux manifestations des lycéens et des étudiants de Kabylie qui sont descendus ces derniers jours dans la rue. Le RPK estime qu’«au lieu de répondre et de s’expliquer face aux réactions légitimes des citoyens, exprimées dans un premier temps sur les réseaux sociaux, les instances de l’APN ont conforté, par leur silence, la thèse du rejet d’une loi sur lapromotion de la langue amazighe.»
Une posture qui, selon lui, attise la colère de nombreux pans de la société. Il prévient, néanmoins, que «si toute mobilisation est à féliciter et à encourager, il ne faut pas hésiter à l’accompagner par un véritable débat pour éviter les impasses, dérives vers la violence ou les manipulations. Sans clarification des objectifs et des enjeux, sans revendication claire, c’est à coup sûr rééditer les impasses auxquelles sont arrivés, le Mouvement culturel berbère dans les années 1990 et le mouvement citoyen de 2001».