L’évènement diplomatique de la semaine dernière a été marqué par la série de déplacements effectués par le ministre des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, dans plusieurs capitales africaines, qui signe son retour sur la scène africaine…

Par Anis Remane
Le voyage inaugural a été consacré lundi et mardi derniers à Tunis où l’objectif de la visite était double : s’informer des développements politiques internes au pays voisin après la décision de son président, Kais Saïed, de suspendre, le 25 juillet 2021, le Parlement et de limoger l’ancien chef du gouvernement Hichem Mechichi, échanger également sur les dossiers dans lesquels l’Algérie et la Tunisie sont partie prenante, à commencer par le plus délicat d’entre eux : le processus de normalisation politique et sécuritaire en Libye.
Cette tournée africaine, qui s’est poursuivie en Ethiopie, au Soudan et en Egypte, s’est également inscrite sous le signe du bilatéral et de l’ambition de l’Algérie de renforcer ses relations avec ces pays. La probabilité d’une médiation algérienne entre Addis-Abeba, Karthoum et le Caire n’en est pas moins exclue, même si ce point n’est pas mentionné dans les communiqués publiés par les Affaires étrangères, signe d’une prudence certaine.
Parmi les éléments qui renforcent cette hypothèse de médiation, les destinations choisies par le ministre algérien des Affaires étrangères : les capitales africaines dans lesquelles il s’est rendu sont toutes concernées par la question épineuse du partage des eaux du Nil après la construction et le remplissage du barrage éthiopien de La Renaissance. Un point confirmé par des sources médiatiques soudanaises qui ont indiqué que le ministre algérien des Affaires étrangères a abordé le dossier contentieux du barrage avec son homologue soudanais Maryam Al-Sadiq Al-Mahdi. Selon Sudan News Agency (SUNA), la ministre soudanaise a indiqué que « Khartoum cherchait à parvenir à une solution diplomatique à la crise du barrage de la Renaissance, et a souligné la position ferme du Soudan, qui est la nécessité de conclure un accord juridique contraignant sur le remplissage et l’exploitation du barrage ».
Libye et l’épineux du partage des eaux du Nil
Elle a exprimé son « espoir que l’Éthiopie soit juste en traitant la position soudanaise avec responsabilité et volonté, soulignant que le Soudan est préoccupé par la situation en Éthiopie et tient à sa stabilité. Par ailleurs, elle a souligné la nécessité de coordonner les efforts pour aider les parties libyennes à parvenir à un accord et à une solution qui réalisent la paix et la stabilité en Libye, notant que le Soudan ne ménagera aucun effort pour assurer la sécurité et la stabilité en Libye et assiéger le conflit et les répercussions de la situation sur le quartier et la région ».
Outre cet élément, Ramtane Lamamra s’est entretenu avec les dirigeants de la commission de l’Union africaine – dont la vice-présidente Monique Nsanzabaganwa qui assure l’intérim en l’absence de Moussa Faki – ainsi qu’avec le Commissaire aux Affaires politiques, à la paix et à la sécurité de l’UA Bankole Adeoye. Selon un communiqué, les deux responsables ont échangé les points de vue sur « les principaux conflits et crises dans le continent africain et les perspectives de leur règlement ». L’entretien avec le commissaire africain chargé de la paix et de la sécurité a été l’occasion de « réitérer le soutien et la disposition de l’Algérie à contribuer efficacement au renforcement des efforts pour relever les différents défis et consacrer le principe de solutions africaines aux problèmes africains ». Si les services d’information et de communication de M. Lamamra n’ont pas cité nommément ces « problèmes », notamment celui des eaux du Nil, c’est sans doute par nécessité de prudence vis-à-vis d’un dossier explosif – susceptible de déclencher un conflit militarisé entre l’Egypte, le Soudan et l’Ethiopie accusée de les priver d’une ressource vitale pour leurs populations et leurs économies, notamment agricoles.
C’est sans doute aussi par souci d’avoir la vision la plus claire possible des positions des uns et des autres avant d’entamer une quelconque initiative, alors que la diplomatie algérienne a plus que jamais besoin de faire preuve de réalisme et de pragmatisme, en particulier à l’échelle continentale. Il s’agirait, pour sa figure de proue, Ramtane Lamamra, de sacrifier à la doctrine du multilatéralisme et de prêter main forte aux initiatives onusiennes. C’est ainsi qu’on serait tenté de comprendre les discussions qui ont eu lieu entre M. Lamamra et la Secrétaire générale adjointe des Nations unies en charge des Affaires Politiques et de la Consolidation de la Paix, Rosemary DiCarlo, qui était elle aussi en visite à Khartoum pour le suivi et le soutien de la transition politique difficile dans ce pays.