Des officiels algériens l’ont dit et avoué : la décision du président américain sortant Donald Trump de reconnaitre la « souveraineté » du Maroc sur le Sahara occidental en contrepartie d’une normalisation des relations du Maroc avec Israël est un sérieux problème !
Sans prendre le risque de le critiquer frontalement, parce que son mandat expire demain, M. Trump a selon les autorités algériennes bouleversé l’équilibre géopolitique en vigueur au Maghreb depuis plus de trente ans. Sa décision de tourner le dos au droit international et aux Nations unies n’a pas seulement conforté le choix, risqué pour l’ensemble de la sous-région, des indépendantistes sahraouis de reprendre les armes contre le Maroc. Elle n’a pas uniquement pour effet de transformer de nouveau leur vieille revendication d’autodétermination en foyer de tension mitoyen du vaste champ de mines sahélo-saharien. Elle a fait de leur question une porte d’entrée potentiellement ouverte à des puissances étrangères : Israël en premier lieu, dont la «menace», on l’observe depuis l’annonce de la normalisation avec Rabat, articule fortement les éléments du discours sécuritaire algérien actuel. Le message principal qui s’en dégage est celle d’un contexte sous-régional qui incite à se préparer à toutes les éventualités, celle d’un conflit armé à nos frontières comprise.
Pour l’éviter, Alger espère que le président élu Joe Biden, qui occupera la Maison-Blanche à Washington dès demain 20 janvier, fera une bonne lecture de ce contexte et revienne d’une manière ou d’une autre sur le choix de son prédécesseur. Et qu’il renonce au moins à l’ouverture d’un consulat à Dakhla. On le devine à l’attention accordée aux moindres déclarations, même quand elles viennent d’un John Bolton qui ne s’est jamais soucié du problème palestinien, mettant en doute aux Etats-Unis la pertinence de la diplomatie trumpienne à reconnaitre sans calcul des risques géostratégiques la « souveraineté » du Maroc sur un territoire dont le sort est encore à l’ordre du jour du Conseil de sécurité. On l’observe à l’intérêt porté aux commentaires « anonymes » des bonnes sources politiques et diplomatiques dans les grands journaux américains comme Le Washington Post.

Le prochain sommet de l’UA, un rendez-vous décisif
Le grand quotidien a rapporté tout récemment que les décisions prises M. Trump en politique extérieure, dont celle de reconnaître la « souveraineté marocaine » sur le Sahara occidental, sont en cours d’examen selon un haut responsable de la future administration Biden et qu’elles peuvent être modifiées selon le seul critère de l’« intérêt national » étasunien. Le contenu de cet article suffisamment discuté dans les milieux diplomatiques algériens concernés fait partie du signal de fumée à scruter parmi ceux que lancera dans les prochains jours le nouveau président des Etats-Unis.
Mais comme il s’agit d’un dossier au sein duquel une des nouvelles pièces maitresses a pour nom Israël, un Etat vis-à-vis des intérêts desquels on ne lésine pas à la Maison-Blanche et dans toute l’industrie politique américaine dominante, il est beaucoup trop risqué de compter uniquement sur d’éventuels bons signaux. Le plus sûr pour Alger, alors, est de revenir aux fondamentaux de sa diplomatie et de se concentrer à nouveau sur son « carré » africain et les pays du continent avec lesquels elle partage le même héritage anticolonial et dont l’Union a admis en 1984 en son sein la République arabe sahraouie (RASD), provoquant le retrait du Maroc.
Et c’est tout le sens à donner à la grande et sans doute historique tournée du ministre des Affaires étrangères en Afrique australe et en Afrique de l’Est. A l’approche du sommet de l’Union Africaine (UA) en février, le voyage de Sabri Boukadoum en Afrique du Sud, au Lesotho, en Angola et au Kenya fait renouer la diplomatie algérienne avec ses « racines africaines » qui remontent jusqu’aux années de la Guerre de libération. Il indique qu’elle fait le pari d’un consensus panafricain sur le caractère indiscutable des questions de décolonisation dans le continent. Une résolution dans ce sens au prochain sommet de février, comme celle prise en 1984, aura un poids considérable sur le Conseil de sécurité des Nations unies et sur ses Etats membres permanents, dont les Etats-Unis. Elle pourrait conséquemment conduire le Maroc à réviser les ambitions qu’il a manifestées à travers le deal de la normalisation avec Israël via Washington.