Des milliers de personnes ont marché hier à Alger en scandant des slogans hostiles à un
5e mandat du chef de l’Etat sortant. Ils étaient entre 5000 et 10000 manifestants, selon des estimations non officielles, à avoir battu le pavé entre la place du 1er mai et la Grande poste.

En attendant les chiffres de la police qui n’a communiqué aucune estimation jusqu’en fin de journée hier, l’impression constatée sur place est que beaucoup de monde était sorti pour exprimer son rejet de voir le président de la République se présenter à nouveau et garder son poste de magistrat suprême du pays. Outre le grand couloir de la rue Hassiba Ben Bouali entre le  « 1er mai » et la Grande poste jusqu’au Palais du gouvernement, on a pu observer également la formation de petits carrés de manifestants à Bab-El-Oued et une marée humaine entre la place Audin au pied du bâtiment d’Air Algérie et la Grande poste en aval ainsi qu’en amont, en montée du boulevard Mohamed V.
Cette marche et ces rassemblements ont eu lieu peu après la prière du vendredi aux alentours de 14 heures, en réponse, semble-t-il aux appels anonymes qui ont circulé quelques jours auparavant sur les réseaux sociaux. Sur place, hormis la présence d’activités du mouvement Mouwatana (citoyenneté) qui s’est créé contre un 5e mandat du chef de l’Etat sortant et qui milite pour le boycott de l’élection présidentielle du 18 avril prochain, à leur tête leur chef de file Soufiane Djilali (président du parti Jil Jadid), il était difficile de se faire une idée sur la paternité de la marche et de la manifestation. A la question « à quel appel avez-vous répondu pour sortir dans la rue ? », les réponses étaient très évasives, voire considérées comme incongrues par beaucoup, le discours à prendre avec certitude était celui résumé par les pancartes tenues par des manifestants ainsi que les slogans scandés : un appel au président de la République à renoncer à une nouvelle candidature. Certains des slogans entendus étaient violents et dirigés contre les chaines de télévision Ennahar (privée) et l’EPTV (publique). On a pu entendre également « où est la presse, où est-elle ? », mais tout s’est déroulé sans incident notable. Des personnes qui cherchaient à gagner le quartier d’El Mouradia (Golf) et le siège de la présidence de la République ont été énergiquement repoussées à hauteur de l’hôtel Saint-George. A la fin de la marche, on a pu également constater des jets de gaz lacrymogènes pour disperser la foule ainsi que quelques interpellations, une unité de policières a été également visible en train de neutraliser des manifestants.
Dans les régions, nos correspondants nous ont également signalé des manifestations. A Oran, notre journaliste a constaté deux rassemblements à la place du 1er novembre (plus connue sous le nom de place d’armes) ainsi qu’à la place des victoires en plein cœur de la ville. A Mostaganem, plusieurs centaines de citoyens ont marché et se sont rassemblés, dès le début de la matinée, sur la place principale du centre-ville. Ils ont brandi des pancartes et des banderoles noires contre le cinquième mandat, scandant des slogans contre le chef de l’Etat et son premier ministre Ahmed Ouyahia. A Sidi Bel Abbès, près 500 personnes, des jeunes en majorité, ont marché depuis la place du 1er Novembre jusqu’au siège de la wilaya, avant d’emprunter le boulevard de promenade de la Macta et fait le tour du centre-ville, pour s’arrêter devant le monument aux martyrs. Les forces de l’ordre sont restées à l’écart, jusqu’à la dispersion des manifestants. Même cas de figure à Tlemcen, où le mot d’ordre lancé via les réseaux sociaux appelant à manifester a été massivement suivi à la cité des Zianides. En effet, juste après la prière, des dizaines de jeunes ont entamé une marche qui s’est déroulée pacifiquement, sans heurt, ni casse. A l’est du pays, à Annaba, ils étaient près d’un millier de personnes à avoir répondu dans la matinée de vendredi à l’appel d’activistes, pour tenir un sit-in sur le Cours de la Révolution (place centrale du centre-ville d’Annaba). Dès 10h00 il était plus de 300 à être présents sur les lieux avec des drapeaux aux couleurs nationales et des pancartes sur lesquelles on pouvait lire «non au cinquième mandat». Le sit-in qui a duré un peu plus de 2 heures a fini par rassembler près d’un millier de personne et s’est déroulé dans le calme le plus absolu, sous l’œil attentif des forces de l’ordre. Vers 12h15 les manifestants sont rentrés chez eux dans le calme. Près de deux heures plus tard, d’autres groupes ont répondu à un appel anonyme pour sortir des mosquées et se rassembler devant le siège de la wilaya. Ils étaient plusieurs milliers cette fois-ci à exprimer leur refus de ce qu’ils ont qualifié dans leurs slogans de «mandat de la honte». Les manifestants ont accusé le pouvoir de vouloir « vendre le pays » pour se maintenir contre la volonté populaire. Seuls des jeunes de moins de trente avaient pris part cette deuxième manifestation de la journée, avant d’être rejoints par la suite de personnes de toutes les tranches d’âge et catégories sociales. Des familles entières sont descendues dans la rue pour cette «marche de la dignité».
A El Tarf, des jeunes sont également sortis dans la rue, quelques centaines selon des estimations à confirmer. Dans la daïra de Dréan où la manifestation est partie de la sortie de la mosquée « Ennasr », on nous a rapporté la présence de quelques dizaines de personnes ainsi qu’un échange de paroles violent entre l’imam et un jeune. A El Kala, la contestation a commencé de la moquée de la cité dite des Allemands et s’est poursuivie jusqu’à la fin du boulevard menant vers lieu-dit El Meridima. On n’a signalé aucune dérive ni aucun écart, des jeunes s’étant portés volontaires pour le cordon de sécurité. A Oum El Bouaghi, c’est aux cris d’ « Allahou Akbar » qu’une foule compacte a entrepris, après la prière du vendredi, une marche pacifique pour exprimer son avis.
A Constantine, ce sont des dizaines, des centaines, puis des milliers de Constantinois qui se sont rassemblés au centre-ville, encadrés par un important dispositif policier mis en place dès les premières heures de la matinée.
Au centre du pays comme à Béjaïa, des dizaines de milliers de personnes sont sortis, également, dans la rue. En effet, comme prévu, vers 14h00, juste après la prière du vendredi, une véritable marée humaine a investi l’esplanade de la maison de la culture Taos Amrouche, avant d’entamer la marche vers le siège de la wilaya.
Munis de banderoles et des pancartes portant des slogans hostiles à la candidature de Bouteflika pour un 5e mandat, les manifestants qui portaient pour la plupart des brassards rouges à l’avant-bras, scandaient à tue-tête quelques mots d’ordre réclamant un changement de système politique.
Aucun dépassement, ni incident, n’a émaillé cette manifestation. A noter que plusieurs cadres et militants politiques, dont l’ancien animateur du MCB et ex-député du FFS, Djamel Zenati, ont participé à cette manifestation de rue. Vers 16h00, les organisateurs de la marche ont appelé les manifestants à se disperser dans le calme. Aucun incident notable n’est à déplorer.
A Tizi Ouzou, ils étaient près de deux milliers de citoyens à sortir pour dire leur refus de la candidature de Abdelaziz Bouteflika. Un mot d’ordre exprime ostensiblement sur des banderoles et des affichettes et crié par des manifestants, à dominante jeunes qui ont sillonné les artères de la ville. Aucun incident n’a émaillé la manifestation qui a pris fin vers 16h 30 mn. Même topo à Boumerdès, où de nombreux citoyens ont protesté dans plusieurs localités de la wilaya. Composés en grande majorité de jeunes, les manifestants ont sillonné les grandes artères des villes pour exprimer leur opposition au 5e mandat. Enfin à Ghardaïa, hormis 5 personnes qui ont organisé un sit in à Metlili, l’appel à manifester le 22 février contre le 5e mandat n’a pas été du tout suivi dans la wilaya de Ghardaïa. n