A l’ère de la digitalisation qui n’est plus un choix, l’Afrique a entamé son intégration dans ce processus et veut aller de l’avant, de nombreuses opportunités qui s’offrent pour le continent dans ce domaine étant encore inexploitées.

PAR T. Gacem
C’est pourquoi les pays africains doivent coopérer et relever ce défi qui leur permettra de se développer. Mais pour ce faire, il leur faut aussi le nerf de la guerre, le financement. C’est ce qui ressort de l’événement Digital African Summit, ouvert hier à Alger pour une durée de trois jours, au cours duquel les nombreux avantages de la digitalisation dans l’entreprenariat et la vie de tous les jours ont été soulignés par les intervenants.
«La pandémie de Covid-19 a révélé un besoin urgent d’adopter des technologies habilitantes, des innovations et des solutions numériques pour la reprise économique et la reconstruction de systèmes durables et plus résilients», a déclaré Mohamed Belhocine, commissaire à l’éducation, les sciences et technologies, et l’Innovation au sein de l’Union africaine (UA), devant un parterre de participants venus de plus de 20 pays d’Afrique et d’autres pays du monde. De nombreux secteurs peuvent profiter de la digitalisation, a-t-il dit lors de cet événement organisé par le Groupement algérien des acteurs du numérique (GAAN), citant les services tels que le commerce électronique, la santé, la finance, l’éducation, l’agriculture… Il reste que «l’atout le plus précieux» qu’une nation puisse posséder «dans une économie moderne axée sur le savoir est une ressource humaine alphabétisée, instruite et qualifiée dans le domaine numérique». Dans ce sens, «l’UA est en train d’élaborer la stratégie d’éducation numérique pour promouvoir le citoyen du numérique, faciliter l’utilisation des TIC pour l’enseignement, l’apprentissage, la recherche, et renforcer la compétitivité de l’Afrique», a révélé M. Belhocine, revenant sur la période de la pandémie du coronavirus qui a vu une hausse importante du télétravail, des réunions par visioconférence, etc.
Toutefois, pour être «équitable et généralisée», l’innovation numérique a besoin d’«un effort financier pour atteindre les groupes pauvres et ceux qui n’ont peut-être pas accès aux services financiers formels», a relevé M. Belhocine. M. Belhocine a saisi l’occasion du Digital African Summit pour rappeler que les Etats membres de l’UA avaient appelé à allouer 1% du budget à la R&D, avant de plaider pour que cet engagement soit «honoré graduellement dans des délais raisonnables par l’ensemble des Etats».

Le financement, nerf de la guerre
Le financement qui fait défaut à l’échelle continentale a été évoqué également par d’autres conférenciers qui ont tous mis en avant qu’il ne peut y avoir de développement sans financement. Il en est de même pour les ressources humaines que tous ont qualifié comme étant «l’élément essentiel» sans lequel aucune nation ni aucun continent ne peut progresser. C’est ce qu’a souligné Ammar Khadraoui, président de l’entreprise Asmos Consulting. «La démographie est notre plus grande ressource», a-t-il dit, mais non sans affirmer que les pays africains doivent avoir «la capacité d’attirer des partenaires qui nous aident et nous accompagnent dans la transformation numérique».
Dans son plaidoyer pour la coopération entre les pays africains pour relever les défis de la digitalisation et de la numérisation, M. Belhocine est revenu sur ce qui a été tracé par les membres de l’union continentale. «L’Agenda 2063 de l’UA appelle à accélérer les actions pour catalyser la révolution de l’éducation et des compétences et promouvoir activement la science, la technologie, la recherche et l’innovation dans le but ultime de renforcer les connaissances, les ressources humaines, les capacités et les compétences pour l’avenir de l’Afrique», a-t-il dit. Enchaînant qu’en droite ligne de cet agenda «la Commission de l’UA a élaboré la stratégie de transformation numérique» en Afrique avec l’objectif d’«exploiter les technologies numériques et l’innovation pour transformer les sociétés et les économies africaines, et ce, afin de promouvoir l’intégration de l’Afrique, générer une croissance économique inclusive, stimuler la création d’emplois, briser la fracture numérique et éradiquer la pauvreté pour le développement socioéconomique du continent».
Parmi les plus grands défis pour réaliser les objectifs et pour que personne ne soit laissé pour compte, le plus important reste «l’infrastructure numérique» qui connait «des progrès très importants» a-t-il dit, tout en reconnaissant que «beaucoup de chemin reste à faire», du fait qu’il reste encore «des zones faiblement connectées ou parfois pas du tout connectées». Un problème qu’il espère voir solutionner grâce à «la fédération des efforts» des pays africains. Il appelle également à soutenir le leadership et la créativité des femmes dans l’activité du numérique.
Pour sa part, le président du GANN, Bachir Tadjeddine, a affirmé que «l’Afrique se retrouve encore au centre de l’échiquier stratégique mondial», avant de répliquer que «l’Afrique d’aujourd’hui n’est pas celle d’hier. Les enjeux d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier et même les ressources pour lesquelles l’Afrique est enviée ne sont pas celles d’hier». L’avènement de l’Internet, du digital, du numérique, a-t-il poursuivi, «ont façonné un monde dans lequel nous avons tous la possibilité de devenir maîtres de notre destin». Ainsi, le président du GANN souligne que «la vraie richesse de l’Afrique c’est son potentiel humain», tout en mettant en avant la responsabilité de tous les pays africains à le promouvoir. «Aujourd’hui plus que jamais, nous avons le devoir et la responsabilité historique de saisir l’opportunité unique que nous offre le digital et les technologies pour rattraper le retard civilisationnel qui nous sépare du monde», a-t-il soutenu.

Par Faten Hayed
< Bachir Tadjeddine, président du GAAN : «Le vecteur du digital est une extraordinaire opportunité de développement pour l’Afrique, qui voit naître de nouvelles perspectives, mais aussi de nouveaux défis. The Digital African Summit sera l’occasion idéale pour regrouper les acteurs des pays africains pour envisager ensemble l’édification de projets futuristes sur le continent et ailleurs dans le monde. »

< Mourad Dayaa Eddine Boutalbi, ingénieur et expert I.T. : « C’est une belle opportunité pour les entreprises, ainsi que pour les experts algériens de rencontrer leurs homologues des autres pays africains, afin de connaître ce qui se fait en matière d’innovation numérique. C’est important de développer les relations. Ce sommet place l’Algérie au cœur des événements les plus prisés dans le monde, car nous devons nous positionner sur ce secteur et être des leaders, en commençant par l’Afrique.»

< Youcef Salhi, développeur web : «On apprend beaucoup des expériences des autres. Il ne faut pas hésiter à bien étudier les paramètres et de fournir de meilleurs services. L’avantage du numérique est que l’on peut améliorer des solutions existantes, puis les adapter à nos habitudes de consommation. Le Sommet du digital va donner un élan formidable à de nombreuses initiatives nationales. C’est une aubaine pour les entreprises locales, histoire de comprendre ce qui se passe chez nos voisins les plus proches et de voir ce qui est envisageable à l’avenir, ensemble. »

< Amara Amaouz, CEO et co-fondateur de Namlatic, plateforme de réservations d’hôtels en ligne : « Si on analyse les 10 dernières années sur la manière de réserver un hôtel dans le monde, on constate qu’une incroyable évolution a développé le secteur. Il en va de même pour notre pays, c’est une question de temps et d’offres. L’Algérie a besoin de cette dimension internationale pour fructifier un savoir-faire. Notre pays est une plaque tournante entre l’Europe et l’Afrique. Demain, nous pourrons porter nos solutions digitales aux pays voisins et faire prospérer les entreprises algériennes au-delà des frontières ! »