Par Hakim Ould Mohamed
Dans une communication publiée sur le site web du Premier ministère, dans la foulée de la publication du Conseil national économique, social et environnemental (CNESE) de son plan de relance économique 2020/24, Abdelaziz Djerad reconnaît, pour la première fois, que la mobilisation des ressources financières s’avère désormais difficile, en raison de la baisse des dépôts en banque du secteur des hydrocarbures.
« La problématique de la mobilisation des ressources financières nécessaires au développement des infrastructures publiques et des investissements des entreprises économiques se pose de plus en plus avec acuité en raison de la persistance de la baisse drastique des ressources, provenant des hydrocarbures et des effets de la crise sanitaire sur les activités économiques », écrit le Premier ministre dans sa communication. Peu avant cette publication, le CNESE a lancé une véritable alerte sur une économie nationale qui chavire et qui exige des réformes ambitieuses et des ajustements budgétaires profonds, faute de quoi le paquebot pourrait percuter l’iceberg. La rechute des prix du pétrole amorcée dès le début de 2020, combinée à un choc pandémique d’une rare violence, a mis l’économie du pays sur une pente dangereuse. Les fondamentaux de nos finances publiques sont de plus en plus inquiétants, en témoignent, entre autres signaux, l’incapacité de la Banque centrale à libérer des liquidités suffisantes à même de faire repartir l’investissement et la croissance, frappés de plein fouet par le double choc coronavirus-rechute des prix du pétrole. Le niveau de liquidité est reparti à la baisse dès la fin de 2019 et les artifices monétaires mis en place par la Banque centrale, courant 2020, se sont avérés insuffisants face à une crise chronique et à caractère structurel.
En effet, les mesures monétaires apparues dès le mois de mars 2020, se rapportant essentiellement à la baisse du taux des réserves obligatoires et à l’augmentation des seuils de refinancement des titres publics négociables, n’ont été que d’un faible impact sur la liquidité, puisque celle-ci est passée de 1 100,8 milliards de dinars à fin 2019 à 632,3 milliards de dinars à fin 2020. Alors que la liquidité bancaire s’érodait continuellement, les quantités d’argent en circulation hors banques ont augmenté, représentant environ un tiers de la masse monétaire globale. Face à cette difficulté de mobiliser les ressources conventionnelles, « les pouvoirs publics sont appelés à trouver les solutions nécessaires à l’élargissement et à la diversification des sources de financement en déployant les capacités nécessaires et les formules appropriées pour rétablir les liens de confiance, notamment avec la sphère informelle la plus apte à renouer avec l’inclusion financière et économique », suggère le Premier ministre dans sa communication. Signe de cette difficulté à mobiliser les ressources, le déficit du Trésor a été financé en 2020 à hauteur de 43,2% par des financements non bancaires, alors que le déficit budgétaire a été couvert par la mobilisation des réserves de la Banque centrale. Pour cette année encore, faute de pare-chocs financiers en interne, le déficit budgétaire sera financé à travers l’application des mécanismes de la politique monétaire, stipulés dans la loi, en concertation avec la Banque d’Algérie, avait indiqué le ministre des Finances, Aymen Benabderrahmane. Il s’agit en particulier d’utiliser une partie des réserves et affectations constituées par la Banque centrale. La Banque d’Algérie a mis à la disposition de l’Etat quelque 3 500 milliards de dinars sous forme de dividendes entre 2010 et 2020, dédiés essentiellement à alléger le déficit. Cependant, cette politique monétaire semble atteindre ses limites. Pour faire face à cette situation, le Premier ministre suggère de privilégier les partenariats public-privé (PPP) dans le financement des infrastructures et services publics, d’accélérer la réforme et la modernisation du système bancaire et financier et améliorer le climat de l’investissement. <