L’Impact de la pandémie de la Covid-19 n’en finit pas de livrer ses chiffres. La crise est multidimensionnelle et il suffit de s’arrêter devant tel ou tel sujet pour s’en rendre rapidement compte. Ce qui a été fait par l’Agence française de développement (AFD) et le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) en commandant une étude sur les conditions socio-économiques des travailleurs africains en France.
Elles se sont retrouvées davantage fragilisées par la situation sanitaire et, du coup, les transferts de fonds de la diaspora vers son continent d’origine ont nettement chuté en 2020, perdant 25% de leur montant de 2019, relève l’étude publiée à l’occasion de la Journée internationale des migrants, vendredi.
« En 2020, le volume des transferts d’argent des diasporas a chuté malgré un effort plus important consenti par un tiers des expéditeurs », souligne l’enquête du 23 juillet au 7 août. La baisse des transferts a atteint ce taux, bien qu’au premier semestre, 80% des expéditeurs habituels continuaient à transférer des fonds, envoyant en moyenne plus de 1 300 euros par an. « La situation sanitaire a ainsi accentué la fragilité d’une partie de ces travailleurs, pris en étau entre la baisse de leurs revenus et les sollicitations fortes de la famille au pays », résument l’AFD et le MEAE, avant de souligner que les envois de la diaspora représentent des «sources de revenus essentielles pour de nombreux pays en Afrique », comme au Sénégal, où ils représentent 12,8% du PIB.
« Ces montants sont d’ailleurs plus élevés que l’aide publique au développement, même lorsqu’on ne prend pas en compte les transferts informels, eux aussi conséquents », ajoute la même source.
Fin avril dernier, la Banque mondiale avait déjà prédit ce scénario en estimant une chute de 20% pour cette année des transferts d’argent vers les pays pauvres, sous l’effet de la pandémie. La BM table sur un montant de 445 milliards de dollars de transferts en 2020, contre 554 mds usd en 2019. Il s’agit de la chute la plus importante de l’histoire récente, provoquée par « une baisse des revenus et de l’emploi des travailleurs migrants, qui ont tendance à être plus vulnérables (…) lors d’une crise économique dans un pays d’accueil », expliquait l’institution.
« L’atonie de la croissance économique, l’insuffisance des niveaux d’emploi dans les pays d’accueil des migrants, la faiblesse des cours du pétrole et la dépréciation des monnaies des pays d’origine des transferts d’argent par rapport au dollar expliquent en grande partie ce déclin », avait-elle insisté, estimant que les envois de fonds devraient reculer dans toutes les régions en 2020 et 2021. Vers la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (Mena), le recul serait de 8% en 2020, à 55 milliards de dollars, a-t-il été précisé.
Dans le cas précis des Algériens établis à l’étranger, les envois d’argent vers leur pays représentent à peine 1,1%, du produit intérieur brut (PIB), selon l’institution de Bretton Woods. Elles devraient reculer encore cette année pour se limiter à 1,643 mds usd, prévoit la BM, soulignant qu’entre 2017 et 2019, ces fonds tournaient autour de 1 ,8 mds usd annuellement.
Le record avait été atteint en 2004, lorsque les Algériens avaient transféré 2,45 mds usd, rappelle la même source.