PAR MILINA KOUACI
Dans leur réaction aux mots du président de la République qui prône le dialogue social, tout en dénonçant les tentatives de faire pression sur l’Etat pour assurer la prise en charge des revendications, les organisations syndicales font preuve plutôt d’impatience.
Leurs représentants réclament du concret en termes de réponse à leurs revendications en se référant à ce qu’ils considèrent comme des «promesses» que les autorités n’ont pas tenues. Ils souhaitent aussi que des réponses adéquates soient apportées dans l’immédiat.
«Le dialogue est un moyen, mais à condition qu’il soit fructueux. Un dialogue qui ne mène nulle part et n’offre pas de solutions n’est pas une alternative», dit, d’emblée, le porte-parole du Cnapeste, Messaoud Boudiba. Notre interlocuteur rappelle que les salaires stagnent depuis 2010. «Cela démontre que nous avons donné largement du temps aux décideurs pour mettre en œuvre une nouvelle politique salariale, mais cela n’a pas été fait», regrette M. Boudiba. Toutefois, le porte-parole du Cnapeste exprime la prédisposition de son syndicat au dialogue qu’il souhaite «plus sérieux que les précédents». «Nous sommes prêts pour le dialogue, mais nous exigeons de hâter la préparation d’une nouvelle grille de salaire», ajoute-t-il, en citant notamment l’érosion du pouvoir d’achat, le statut social du personnel de l’Education nationale, ainsi que l’augmentation des prix des produits de large consommation.
Pour lui, la mobilisation des syndicats pour arracher les droits des travailleurs ne peut être considérée comme un moyen de pression sur l’Etat. «Lorsqu’on revendique nos droits dans un cadre légal, il ne peut être considéré comme une sorte de pression», explique le porte-parole du Cnapeste.
De son côté, le porte-parole de l’Unpef, Abdelouahab Lamri Zegar, exige des autorités compétentes de trouver des solutions dans l’immédiat aux problèmes exprimés depuis des années. «Nous attendons la concrétisation des promesses, notamment l’augmentation du point indiciaire, comme l’a promis le président de la République la semaine dernière», dit M. Zegar, qui estime que la révision du «statut particulier ne va pas régler la question des salaires dans le fond». Il invite les autorités compétentes à satisfaire les revendications que les syndicats expriment depuis «belle lurette». «Nos revendications sont sur la table du ministère depuis des années, mais sans que rien change», déplore notre interlocuteur. «Les pouvoirs publics, ajoute-il, ont pris suffisamment de temps pour régler les problèmes qui leurs sont soulevés», regrette le porte-parole de l’Unpef. Il indique que les syndicats sont «revendicatifs» et qu’ils sont dans l’obligation de défendre les intérêts des travailleurs dans un cadre légal, loin de toute pression. Il appelle les pouvoirs publics à «agir et ouvrir un dialogue sérieux et serein pour arriver à des solutions radicales et définitives». Les actions de protestation sont un choix qui s’impose devant le statu quo, ajoute notre interlocuteur. Il indique que les syndicats qui constituent la Confédération des syndicats algériens (CSA) organisent des conseils nationaux afin de décider par la suite des actions à entreprendre si aucune évolution n’est constatée. «Les syndicats sont en alerte», dit M. Zegar. S’agissant des biologistes de la santé publique, il fait savoir que les professionnels de la santé ont constamment privilégié le dialogue, reprochant aux responsables du secteur de se murer dans le silence. «Aucune suite n’est donnée à nos revendications», déplore Youcef Boudjelal, secrétaire général du SABSP. Il indique que le syndicat a saisi, en mars dernier, le ministère au sujet de l’exclusion des attachés de laboratoire du concours pour la promotion du personnel de la santé, mais sans suite, alors que le concours devrait avoir lieu à la fin de l’année ou au début 2022. «La tendance au niveau de l’Intersyndicale de la santé est pour le dialogue, mais à condition qu’il soit avantageux et à l’écoute de l’autre».
Dimanche soir, le Président Tebboune a adressé un message aux syndicats des travailleurs en vue d’«œuvrer de concert à construire l’Algérie, loin de toutes formes de discorde», ajoutant qu’il est «inutile de semer l’anarchie et de tenter de faire pression sur l’Etat pour assurer la prise en charge des revendications». <