Au lendemain de la publication dans le Journal officiel de la nouvelle loi sur la retraite, le ministre du Travail, organise aujourd’hui, avec les syndicats autonomes, un tour de table sur les grandes questions sociales.

Une première dans son genre, relativisée toutefois par des corporations suspectant le gouvernement de vouloir gagner du temps.

A leurs yeux, l’exécutif ne perd pas de vue la menace que représente l’Intersyndicale autonome décidée à renouer avec la protestation.
Raison pour laquelle, selon eux, ce même gouvernement ne cesse de chercher les moyens à même de ramener ces membres à la raison, à l’approche de la date du 28 janvier qui sera marquée par des rassemblements régionaux dans quatre wilayas du pays. Aujourd’hui, le ministre du Travail, de l’Emploi et de la Sécurité sociale recevra, au siège de son département, les syndicats autonomes, sur instruction du Premier ministre, Abdelmalek Sellal.
Ce dernier avait, rappelons-le, promis d’écouter les membres de l’Intersyndicale après l’adoption de la nouvelle loi sur la retraite. Promesse tenue, semble-t-il, mais qui est loin de satisfaire les partenaires sociaux qui vont à cette « réunion d’information » sur le nouveau code du travail, non pas pour dire « oui » à tout ce que proposeront les autorités, mais pour exprimer leurs positions, défendre leurs arguments et réitérer leurs revendications portant sur le retrait de la nouvelle loi sur la retraite, la protection du pouvoir d’achat des citoyens et l’association dans l’élaboration du nouveau code du travail.
Pire, les syndicats vont à cette rencontre sans se faire trop d’illusions pour d’éventuels résultats sur le terrain. C’est du moins ce que croit Meziane Meriane, coordinateur national du Syndicat national autonome des professeurs de l’enseignement secondaire et technique (Snapest). « Oui ! Nous allons partir à cette réunion organisée par le département du Travail. Mais, ce sera sans trop d’espoir», nous dira-t-il. Et d’estimer que le gouvernement a déjà perdu beaucoup de temps pour ouvrir le dialogue. « Bien qu’on nous appelle pour parler du code du travail et, éventuellement, lui apporter des enrichissements. Pourquoi le gouvernement le fait-il maintenant ? Pourquoi avoir perdu tout ce temps sachant que nous avons nous-mêmes appelé à un large débat, il y a de cela quelques mois déjà », se demande notre interlocuteur, insistant sur le fait que l’Intersyndicale ira jusqu’au bout de son combat tout en gardant les voies du dialogue ouvertes. Seulement, « il faut que le gouvernement aussi de son côté fasse preuve de bonne foi et mette un peu de cohérence dans ses démarches sur le terrain ». Déjà que sur la loi portant réforme de la retraite, le décret étant publié au Journal officiel, ce qui signifie qu’il ne faut rien attendre de cette rencontre.
Le Conseil des lycées d’Algérie (CLA) estime pour sa part que cette réunion vise à calmer le front social. « L’objectif de cette initiative est de calmer le front social qui bouillonne toujours », estime Idir Achour, porte-parole du syndicat. Il dit même n’avoir aucun espoir de ce rendez-vous qui revêt un caractère purement protocolaire. « Le gouvernement cherche par tous les moyens de gagner la paix sociale sur le dos des syndicats. On veut donner l’illusion qui il y a eu un semblant de dialogue avec les partenaires sociaux », assène-t-il. «Le fait de nous inviter après la promulgation de la loi me laisse perplexe », a-t-il précisé en évoquant la possibilité de recourir aux mouvements de débrayages considérant que cette invitation est de la poudre aux yeux.
Même son de cloche chez le Conseil national autonome du personnel enseignant du secteur ternaire de l’éducation (Cnapeste).
« C’est une façon d’absorber le mécontentement de l’Intersyndicale qui continue de manifester son refus quant à la réforme de la loi sur la retraite » pense Messouad Boudiba, chargé à la communication du syndicat. Se disant étonné par cette invitation au dialogue, notre interlocuteur trouve « insensé » que le ministère convoque les partenaires sociaux « pour discuter d’une question déjà tranchée ». Pour sa part, Sadek Dziri, président de l’Union nationale des personnels de l’éducation et de la formation, (Unpef), indique que « la promulgation de la loi sur la retraite ne changera pas nos positions, on la rejette », a-t-il déclaré. « D’ailleurs, on répond à l’invitation par courtoisie car cette rencontre ne vas rien apporter de nouveau», a-t-il souligné. Cependant, le syndicaliste affiche sa disponibilité à accepter un débat sur le nouveau code du travail mais pas sur les métiers à haute pénibilité. Il y a lieu de rappeler que le ministre de l’Emploi a annoncé l’installation d’une commission indépendante qui se chargera de définir les métiers à haute pénibilité, après consultation des parties concernées, notamment les syndicats et les partis politiques. Une décision « judicieuse et correcte », selon Amar Takdjout, secrétaire général de la Fédération du textile et du cuir à l’Union générale des travailleurs algériens (UGTA) qui pense que c’est un travail « de grande complexité et de difficulté. Pour sa part, le Syndicat national du personnel autonome du personnel de l’administration publique (Snapap) boycottera cette réunion. « Je me demandé quel est l’intérêt de débattre avec le ministre du Travail d’une loi qui est déjà promulguée », a précisé Nabil Ferguennis, son porte-parole. C’est dire que même si la démarche du gouvernement est louable, l’Intersyndicale ira à cette rencontre sans cœur et surtout sans trop d’espoir.