L’émissaire par intérim de l’ONU en Libye Stephanie Williams a annoncé «la reprise des pourparlers inter-libyens inclusifs (…) avec une réunion début novembre en Tunisie», selon la Mission d’appui des Nations unies en Libye (Manul). Cette réunion en «face-à-face» en Tunisie fera suite à plusieurs «consultations virtuelles», précise la Manul dans un communiqué. Elle s’annonce comme décisive dans le processus de négociations politiques entre les parties rivales libyennes.

Le dialogue de Tunis, qui débutera le 26 octobre par visioconférence, se poursuivra début novembre en face-à-face. Il réunira de nombreux membres du Parlement de Tobrouk (Est) et du Haut-conseil d’Etat (Ouest), ainsi que des participants sélectionnés par l’ONU, représentant la «diversité» du pays, a indiqué Mme Williams.
Interrompu à maintes reprises depuis les accords de Skhirat au Maroc, en décembre 2015, le processus politique libyen a été mis à mal par l’offensive militaire du maréchal Haftar lancée contre Tripoli en avril 2019. Mais après la défaite des pro-Haftar en juin 2020, les deux camps rivaux, encouragés par l’ONU, sont retournés en septembre à la table des négociations avec des réunions thématiques : institutionnelle au Maroc, militaire en Egypte et politique en Suisse. Ces différentes médiations onusiennes ont abouti au «Forum du dialogue politique libyen» (FDPL). Son objectif est de consacrer «les progrès et les visions consensuelles» émergeant des récentes consultations inter-libyennes à Montreux (Suisse), à Bouznika (Maroc) et au Caire (Egypte). Ce dialogue politique vise notamment à «dégager un consensus sur un cadre de gouvernance unifié et des arrangements qui conduiront à l’organisation d’élections», a précisé le communiqué de la Manul.
En attendant la réunion de Tunis, l’ONU hausse le ton. Elle a affirmé que le dialogue libyen sous son égide serait ouvert aux dirigeants ne visant pas de postes gouvernementaux, mais pensant d’abord à «leur pays». «Nous souhaitons voir des gens qui ne sont pas là pour leur propre carrière politique, mais pour leur pays», a souligné l’émissaire Stephanie Williams après une rencontre avec le président tunisien Kais Saied. Interrogée sur la présence du maréchal Haftar ou du Premier ministre du GNA, Fayez al-Sarraj, l’émissaire, a souligné que «la condition pour participer à ce dialogue est de renoncer à être considéré pour occuper des postes gouvernementaux de premier rang». «Cela inclut le conseil présidentiel, le Premier ministère, les ministères et différents postes de souveraineté», a-t-elle précisé lors d’une conférence de presse. «L’objectif de cette réunion est d’arriver à des élections nationales», a-t-elle ajouté. Le ministre tunisien des Affaires étrangères Othman Jarandi a, de son côté, appelé à «un dialogue direct entre les Libyens, sans ingérence». La réunion de Tunis bénéficie de l’appui d’Alger. Lundi dernier, le président Saied a échangé par téléphone avec son homologue Abdelmadjid Tebboune qui a «salué» ce dialogue libyen, assurant que l’Algérie, elle aussi voisine de la Libye, «se tient toujours aux côtés de la Tunisie». Le chef de l’Etat «a salué l’organisation par la Tunisie du dialogue inter-libyen sous l’égide de l’ONU, prévu en novembre prochain», selon un communiqué de la présidence de la République. La Libye est minée par les violences et les luttes de pouvoir depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011. Les précédentes tentatives de règlement ont échoué. Les deux camps en conflit ont annoncé, séparément, un cessez-le-feu et des élections en août dernier.