La présidence de l’Etat a indiqué, avant-hier soir, que les noms des personnalités qui conduiront le processus du «dialogue inclusif», auquel le président Bensalah a appelé, seront « prochainement » connus. Cette annonce a été faite après l’audience que le président de l’Etat a accordée à son Premier ministre Noureddine Bedoui. Un entretien au cours duquel les deux hommes ont procédé, selon les services d’information de la Présidence, à « l’évaluation de la situation politique à la lumière de l’approche déclinée par le chef de l’Etat dans son discours prononcé à la veille de la commémoration de la fête de l’indépendance » (…) et à « l’examen des mesures que l’Etat compte mettre en place pour accompagner le processus de dialogue inclusif visant l’organisation de l’élection présidentielle».

Les discussions entre les deux responsables ont porté sur plusieurs points d’actualité, dont celui relatif au parcours de l’équipe nationale de football en Coupe d’Afrique des Nations, qui se tient en Egypte jusqu’à demain vendredi, ainsi que celui se rapportant à la décision de l’Etat de prendre des « mesures exceptionnelles en vue de faciliter le déplacement des supporters » algériens au Caire pour le match final de la compétition, une épreuve dont l’issue, notamment en cas de victoire des Verts, pourrait, suppose-t-on, avoir de grandes répercussions politiques, le football étant une quasi religion sous nos cieux. Sa puissance d’attraction et de séduction n’est plus à démontrer.
Dans l’entretien entre le président de l’Etat et son Premier ministre, le dossier du dialogue a été abordé en premier lieu, selon la lecture faite du communiqué de la Présidence. Il a été, vraisemblablement, question des personnalités sollicitées qui ont accepté de figurer dans ce panel et du « timing » adéquat pour rendre publiques leurs identités. Dans ce sens, les patronymes d’anciens responsables gouvernementaux, de leaders politiques et associatifs ainsi que ceux d’activistes, issus de la société civile, ont commencé à être ventilés par médias interposés.
Un président d’association, Abderrahmane Arar, du Réseau Nada, très présent dans les discussions et les initiatives de recherche de solution à la crise politique et institutionnelle que vit le pays, crédité également d’avoir une proximité avec le pouvoir et le gouvernement, a même cru nécessaire au cours de la conférence de presse, qu’il a tenue hier à Alger, de communiquer aux journalistes présents quelques noms des participants probables au groupe qui sera chargé de mener le dialogue et les discussions entre le pouvoir et les courants d’opposition. Non sans couacs, puisqu’en milieu d’après-midi d’hier, l’ancienne résistante Djamila Bouhired a déclaré, dans un communiqué, avoir « appris avec stupéfaction » que son nom «figurait sur une liste de personnes chargées d’organiser un dialogue entre le pouvoir et le mouvement populaire». L’ancienne moudjahida précise, dans son «démenti», que personne n’a demandé son avis et « je n’ai donné mon accord à personne », souligne-t-elle.

L’agenda du pouvoir maintenu
Toujours est-il, qu’associés, les éléments d’indication et d’information disponibles hier en ce qui concerne le projet de dialogue à lancer, augurent de nouveaux et rapides développements sur la scène politique nationale ; ceci, à partir du constat important que les autorités en place maintiennent leur agenda de s’en tenir formellement à l’article 102 de la Constitution et, quant au fond, d’organiser une élection présidentielle dans les délais les plus courts possibles. Dans son discours du 3 juillet, en effet, le président de l’Etat avait proclamé que « ce dialogue, qui devra nécessairement se concentrer sur l’unique objectif stratégique que constitue l’organisation de l’élection, élection qui devrait se tenir à une date la plus rapprochée possible, se déroulera de toute évidence dans le cadre de la Constitution qui impose la préservation de l’Etat, le respect des institutions et la prévalence de l’intérêt supérieur de la Nation ». Il y a seize jours, donc, Abdelkader Bensalah a également assuré que « le processus de dialogue sera conduit et mené en toute liberté et en toute transparence par des personnalités nationales crédibles, indépendantes, sans affiliation partisane et sans ambition électorale ». Il avait notamment fait part de mentions qui ne manqueront pas de faire débat dans le camp des oppositions déclarées ou nuancées, à la tenue d’une élection présidentielle, notamment en ce qui concerne le positionnement de l’institution militaire vis-à-vis du dialogue annoncé et du dispositif à mettre en place pour son organisation et sa conduite. A cet égard, le président de l’Etat avait signalé qu’«afin d’éviter toute interprétation et de dissiper tout malentendu, l’Etat dans toute ses composantes, y compris l’Institution militaire, ne sera pas partie prenante à ce dialogue et observera la plus stricte neutralité tout au long du déroulement de ce processus. Il se contentera de mettre tous les moyens matériels et logistiques à la disposition du panel de personnalités, qui décidera lui-même des modalités de son fonctionnement ».

Des garanties sur la future commission électorale
Le président de l’Etat avait certifié que « les participants au dialogue auront la liberté de discuter et de débattre des conditions à réunir pour garantir la crédibilité du scrutin et aborder l’ensemble des aspects législatif, réglementaire et organisationnel de cette élection, y compris le déroulement du calendrier électoral, ainsi que les mécanismes de son contrôle et de sa supervision ». « Le panel des personnalités pourra inviter toute partie qu’il estime utile à la conduite de sa mission et à la réalisation de son objet, notamment les partis politiques, la société civile, les organisations socioprofessionnelles, les personnalités nationales, y compris celles émanant du mouvement populaire, pour consigner leurs positions, avis et propositions. De même qu’il décidera du format de ces rencontres et discussions ». Enfin, et en ce qui concerne l’autorité électorale que le panel, chargé de mener le dialogue, aura la mission de mettre en place, cet «organe» aura pour mandat «d’organiser et de contrôler le processus électoral dans toutes ses étapes, sera au centre des discussions». «Il s’agira, a indiqué M. Bensalah, de «débattre et d’arrêter la configuration de cette entité et de fixer ses missions et attributions, son mode d’organisation et de fonctionnement ainsi que sa composante, y compris, éventuellement, les personnalités consensuelles devant la diriger ». D’ici-là, et en attente de la liste officielle des personnalités qui seront chargées de constituer le panel, il y a une indication importante à rappeler et qui ne semble pas avoir été suffisamment bien pesée au jour du discours du président de l’Etat, le 3 juillet dernier, mais qui demande à être tout de même vérifiée sur le terrain si le projet de dialogue réussit. M. Bensalah s’est engagé à ce propos pour une large autonomie de la future commission électorale. «Sachant qu’elle pourrait prendre en charge les prérogatives de l’administration publique, en matière électorale », cette commission « sera appelée à intervenir sur tout le territoire national et aura, en conséquence, des démembrements au niveau des wilayas, des communes et des circonscriptions électorales de notre communauté à l’étranger. Elle aura à gérer son budget propre de fonctionnement ainsi que les autres crédits qui pourraient lui être alloués par l’Etat ».