Le dialogue défendu par les autorités, une option à laquelle adhèrent des formations politiques, peine à prendre forme, alors que la crise politique et institutionnelle s’installe dans la durée jusqu’à envoyer des signes d’inquiétude pour l’avenir du pays. Le blocage est là et les différents acteurs de la scène nationale donnent l’impression d’attendre que quelque chose se produise dans une posture d’expectative qui contribue objectivement à un prolongement de la crise.
L’annonce faite par le chef de l’Etat Abdelkader Bensalah, à l’occasion de la célébration de la fête de l’Indépendance, selon laquelle le dialogue promis ne sera pas mené sous le contrôle de l’Etat, n’a pas sonné le déclic au sein de la classe politique et des animateurs du mouvement populaire. « Le processus de dialogue, qui sera lancé incessamment, sera conduit et mené en toute liberté et en toute transparence par des personnalités nationales crédibles, indépendantes, sans affiliation partisane et sans ambition électorale », avait déclaré M. Bensalah. Ce dernier évoquait, par la même occasion, le processus de « dialogue national inclusif que l’Etat entend lancer dès à présent pour débattre de toutes les préoccupations portant sur la prochaine échéance présidentielle et, partant, apporter leur contribution à l’organisation du scrutin dans un climat d’entente et de sérénité ».
Sauf que l’offre de dialogue ainsi reformulée est restée au stade de la projection, comme le témoigne l’audience accordée, mardi dernier, par le chef de l’Etat au Premier ministre à l’occasion de laquelle il a été procédé à l’examen « des mesures envisagées en vue d’accompagner le processus du dialogue inclusif pour répondre aux préoccupations relatives à l’organisation de l’élection présidentielle».
La reformulation de l’offre de dialogue a été accompagnée par une multitude de réaction, notamment dans le sillage du Forum national de dialogue initié par les «Forces du changement», dont la composante est globalement favorable à la tenue de l’élection présidentielle, annexée par quelques revendications dominées par leurs aspects techniques, notamment celle d’une commission indépendante pour la surveillance du processus électoral. Les questions éminemment politiques, particulièrement celles des libertés publiques – problématique de l’heure -, mettent, à n’en point douter, dans l’embarras des formations présentes au forum d’Aïn Benian.
Méfiance et appréhensions
du Hirak
Le rapprochement affiché par les «Forces du changement» vers la position officielle n’a pas manqué de susciter des réactions critiques de la part des partis de l’Alternative démocratique, pour qui il y aurait un deal entre les compagnons d’Abdelaziz Rahabi et le pouvoir politique. Pour les partis de la mouvance démocratique, signataires du pacte politique pour une véritable transition démocratique, il y a « comme une précipitation de la part des Forces des changement pour aller à l’élection présidentielle», alors que les Algériens ne veulent pas d’un scrutin sous l’encadrement des institutions décriées et vouées aux gémonies. « Une réalité à laquelle s’est rendu compte le coordonnateur du Forum national de dialogue du 6 juillet, Abdelaziz Rahabi », fait remarquer un partisan des forces de l’Alternative démocratique. Dans le même registre, le plébiscite de Slimane Chenine, député de la troika Adala-Nahda-Bina, à la tête de l’APN traditionnellement contrôlée par le FLN, n’a pas échappé aux critiques de l’opposition démocratique. Et c’est à partir de là que le processus de dialogue a viré vers des soupçons de compromission en vue d’une présidentielle qui divise une classe politique dont les divergences semblaient avoir été absorbées par le mouvement populaire et son ampleur. Mais qui ont fini par se réveiller à l’aune de la présidentielle en vue sur fond d’une forte appréhension quant à la réaction d’un Hirak dont tout le monde s’en réclame curieusement. En attendant que les enjeux et les positions se décantent dans les semaines à venir, c’est manifestement la participation des « Verts » à la CAN 2019 qui devient un véritable match politique, avec une tendance à une médiatisation excessive au détriment du Hirak populaire et surtout les offres et les facilitations du gouvernement pour assurer le déplacement des supporters des Verts à destination du Caire. Une offre qui fera dire à un internaute que « c’est curieux que les jeunes Algériens sont interdits de marcher à Alger, mais ils sont invités à supporter l’équipe nationale en Egypte ». <