Lancé au début de l’année 2017, le programme de renforcement des capacités des acteurs du développement local, plus connu sous l’appellation de CapDeL, a fait l’objet hier d’une évaluation cérémonielle et officielle avant sa clôture définitive dans trois mois. Sera-t-il reconduit ? «Certainement pas suivant la forme sous laquelle il a été conçu, puis appliqué sur le terrain pendant plus de cinq ans, mais une réflexion est en cours pour étudier d’autres moyens de le reconduire ou d’aller vers d’autres programmes similaires», a déclaré hier à Reporters une source proche du dossier.

Par Nordine Azzouz
Ayant bénéficié d’un financement de 12 millions de dollars, assuré à hauteur de 7,7 millions d’euros par l’Union européenne (UE), par près de 2,5 millions d’euros par le gouvernement algérien et 170.000 euros par le Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) qui s’est engagé par un encadrement, une expertise et un travail d’expertise remarquables, la vertu du CapDeL, déjà, est d’inciter par son contenu à souhaiter à ce qu’il se poursuive sous l’aspect qu’il a eu depuis plus de cinq ans ou sous d’autres.
Les concepteurs comme les promoteurs du programme ont été à la recherche et l’identification de groupes associatifs susceptibles de s’engager à porter à l’intérieur de leurs territoires respectifs des projets d’intérêt général et générateur de ressources, de les former, les encadrer et d’en faire des acteurs socio-économiques à part entière. Autrement dit, des groupes d’acteurs organisés et capables de créer ou de rendre leur pertinence économique aux communes où ils existent et tentent d’agir.
Les trente-six projets ainsi que les six d’entre eux que les responsables de CapDeL ont retenus au titre de «pilotes» pour les faire bénéficier dans les régions de Djanet, Timimoune, Messaad, Babar, Ghazaouet, Djemila, Ouled Ben Abdelkader et El Khroub du financement qui a été mobilisé ont tous une relation directe avec le développement durable ; et notamment dans les domaines de la petite agriculture, du recyclage des déchets, l’artisanat, le patrimonial et même le sport quand le circuit où il est pratiqué est, comme le cyclisme autour du site antique de Djemila, relayé à la logique d’exploiter la valeur économique de cette région de Sétif à haut potentiel archéologique monumental, historique, culturel et touristique.
A Timimoune, c’est «l’agriculture oasienne, celle en particulier de la valorisation, par des femmes et des jeunes, du palmier comme source d’exploitation fruitière et artisanale, qui a été retenue comme cible avec des résultats encourageants», affirme Oum Elkheir Chaib, coordinatrice locale du programme dans cette commune de la Saoura et chef-lieu de la jeune wilaya du même nom où cinq projets économiques ont été soutenus. A El Khroub, agglomération du Constantinois d’environ un million d’habitants, ce sont des associations engagées dans la préservation de l’environnement et le recyclage des déchets, qui ont été choisies et encadrées pour capitaliser leur expérience.
A Djanet et Messaad dans la région de Djelfa, ce sont entre autres les artisans et les artisanes du tapis et du tissage traditionnel qui ont été, comme à Babar dans la région de Khenchela, accompagnés avec la perspective, pour Messaad de se voir appuyé par le PNUD pour un éventuel classement de son produit patrimonial local par l’Unesco. Pour la commune d’Ouled Ben Abdelkader dans la région de Chlef, c’est la prévention et de gestion des risques des catastrophes qui a été au cœur du programme CapDeL, tandis qu’à Ghazaouet ce sont des projets d’activité de la pêche, de l’écotourisme du tourisme à l’échelle humaine (séjour chez l’habitant) qui ont été financés et encouragés.

Un modèle de conception et de gestion participative
Outre le contenu de CapDeL, c’est sa vision qui encourage à le voir se poursuivre dans le futur, a-t-on pu comprendre en partie de la déclaration du ministre de l’Intérieur, présent hier à la cérémonie en présence du chef de la délégation européenne Thomas Eckert et de la représentante du PNUD Blerta Aliko, qui tous deux ont pris la parole pour restituer l’historique et l’enjeu multiple du programme.
Brahim Merad, qui s’exprimait devant un parterre constitué entre autres du chef de l’Observatoire national de la société civile (ONSC), du Médiateur de la République Madjid Ammour et du président du Conseil supérieur de la jeunesse (CSJ), a mis à ce sujet l’accent sur le rôle socio-économique des associations et l’impact qu’ils peuvent avoir sur le développement local.
Selon lui, l’installation récente de l’ONSC, en décembre 2021 et la tenue de ses premières assises nationales en novembre 2022, à l’initiative du chef de l’Etat, a-t-il dit, découle de l’importance qu’il accorde à la «société civile» et de sa «perception aigue» de son rôle mobilisateur et actif au bénéfice du développement local. Or, le programme CapDeL, a-t-il dit en substance, s’accorde avec la conception qu’a le président du rôle du tissu associatif.
La valeur de CapDeL, a expliqué Mohamed Dahmani, haut fonctionnaire au ministère de l’Intérieur et directeur national du programme, est d’avoir regroupé en les faisant dialoguer sans heurts les acteurs de la coopération internationale (UE et PNUD), les partenaires institutionnels, les cadres formateurs, les experts internationaux et les associations suivant des procédures de «démocratie participative» mettant en premier lieu au cœur des projets financés et accompagnés les acteurs locaux, c’est-à-dire les concernés par le développement de leur propre entreprise, de l’emploi et de l’économie dans les communes où ils agissent. Elle est dans l’approche «apprendre en faisant du learning by doing en anglais» qui a été préconisée dès le début du programme en direction d’associations qui, «si elles avaient des idées», n’étaient en revanche ni outillées ni préparées à créer et à manager des projets viables.
Remarquable également, CapDel a pu permettre d’engager la recherche en initiant l’étude menée par le Centre de Recherches en Anthropologie Sociale et Culturelle (CRASC) sur les capacités des associations des communes pilotes à réaliser des projets d’impact sur le développement local. Une initiative qui par son identification des forces et des faiblesses du tissu associatif mérite d’être prise à nouveau à l’heure où l’on s’arrache les cheveux au constat fait par le gouvernement lui-même, la Cour des comptes et autres, sur les difficultés de gestion des collectivités locales.