Si la volonté politique et la prise de conscience au plus haut niveau que les start-ups sont un levier important de développement de l’innovation et de l’économie numérique et d’amélioration des services à la population ont été saluées par les promoteurs de projets de start-up et les spécialistes du domaine, il n’en demeure pas moins que d’autres experts ont également émis des réserves…

La rencontre sur les start-ups, tenue récemment à Alger, a été très fructueuse. En premier lieu, le Président de la République a affiché la ferme volonté politique de l’Etat, absent auparavant, de développer rapidement les start-ups en Algérie.
Plusieurs mesures ont été décidées, l’exonération de TAP et d’IBS au profit de ces jeunes entreprises, la création d’un fonds public destiné à financer les start-ups, une réponse au problème de financement, l’un des principaux écueils à la création de start-ups avec en sus la prise en charge des risques de défaillance du porteur de projet par l’Etat. Le dispositif offre, également, à des jeunes de la diaspora algérienne et des investisseurs étrangers la possibilité de s’impliquer dans la création et le financement de start-up. Les promoteurs de projets de start-up et les spécialistes de ce genre d’entreprise se sont félicités de cette prise de conscience au plus haut niveau que les start-ups sont un levier important de développement de l’innovation et de l’économie numérique et d’amélioration des services à la population. Et ont applaudi à toutes ces mesures. Mais plusieurs experts du domaine ont également émis des réserves sur l’approche actuelle du gouvernement et ont pointé du doigt les insuffisances du dispositif actuel.
D’abord, les critiques ont porté sur le nombre insuffisant d’incubateurs dans le pays ainsi que sur le décret exécutif portant labellisation des start-ups et des incubateurs et qui prévoit une commission composée de ministres ou de représentants de différents ministères concernés pour qualifier le projet de création de start-up ou d’incubateur comme start-up ou incubateur, ce qui constitue un feu vert à la création de l’entreprise ou de l’incubateur. Un spécialiste du secteur a relevé que ce décret manque de précision et qu’il faudrait un nouveau texte réglementaire. Ce qui montre que le dispositif institutionnel encadrant les start-ups n’est pas encore totalement achevé. Maître Hind Benmiloud considère que cette approche, pour rendre éligibles les start-ups naissantes aux avantages fiscaux, s’avère administrative. Selon elle, le sort d’un projet de création de start-up et le sort d’une initiative d’un jeune promoteur et donc de son avenir, lié à une délibération dans une réunion d’administratifs, où l’expertise sur ce genre d’entreprises risque d’être insuffisamment représentée. La spécialiste est en faveur d’une formule plus souple : la définition des statuts d’une start-up dans un texte réglementaire. Un autre spécialiste du secteur a souligné que le développement des start-ups doit s’insérer dans une stratégie nationale du numérique. Cette politique du numérique n’est pas totalement affinée, en tous les cas pas clairement affichée. L’autre contrainte soulevée est l’accompagnement de ces jeunes entreprises dans les différentes étapes de la création de l’entreprise et dans sa pérennité dans le marché après leur naissance. En ce sens, le ministre chargé de la Micro-entreprise Nassim Diafat reconnaît que des problèmes d’accès au marché, exposé par des promoteurs de start-up, se posent, en dépit d’un code des marchés publics qui accorde 15% au moins des marchés des entreprises publiques dans les domaines études et recherche/développement aux micro-entreprises et start-ups innovantes et même 40% dans la sous-traitance, a-t-il avancé. Le coaching de ces entreprises reste, en outre, insuffisant. Maître Hind Benmiloud pointe en ce sens du doigt l’insuffisante expertise pour valider les prototypes présentés par les porteurs de projets dans les domaines technologiques. Quant au foncier industriel, le discours officiel laisse entendre que les start-ups ont besoin de terrains pour implanter leurs projets. Un expert du domaine relève que les porteurs de projets n’ont pas les moyens financiers pour acquérir des terrains. Hind Benmiloud affirme, en s’appuyant sur l’expérience américaine de Silicon Valley, que le promoteur n’a besoin au départ que d’un bureau et d’un ordinateur pour lancer son entreprise. Le premier propose que l’Etat loue les locaux à ces entreprises pour réduire les charges sur ces entreprises. La possibilité d’exploiter l’immobilier, notamment les hangars des entreprises dissoutes, est évoquée. Compte tenu de toutes ces contraintes dont la plus importante est la bureaucratie, il est difficile in fine de croire, comme l’affiche le discours officiel, que les start-ups puissent être du moins à court terme un puissant levier de croissance économique et de développement rapide de l’économie numérique, soutient un autre expert.

Plaidoyer pour des formules plus souples d’éligibilité aux avantages fiscaux
Enfin, un spécialiste hollandais avait souligné lors d’une rencontre en Algérie, l’importance de la définition de l’écosystème favorable au développement de ces start-ups : la détermination de ses acteurs et de ses différents maillons, ainsi que les liens et synergies entre ses constituants, notamment avec les universités ainsi que la désignation d’un chef d’orchestre qui mette de la cohérence dans l’approche et dans les actions en faveur de la croissance de ces jeunes pousses. Encore faut-il, relève Hind Benmiloud, que les hommes et les femmes qui sont à la tête des entités, comme le fonds de financement des start-ups, soient à la hauteur des enjeux et ne constituent pas un handicap dans le processus de création de ces jeunes entreprises.
Les entretiens d’Ali Kahlane et de Maître Hind Benmiloud, qui accompagnent ce texte, inclus dans le dossier sur le sujet, constituent une démonstration de ce qui reste à faire dans certains aspects et non de tous les aspects de la politique de l’Etat en matière de développement des start-ups. L’enjeu, encore une fois, est de redonner espoir à cette jeunesse désemparée, privée pendant longtemps de cette possibilité de réaliser ses rêves légitimes de création de richesses et de contribution au développement du pays. <