La banque centrale vient d’acquiescer à l’un des vœux les plus chers des opérateurs économiques activant et/ou désireux s’initier dans l’exportation. Mais…

Par Hakim Ould Mohamed
Dans une note publiée dimanche en fin de journée, la Banque d’Algérie a, en effet, fait sauter un des verrous entravant l’activité de l’exportation, à savoir l’incapacité des exportateurs à disposer de la totalité de leurs recettes en devises issues de leurs opérations d’exportation. Les dernières mesures introduites à l’issue de la réunion du Conseil de la monnaie et du crédit de la Banque d’Algérie autorisent désormais les exportateurs à disposer de la totalité de leurs recettes d’exportations logées dans les comptes devises. Ces correctifs introduits dans la règlementation des changes visent «non seulement à encourager l’acte d’exportation, en permettant aux exportateurs de disposer de la totalité des recettes en devises générées par leurs activités, mais aussi capter, in fine, les intervenants dans le domaine du commerce extérieur des services numériques et en ligne, ainsi que les professionnels non commerçants, en vue de leur intégration dans une démarche d’inclusion financière», lit-on dans un communiqué de la banque centrale. De prime abord, il est clair que la levée de cette entrave constitue une bataille de gagnée pour les professionnels de l’exportation, mais l’acte d’exporter demeure, faut-il le reconnaitre, hautement bureaucratique, car dépendant de plusieurs administrations et structures, alors que sa pratique est tributaire de la réunion de plus d’une condition. De tout temps, les opérateurs économiques soutenaient mordicus l’impératif de revoir la réglementation de la banque centrale régissant l’exportation, de manière à permettre aux exportateurs de disposer de la totalité de leurs devises. Mais ce n’est pas l’unique entrave qui bloque les opérateurs. Ces derniers réclamant également la révision du règlement 14/04 de la Banque d’Algérie dont les dispositions bloquent de fait les investissements des opérateurs algériens à l’étranger. Il s’agit d’un règlement qui fixe les conditions de transfert de capitaux à l’étranger au titre de l’investissement à l’étranger par les opérateurs économiques de droit algérien. A cet effet, les transferts de capitaux au titre de l’investissement à l’étranger par des opérateurs économiques de droit algérien, aussi bien pour la création d’une succursale, prise de participation et/ou ouverture d’un bureau de représentation, sont soumis à l’autorisation préalable du Conseil de la monnaie et du crédit. Ainsi, permettre à l’exportateur de disposer de ses devises pourrait être insuffisant pour insuffler une dynamique à l’activité d’exportation si les opérateurs algériens ne sont pas en mesure d’ouvrir des bureaux et/ou des succursales à l’étranger. Plusieurs investisseurs algériens désireux acquérir des participations et/ou des usines à l’extérieur ont été d’ailleurs bloqués par le règlement 14/04 quand bien même ces derniers pouvaient disposer de leurs devises. Du reste, la réglementation en matière de change posait, certes, problème pour les exportateurs, mais pas que. L’absence de mesures d’accompagnement des opérateurs, notamment par une banque spécialisée ou par un consortium de banques publiques complexifie davantage l’acte d’exporter. Tout comme l’absence de compagnie d’assurances et de bailleurs de fonds investis sur les marchés extérieurs. C’est dire que l’exportation est un métier qui ne s’invente pas, mais qui exige une stratégie nationale ciblant les marchés extérieurs, notamment africains. Le gouvernement gagnerait à associer les professionnels aux besoins de la confection d’une stratégie globale afin de débureaucratiser l’exportation et de lever les autres entraves auxquelles sont confrontés les exportateurs. L’Algérie gagnerait également à bien négocier dès maintenant des accords commerciaux avec les espaces économiques de la région afin de ne pas rééditer les erreurs du passé. En somme, il s’agit de faire un état des lieux de l’offre exportable, déblayer le terrain réglementaire, mettre en place une logistique bancaire et financière et physique et exercer un véritable travail de lobbying en faveur de l’opérateur et produits algériens.