La dernière journée de la conférence régionale de haut niveau, organisée à Alger par la Banque mondiale et le ministère des Finances, s’est intéressée à deux thématiques fondamentales pour le développement dans la région, à savoir l’éducation et l’agriculture.

La ministre de l’Education nationale, Nouria Benghebrit, qui devait modérer le panel éducation, science et innovation, n’a pas pu le faire, prise, probablement, par les soubresauts qui touchent actuellement son secteur.
Les intervenants ont mis l’accent sur l’importance de compter sur ses potentialités propres pour se développer et commencer par le principal, l’éducation. Hayat Sindi, conseillère spéciale auprès du président de la Banque islamique de développement, a évoqué le lien nécessaire entre développement et éducation. Evoquant son expérience, elle dira qu’il faut réduire les barrières vers l’apprentissage et s’ouvrir vers l’innovation, celle qui s’occupe de la vie des gens, «il faut enseigner aux jeunes et chercher comment exploiter leur imagination». Elle notera l’importance d’intégrer les femmes dans le monde de la science. «Nous devons mener des actions pour l’aider.
Il faut encourager les femmes leaders, apprendre le parcours des femmes modèles aux jeunes femmes à l’école». Evoquant le rôle de la femme et son importance dans la science, notamment dans l’innovation sociale, elle évoquera Fatima al Fihria, qui a émigré de Tunisie au Maroc et a fondé la première université dans le monde, à Fès. «Dans notre région, nous avons besoin de ce type de femmes novatrices», dira-t-elle. Nadir Mohammed, directeur des opérations pour les pays du Conseil de coopération du Golfe, parlera du cadre politique, qui doit être bien établi et défini, et du rôle de l’Etat dans l’encouragement du privé et l’amélioration du climat des affaires. «Il faut des mesures incitatives pour que les citoyens aillent vers l’éducation», souligne-t-il. Salvatore Nigro, vice-président mondial de Education for Employment, qui conseille des Etats, des organisations internationales et des agences pour l’emploi de la zone méditerranéenne sur l’élaboration de politiques et de programmes portant sur l’emploi en faveur des jeunes, a parlé de son expérience et comment, de sa Calabre natale, il a pu réaliser son projet. «Mon père s’est endetté pour m’acheter un ordinateur, un Olivetti à l’époque.
Aujourd’hui, on prodigue des conseils aux Etats. Il faut apprendre à apprendre, il faut une réflexion qui aboutit à un projet», dira-t-il, en insistant sur la nécessité de s’interroger sur les difficultés de trouver du travail dans la région.

Regarder vers l’avenir
Kamran Elahian, fondateur et président de Global Innovation Catalyst, société internationale de capital risque, axée sur la technologie et dédiée aux différentes étapes de création d’activités, estime qu’il faut regarder vers l’avenir. «Il faut utiliser le cerveau pour chercher de la richesse, ça ne nécessite pas une force physique. Les hommes et les femmes sont égaux sur cet aspect. Certaines études montrent que les femmes sont meilleures avec leurs capacités de faire plusieurs choses en même temps», dira le conférencier. Lesly Goh, directrice des services d’information à la Banque mondiale, forte d’une grande expérience dans l’intégration des systèmes financiers où elle fait figure de chef de file dans son domaine, notamment dans la technologie financière et l’utilisation de l’intelligence artificielle et de la technologie blockchain, dira que l’éducation peut transformer la vie des gens. «Je suis née à Singapour et je suis partie aux Etats-Unis où je suis devenue entrepreneur dans la technologie, pour l’intérêt de mon pays. C’est dire combien l’investissement dans les femmes est important.» Comment exploiter la technologie pour le développement ? Il faut rassembler les esprits éclairés de la région pour construire une vision pour l’avenir, dira-t-elle. Mussaad Al-Razouki, directeur du développement commercial de Kuwait Life Sciences, ira dans le même sens, à savoir la nécessité d’éduquer les jeunes pour assurer l’innovation qui devrait être la priorité de tous les Etats.
Il parlera de l’apport scientifique de la région à la civilisation mondiale qui ne cadre pas avec la situation actuelle. «Nous avons un seul prix Nobel en science dans le monde arabe, l’Egyptien Ahmed Zewail, et c’est très peu. Nous devons davantage mettre l’accent sur la science, seul passage vers l’excellence.»
Le dernier panel a été consacré à l’agriculture, domaine d’une grande importance, en présentant un certain nombre d’exemples de réussite à travers le monde. «L’agriculture vieillit, la moyenne d’âge des agriculteurs dans le monde est de 66 ans. Aujourd’hui, il faut que ça change», la science pourrait justement changer les choses dans ce domaine, dira Maurits Voogt, directeur général de Eleaf, le premier service d’aide aux agriculteurs basé sur des données satellitaires opérationnelles.