L’Algérie est en « état d’urgence sanitaire», en «état d’alerte maximale». Ce sont des mots qui sont révélateurs de l’ampleur de la crise sanitaire lié à la pandémie de Covid-19 que vit le pays. Une crise avec tout son lot de surprises. Une crise, aussi, dont certains aspects ont déjà été vécus l’été dernier et en novembre dernier lorsque les contaminations avaient connu des pics.

PAR INES DALI
Des aspects qui ont alerté sur les dispositions à prendre et les dysfonctionnements à corriger en cas de récidive des pics de contaminations, comme les problèmes d’oxygène, de lits d’hospitalisation et de réanimation. Ils auraient pu servir de leçons et faire en sorte qu’il y ait une meilleure anticipation sur les décisions et la gestion de la pandémie. C’est, en substance, les avis des professionnels de la santé, dont le Pr Djamel-Eddine Nibouche, chef de service cardiologie de l’hôpital Nafissa-Hammoud (ex-Parnet) à Alger.
«Il faut absolument une nouvelle stratégie de gestion de la crise sanitaire», a-t-il recommandé, tout en relavant que «la situation n’est plus préoccupante, elle est dramatique, et cela au niveau mondial, car l’épidémie s’aggrave avec l’apparition des nouveaux variants». Il alerte, ainsi, que l’Algérie doit mieux se préparer en matière de gestion de la crise sanitaire, tout en émettant des suggestions pour chacun des problèmes qui accentuent la difficulté de la prise en charge des malades. L’oxygène, dont la demande ne fait qu’augmenter au fil des jours, ne devrait plus être géré de la même façon, mais avec d’autres méthodes.
«La gestion de l’oxygène est archaïque parce qu’il n’y a pas de sociétés de prestation de service qui sont des professionnels de l’oxygène. Un directeur d’hôpital n’a pas à gérer l’oxygène, il fait appel à un prestataire de service», a-t-il estimé, hier, sur les ondes de la Radio nationale, recommandant de passer au générateur d’oxygène pour garantir l’autonomie des hôpitaux. L’approvisionnement insuffisant des hôpitaux de cette matière vitale a fait réagir la société algérienne qui a fait preuve d’un élan de solidarité sans pareil, en procurant et en mettant à disposition des structures hospitalières et des particuliers ce qu’elle a pu se procurer comme oxygène et comme matériel qui va avec. Un élan hautement salué venu en renfort aux médecins qui se battent pour sauver des vies et aux familles des malades dont beaucoup ont crié leur détresse sur les réseaux sociaux devant la perte des leurs.

«Il faut des structures sanitaires légères, clé en main»
Si l’ampleur des contaminations a dépassé toutes les prévisions et fait en sorte que les hôpitaux soient débordés, ce n’est pas une fatalité et cela aurait pu être anticipé. Selon le Pr Nibouche, la solution passe par la réalisation de nouvelles structures dédiées au Covid-19. «Il faut créer des structures légères spécifiques, adaptées à la prise en charge réelle de la maladie. Ces structures peuvent être montées en une quinzaine de jours, clés en main, avec un générateur d’oxygène autonome, elles existent en Chine, aux Etats-Unis et en Europe», a-t-il argumenté, insistant que «ces structures légères peuvent être réalisées très rapidement, ce qui fait que les hôpitaux des grandes villes sont libérés pour pouvoir prendre en charge les autres maladies graves».
Un autre volet de la crise est soulevé par un autre professeur, celui relatif à la ressource humaine mobilisée pour la maladie de Covid-19 mais et qui n’arrive plus à y faire face. Un problème sur lequel la tutelle est vivement interpelée. «Les hôpitaux ont besoin de beaucoup plus de moyens. Tout le monde parle d’oxygène, mais il n’y a pas que ce problème», fait remarquer le Pr Salim Nekkal hématologue au CHU de Béni Messous, poursuivant qu’«outre l’oxygène, on a aussi besoin de personnel». Il estime qu’il y a «beaucoup de médecins qui doivent être sollicités», citant dans ce sens ceux du «secteur privé, les personnels en dehors des Centre hospitalo-universitaires et probablement des volontaires» comme les retraités. «Il faut lancer un appel pour que tout le monde participe. C’est une guerre. Il n’y a pas un autre mot», a-t-il affirmé, qualifiant la situation actuelle de «catastrophique, partout, aussi bien pour les malades que pour le personnel de la santé».
Il revient également sur le nombre de décès qui croît de jour en jour, commentant que «plus le nombre de cas augmente et plus le nombre de décès augmente, c’est une question de proportionnalité». Affirmant que les hôpitaux sont débordés, il revient, par ailleurs, sur la gestion de la crise et les décisions qui s’en sont suivies. «Il y a eu des prises de décisions qui, à mon sens, sont un peu tardives pour aider un peu les hôpitaux ou, du moins, les centres en charge du Covid», a-t-il souligné, indiquant que l’hôpital de Beni Messous ne sont retenus «que les malades graves et ceux qui n’ont pas besoin d’une mise sous oxygène ne sont pas hospitalisés».

Former les médecins pour la prise en charge du Covid
Pour ce qui est du personnel de la santé, le Pr Nibouche appuie l’idée d’une révision de ce volet car «la maladie s’est installée et ne va pas disparaitre». Il a soutenu qu’il faut former les médecins généralistes à la prise en charge du Covid-19. Selon lui, il doit y avoir «une formation spécifique, avec un certificat, pour les médecins généralistes qui doivent être au premier plan dans les structures dédiées au Covid». Lui aussi appelle à mettre le secteur privé à contribution dans cette crise inédite, relevant que l’apport des médecins privés est «fondamental» et qu’il faut «y penser et l’organiser». Les spécialistes émettent, ainsi, des recommandations utiles pour une meilleure gestion de la crise comme la modernisation des structures de santé étant donné celles existants sont inadaptées à ce genre de crise, la mise en place d’autres à utiliser en cas de crise, la formation du personnel, outre la gestion de certaines matières, comme l’oxygène dont le problème a trouvé solution par l’implication de la société civile venue en renfort aux efforts du gouvernement et des ministères de la Santé et de l’Industrie pharmaceutique qui ont tenté de rattraper la rapidité de la crise qui a surpris par son ampleur.
Des hôtels sont transformés en hôpitaux, des concentrateurs sont importés par milliers, les entreprises de production d’oxygène appelées à mettre l’ensemble de leur produit à usage médical à disposition des hôpitaux, etc. Pour le Pr Nibouche, «la politique de gestion de la crise sanitaire n’implique pas uniquement le ministère de la Santé qui fait tout son possible pour gérer la crise, mais elle implique beaucoup d’autres structures de l’Etat».
Quoi qu’il en soit, après les constats, il faut des solutions. Pour l’heure, selon les professionnels de la santé, pour se prémunir contre le Covid-19 et notamment son variant Delta qui sévit à grande échelle, touchant toutes les tranches d’âge et toutes les catégories y compris les personnes en bonne santé. Ces solutions résident dans le respect des gestes barrières et dans la vaccination qui connaît un engouement, mais dont l’organisation est à revoir dans certains endroits où l’afflux en masse de la population ne permet pas le maintenir la distanciation physique. Ce qui fait dire que ces endroits risquent de devenir de véritables clusters. A noter, par ailleurs, que le ministre de la Santé, Abderrahmane Benbouzid, s’est rendu hier à l’aéroport international d’Alger pour inspecter comment se déroule le respect des mesures préventives prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie après la levée de l’obligation du confinement sanitaire obligatoire de cinq jours pour tous les voyageurs venus de l’étranger.