La tension sur l’orge destinée à l’alimentation des ovins, qui a fait son apparition ces dernières semaines au niveau des grandes zones pastorales du pays, va-t-elle disparaître ? Cela en a tout l’air si l’on en croit les décisions prises en étroite concertation entre le ministère de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche, Cherif Omari, et la Fédération nationale des éleveurs d’ovins (FNEO). Les deux parties, qui se sont rencontrées hier au siège du ministère ont, en effet, convenu d’une série de mesures toutes au profit des éleveurs d’ovins. « Nous allons nous atteler au plus vite à assainir le circuit de la distribution de l’orge de toute irrégularité. Tout en créant en parallèle de nouveaux points de vente, notamment dans l’ouest du pays où les récoltes de l’orge durant la dernière campagne moissons-battage ont été en nette infériorité par rapport au rendement atteint à l’Est durant la même campagne. Ce qui nous a permis de disposer de près de 18 millions de quintaux d’orge. Des quantités suffisantes pour satisfaire les besoins de tous les éleveurs », a expliqué le ministre lors d’un point de presse qu’il a animé en compagnie du président de la FNEO, Djilali Azaoui, à l’issue de la rencontre. Le ministre a, par ailleurs, indiqué à cette occasion que son département allait se pencher sur la proposition de la Fédération de supprimer la subvention sur l’orge. Sur ce point, le président de la FNEO a expliqué que «le prix officiel du quintal d’orge est de 1 550 DA, mais il est proposé dans le circuit informel à 3 000 DA ». Et de suggérer : « Ne faudrait-il donc pas supprimer la subvention afin d’annihiler la spéculation sur l’orge ? » Ce dernier a par ailleurs soulevé à cette occasion un autre problème que rencontrent les éleveurs d’ovins de la steppe. « La mise en défonce de parcours qui dure parfois trois ans, ce qui par voie de conséquence réduit les parcours de pâturage », a-t-il révélé. Autre contrainte citée par Azzaoui « le tapis végétal s’amenuise par suite de l’irrégularité de la pluie. Pas seulement, les parcours pastoraux de la steppe se dégradent à vue d’œil en raison du surpâturage mais, heureusement, que des années sont plus pluvieuses que d’autres, ce qui rétablit quelque peu un certain équilibre entre l’offre du tapis végétal et les besoins dcheptel ». Le premier responsable de la FNEO a toutefois fait remarquer : « Malgré toutes les contraintes qu’ils rencontrent, les éleveurs font montre de beaucoup d’obstination à ne pas fléchir. Preuve en est notre cheptel ne cesse de s’agrandir en nombre. »
Prix élevé de la viande rouge ovine malgré une surproduction
« La surproduction de viande rouge ovine commence à inquiéter les éleveurs », a averti le président de la FNEO. Ce qui, selon ce dernier, « va faire les beaux jours des chevillards ». Et d’arguer dans ce sens : « Les éleveurs de la steppe cèdent de nos jours leurs moutons à un prix plafond de 800 DA le kg sur pied. » Interrogé par un confrère sur l’écart important entre leur prix au kilogramme et celui affiché sur les étals des bouchers, qui frôle parfois les 1 800 DA, soit plus de la moitié, ce responsable a lancé : « Autant les éleveurs que les bouchers subissent le diktat des intermédiaires. » Rebondissant sur cette problématique d’écart de prix à la production et celui des étals, Brahim Amrani, qui intervenait également lors du point de presse, reste convaincu que le marché de la viande rouge ovine « va connaître une régulation une fois l’entrée en service des trois grands complexes d’abattage intégrés de viande rouge implanté à Aïn M’lila (Oum El-Bouaghi), Hassi Bahbah (Djelfa) et Bougtob (El Bayadh). Et d’expliquer dans ce sens : « Les éleveurs regroupés en coopérative fourniront aux trois complexes, selon un cahier des charges, leurs bêtes sur pied à des prix stables et en leur faveur car loin du diktat des maquignons. » En clair, toujours selon ce dernier, « les éleveurs devront assurer un approvisionnement régulier des complexes qui, pour leur part, mettront à la disposition des éleveurs les aliments de bétail tout en leur garantissant le suivi vétérinaire de leur cheptel ». A la question si les éleveurs seront en mesure de livrer une quantité suffisante d’ovins pour le bon fonctionnement des complexes, le représentant des éleveurs a été formel : « C’est à notre portée puisque le cheptel ovin national est estimé à près de 28 millions de têtes. En déduisant le nombre de brebis et d’agnelles qui arrivent chaque année, il restera pas moins de cinq millions de moutons à livrer aux complexes.»
Soulignons enfin que le ministre, répondant à la question s’il sera décidé d’interdire l’importation de viande rouge bovine, a indiqué : « Nous allons plutôt encourager l’importation de taureaux d’engraissement et ainsi réduire les importations, voire même cesser de ramener de la viande bovine fraîche. »