L’appel à l’obligation du vaccin est réitéré par son président, le docteur Bekkat Berkani.

PAR INES DALI
Les cas de contaminations au Covid-19 continuent d’augmenter, la vaccination patine toujours et le pass sanitaire n’est pas généralisé. Telle est la situation actuelle qui semble en état de stagnation, alors que la quatrième 4e vague de la pandémie du nouveau coronavirus devient de plus en plus menaçante à mesure que le temps passe. Comment l’Algérie pourrait-elle agir pour éviter une situation dramatique semblable à celle de la précédente vague ?
Le Dr Mohamed Bekkat Berkani, président du Conseil national de l’Ordre des médecins, tient avant tout, à signaler que le Covid-19 est un virus respiratoire qui trouve dans la saison actuelle de froid une période fort propice pour sa grande transmission, notamment dans les endroits confinés qui manquent d’aération. «Avec ce froid, les maisons, les lieux professionnels et autres ne sont pas suffisamment aérés. Tout le monde ferme pour des raisons de froid, de courant d’air… Dans ce genre de situation, une personne atteinte du Covid-19, même si elle ne sait pas qu’elle l’est car c’est sous une forme asymptomatique, risque toutefois de transmettre le virus à son entourage. Ce qui contribuera à l’augmentation des cas en cette période», a-t-il déclaré.
Il a noté que tous les professionnels de la santé, épidémiologistes, infectiologues, médecins internistes et médecins de ville aussi, sont tous d’accord que les chiffres sont en train d’augmenter, en dehors des chiffres officiels qui sont donnés à titre indicatif et ne reflètent donc pas la réalité. «Cela veut dire qu’il y a des cas asymptomatiques qui échappent totalement au décompte officiel. Mais au niveau des services hospitaliers, ils commencent à enregistrer une hausse des cas, ce qui veut dire que nous sommes au début de la 4e vague. Sur le plan du devenir et qui est quelque part est attendu, surtout par rapport à la situation climatique avec le début de l’hiver et l’apparition des virus respiratoires, et ajouter à cela que le virus de Covid-19 est devenu autochtone, on peut finalement dire que les cas vont continuer d’augmenter et que la 4e vague va aller crescendo», a-t-il souligné.
Le Dr Bekkat Berkani estime que «seule la vaccination peut constituer un bouclier à la propagation de la pandémie» et suggère que «l’Etat devrait agir en réactivant la communication, la pression positive sur les employés de l’Etat, sur les organisations en tous genres et en tous modes, afin qu’elles contribuent activement» à la sensibilisation des citoyens. Il faut, en somme, «faire beaucoup de bruit autour de la nécessité de la vaccination de façon permanente et pas seulement occasionnelle, comme en parler à l’occasion d’une journée sur telle ou telle maladie par exemple et ne rien dire le lendemain…», a-t-il suggéré. La multiplication de la publicité et des interventions à la télévision des personnalités connues qui ont une influence sur la population est aussi une autre façon d’inciter à la vaccination «car, encore une fois, la vaccination est la seule solution», selon notre interlocuteur.
Pour lui, «les campagnes de vaccination n’ont pas été à la hauteur des moyens humains et matériels et des efforts investis», et le résultat est «une vaccination insuffisante pour réaliser une immunité collective, cela d’autant que la vaccination est le seul barrage pour diminuer la circulation du virus». Le Dr Bekkat Berkani, après avoir décortiqué la situation épidémiologique, a insisté qu’il y a une «urgence sanitaire» d’où, dit-il, «il faut prendre des décisions administratives de façon énergique». Par mesures administratives, il entend, dit-il, «l’obligation de certaines catégories professionnelles à la vaccination, comme les fonctionnaires, et dans le cas où ils refusent de recevoir les anticoronavirus, ils pourraient être mis en mise en disponibilité…». Ce spécialiste en maladies respiratoires argumente qu’«il est inconcevable que le personnel de la santé ne soit pas vacciné. Il est inconcevable aussi que les enseignants et les étudiants ne le soient pas non plus, entre autres. Alors l’Etat devrait exiger que les fonctionnaires se vaccinent, ce sera une exigence administrative même si le vaccin n’est pas obligatoire».
«L’urgence et la nécessité faisant loi font que l’Etat est en droit d’exiger», a-t-il insisté, expliquant qu’il s’agit d’un «problème de santé publique» et que «les personnes non vaccinées représentent un danger pour les autres». Il a rappelé que même pour inscrire les enfants à l’école, on exige le carnet vaccinal.

«Le confinement serait l’ultime solution si…»
Se peut-il qu’il y ait un retour au confinement si les cas augmentent rapidement et que la réticence à la vaccination se poursuit, et ce, après avoir repris une vie presque normale ? Pour le Dr Bekkat Berkani, ce serait alors la solution «ultime» à appliquer dans le cas où la situation épidémiologique l’exige. «Le reconfinement serait l’arme ultime dans la gestion de la pandémie. Mais, bien entendu, si on arrive à 1000 cas quotidiens par exemple, il y aura automatiquement un reconfinement ciblé, comme cela s’est fait par le passé», a-t-il estimé.
Il se peut que ce soit «sous forme de couvre-feu à partir d’une certaine heure dans les wilayas les plus touchées par la hausse des cas, ou encore un reconfinement mesuré consistant en la fermeture des espaces qui ne sont pas nécessaires à la vie de tous les jours, etc.», a-t-il ajouté, tout en affirmant, cependant, avoir été «surpris par la réouverture des salles de fêtes», des lieux qui ne sont «pas absolument nécessaires» dans la vie de tous les jours. «Ce sont des endroits d’échanges de virus, comment fait-on pour les contrôler ?», s’est-il demandé.
Revenant sur la possibilité du reconfinement, il a affirmé que «cela a donné des résultats par le passé, mais ce n’est pas nécessaire pour le moment», tout en relevant qu’il est inutile de maintenir la restriction sur les échanges aériens et maritimes internationaux, du moment que tous ceux qui viennent en Algérie sont vaccinés, de même que tous ceux qui partent en voyage vers les autres pays. «Il faut craindre le virus qui est chez nous, localement», a-t-il conclu. <