Des mesures ont été prises à la fin de la semaine dernière afin de permettre aux Algériens de passer le Ramadhan «dans un climat sain et serein», le mois sacré étant «une opportunité pour faire valoir les valeurs de solidarité et de fraternité».

C’est ainsi qu’il a été décidé, entre autres mesures annoncées lors du Conseil interministériel tenu jeudi dernier et consacré aux préparatifs de Ramadhan, de réserver un montant de 8 milliards de dinars devant être versé avant ce mois aux familles nécessiteuses par le biais des comptes postaux courants créés à cet effet et qui se substituent aux aides en nature accordées par le passé et connues sous le nom de couffins de Ramadhan. Des instructions ont également été données par le Premier ministre, Nouredine Bedoui, à l’effet d’assurer la disponibilité des produits alimentaires essentiels et à en assurer le suivi quotidien sur le terrain, tout en veillant à l’application de la loi afin de lutter contre toute forme de stockage illégal et de spéculation sur les prix des produits essentiels, le but étant de préserver le pouvoir d’achat des citoyens.
Ces mesures pour le Ramadhan, auxquelles s’ajoutent les subventions des produits de base et autres, accordées par l’Etat tout au long de l’année, ne sont possibles que tant que les caisses de l’Etat peuvent le supporter. En d’autres termes, tant que l’économie nationale continue de fonctionner, ce qui relève de la responsabilité des institutions économiques et commerciales du pays, mais également de tous les Algériens, chacun dans son domaine d’activité, afin de pouvoir renforcer la rentabilité de l’économie nationale. Une économie déjà affaiblie par la baisse des prix du pétrole et de la production d’hydrocarbures, cette dernière étant quasiment le seul véritable moteur de croissance de l’Algérie.
Pour l’heure, les revendications populaires et les propositions de sortie de crise n’arrivent pas à «s’accorder». L’Algérie se retrouve dans une sorte de spirale qui risque de tout happer sur son passage et dont il devient difficile de s’extraire. Au-delà de la crise politique, dont l’urgence d’un règlement n’est plus à prouver, la crise économique se faufile et risque tout aussi de mettre le pays à genoux.
Experts économiques, chefs d’entreprise et gouvernement ne cessent de mettre en garde, depuis un certain temps, contre la dégradation de la situation économique du pays. Une dégradation à laquelle des parties sont en train de pousser qui, à travers des appels à la grève, même dans des secteurs aussi sensibles que les hydrocarbures, ou encore les activités portuaires, qui, à travers l’entrave des responsables dans le cadre de l’accomplissement de leur fonction… Bref, des appels à bloquer la machine économique du pays et dont les conséquences néfastes seront supportées, en premier lieu, par les citoyens algériens. Cela sans compter que les signaux envoyés à la communauté internationale des affaires ne sont pas pour rassurer les partenaires et ceux potentiels de l’Algérie, l’instabilité qui caractérise le pays depuis deux mois déjà étant un message de nature à tiédir, pour ne pas dire à refroidir, si la crise venait à perdurer, toute relation d’affaires. C’est que la stabilité sécuritaire, à elle seule, ne suffit pas à convaincre si elle n’est pas soutenue par une stabilité économique. Les investisseurs préfèrent ne pas s’aventurer et parfois fuient les pays instables, le retour sur investissement n’étant pas garanti face à l’absence ou à l’instabilité des interlocuteurs, aux changements des législations, des conditions d’investissement…
A titre d’exemple, les nombreux remaniements, notamment à la tête d’une entreprise aussi vitale pour le pays que Sonatrach, qui a changé de P-DG à plusieurs reprises ces dernières années, sont perçus comme une non-garantie auprès des potentiels investisseurs.
Il convient de rappeler, dans ce sens, que les rapports des institutions internationales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaires international (FMI) ont tous deux révisé à la baisse leurs prévisions de croissance pour l’Algérie. «Le FMI prévoit une croissance de 2,3% pour l’économie algérienne en 2019, soit un peu moins que les 2,7% anticipés en octobre dernier», a affirmé l’organisme dans son dernier rapport semestriel publié il y a une quinzaine de jours sur les perspectives économiques mondiales. La Banque mondiale a rectifié également sa prévision pour la croissance en 2018, la situant désormais à 2,1% contre 2,5% anticipé dans son rapport d’octobre dernier.
Par ailleurs, le FMI a indiqué que la croissance devrait ensuite retomber à 1,8% en 2020. Il a ajouté que l’inflation est restée contenue en 2018 autour de 4,3%, mais qu’il est attendu un rebond à 5,6% en 2019 et à 6,7% en 2020. Le FMI prévoit que le déficit du compte courant augmentera cette année à -12,5% du PIB contre – 9,1% en 2018 et devrait représenter -9,3% du PIB en 2020.
Devant la situation fort perturbée que connaît le pays et qui tend vers la précarité, les experts recommandent une transition politique rapide pour sauver l’économie, cette dernière n’étant certes pas en récession, mais en état de ralentissement inquiétant.<