Plus d’une cinquantaine de journalistes ont tenu hier un rassemblement devant la maison de la Presse Tahar-Djaout (Alger) pour exprimer leur «solidarité et leur soutien» avec le journaliste Khaled Drareni, condamné il y a quinze jours à trois ans de prison ferme par le tribunal de Sidi M’Hamed, un verdict qui a semé la consternation et la désapprobation de la corporation et de l’opinion.
Les journalistes, mais aussi des proches et des citoyens anonymes, indignés par la condamnation de Khaled Drareni, ont repris durant près d’une heure des slogans dénonçant la décision du Tribunal qualifiée de «verdict injuste». Certains exhibaient des pancartes appelant à la libération du journaliste en détention à la prison de Koléa et sur lesquelles on pouvait lire «le journalisme n’est pas un crime», alors que des professionnels des médias parmi les manifestants déploraient la «faiblesse» de l’action de contestation de la condamnation du journaliste.
En plus de la revendication du jour, celle de la libération du journaliste Khaled Drareni, les présents au rassemblement de soutien ont appelé à un «exercice libre de la presse» loin de toutes les pressions d’où qu’elles viennent, alors que des voix au sein des présents s’interrogent s’il n’était pas opportun de tenir d’autres actions semblables tant «l’indignation est forte» suite au sort réservé au journaliste fondateur du site Casbah Tribune.
Pour rappel, le journaliste Khaled Drareni, qui était en détention préventive depuis le 31 mars dernier à la prison de Koléa, a été condamné le 10 août dernier à trois ans de prison ferme, ainsi qu’à une amende de 50 000 dinars.
«Un verdict très lourd» et «extrêmement sévère et injuste» avaient réagi ses avocats, soulignant que les charges retenues contre le journaliste, à savoir «l’incitation à attroupement non armé» et «l’atteinte à l’unité nationale» sont irrecevables «dans le fond et dans la forme». Il faut souligner que les avocats du journaliste ont introduit un appel qui ouvre la possibilité d’une révision de la sentence.
«Les poursuites étaient infondées aussi bien pour Hamitouche, Benlarbi que pour Drareni. Pour les deux premiers, leur seul tort est d’avoir été présents à une manifestation parmi des milliers de personnes. Drareni n’a fait que couvrir la manifestation en tant que journaliste», ont-ils expliqué. «Le concept d’attroupement est mis en avant pour ne pas leur reprocher le droit de manifester et l’atteinte à l’intégrité du territoire national est une infraction politique, d’ailleurs contraire au principe constitutionnel de légalité qui consiste à définir une infraction d’une manière précise pour éviter toute interprétation élastique et abusive», a relevé un avocat parmi le collectif de défense. «Dans le cas de Drareni, on ne lui a pas appliqué la loi organique sur l’information car tous les faits qu’on lui reproche sont régis par cette dernière qui, au demeurant, le protège et ne prévoit aucune sanction pénale. On a contourné la loi sur l’information pour lui appliquer le code pénal. Nous continuerons nos plaidoyers jusqu’à sa libération», a-t-il ajouté. <