Le pouvoir d’achat sous pression d’ici à fin 2022

Par Khaled Remouche
Entre la dépréciation de la monnaie nationale qui devrait poursuivre son glissement en 2022 et 2023, porteuse, bien évidemment, de risques inflationnistes et l’érosion du pouvoir d’achat des ménages, ces derniers sont désormais pris en tenaille. Les risques de pressions inflationnistes sont réels à l’heure où le gouvernement s’affaire à restreindre davantage les importations et les prix à l’importation et à la production sont en nette hausse, conséquemment à la flambée des matières premières sur les marchés mondiaux.
La dévaluation du dinar est devenue dans la politique économique du gouvernement un facteur d’ajustement budgétaire. L’Exécutif table, rappelons-le, sur une chute de la monnaie nationale pour réduire l’énorme déficit budgétaire. En effet, dans la Loi de finances 2021, il est projeté un taux de 142 dinars pour un dollar en 2021, 149,71 dinars en 2022 et 156 dinars pour un dollar en 2023. Dans les prévisions de clôture de l’année 2021, le gouvernement estime ce taux à 135 dinars à fin 2021 contre 126,8 dinars en 2020. Ainsi en quatre ans, la dévaluation du dinar sera de 25% suivant ces projections.
Ainsi, pendant encore trois ans, le gouvernement continuera d’utiliser ce mécanisme financier pour absorber en partie le déséquilibre budgétaire. A quel prix ? Il est indéniable que cette dévaluation du dinar est, en partie, à la source de la hausse des prix ou de l’inflation importante enregistrée ces derniers mois. Ce qui contribue à l’évidence à l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. Les modestes niveaux d’augmentation des salaires, entre 2 000 et 4000 dinars, pour la plus grande partie des travailleurs du fait de la baisse de l’IRG prévue dans le Projet de loi de finances de 2022 et un gain estimé entre 4 000 et 9 000 dinars pour les fonctionnaires, du fait de l’augmentation du point indiciaire porté de 45 à 60 dinars, selon un représentant syndical, serait absorbée mécaniquement par une augmentation de l’inflation en raison de l’absence d’une contrepartie productive ou d’efficacité des services publics. L’augmentation des prix des produits à l’importation en raison d’une augmentation des cours des produits de base sur les marchés internationaux conjuguée à une hausse des coûts du fret, effet de la crise sanitaire mondiale ; a contribué à cette réduction du pouvoir d’achat des ménages.
D’ici à fin 2022 planera cette incertitude quant à une accalmie concernant les prix des produits importés. La Banque mondiale, dans un document récent, projette, en ce sens, une tendance à la baisse des prix des produits alimentaires sur les marchés internationaux à partir de 2022. Tout dépendra en fait de l’évolution de la situation sanitaire dans le monde et de l’évolution de l’offre et de la demande planétaire.
La levée des subventions prévue dans le Projet de loi de finances 2022 constitue également pour les couches moyennes une véritable épreuve. Elle entraîne à l’évidence la libération des produits actuellement subventionnés, comme le lait, le pain, le sucre, l’huile, et probablement les carburants, le gaz, l’eau, l’électricité. Ce qui induira une hausse des prix de ces produits ou des tarifs des services publics.
Pour les ménages à faibles revenus, une aide financière sera versée pour compenser l’augmentation des prix de ces produits. La question reste de savoir si cette mesure sera appliquée en 2022, tant elle bute sur l’identification de cette catégorie de ménages. La difficulté réside à mettre au point un mécanisme efficace, identifiant cette frange de la population. Une telle mesure avait été gelée depuis plusieurs années en raison de ce frein. En tout état de cause, le législateur a prévu que sa mise en oeuvre dépend d’un texte d’application de cette disposition de la loi de finances 2022 et qui en précisera les modalités. Si ce texte tardait à voir le jour, ce qui n’est pas nouveau dans l’exécution des lois de finances ces dernières années, il est probable que cette mesure ne verra pas le jour en 2022.
Ainsi, des vents favorables à une réduction du pouvoir d’achat sont prévisibles, alors que les courants contraires, en dehors de cette hausse modeste des salaires, ne sont pas perceptibles, du moins à peine visibles. Cette situation interpelle les pouvoirs publics. Une organisation du marché intérieur en vue de faire face aux pratiques spéculatives, un plafonnement des marges bénéficiaires pour les produits de large consommation les plus sensibles, l’augmentation urgente de l’offre locale des produits de base et la reprise de l’investissement avec la priorisation des projets de production ou de services en substitution aux importations pourraient à court et moyen terme freiner directement ou indirectement ce processus d’érosion du pouvoir d’achat des ménages. Quant à la stabilité du dinar, elle dépend avant tout de la solidité de l’économie nationale et, en particulier, des progrès dans la diversification de l’économie nationale, notamment dans le développement de réelles exportations hors hydrocarbures, c’est-à-dire avec une forte valeur ajoutée et non comme actuellement tiré principalement par des produits dérivés des hydrocarbures. <