La deuxième soirée de la 12e édition du Festival culturel national de la musique et de danse Diwane de Béchar a vu l’entrée en compétition de quatre troupes qui pratiquent la musique Diwane.
En deuxième partie de soirée, c’est le groupe Nora Gnaoua de Béchar qui a fait danser le public en proposant un répertoire très riche. Au cours de cette soirée, la compétition a débuté avec la prestation de la troupe locale Ouled Ahl Atarh du Diwane. Proposant un répertoire varié avec des tbels, karkabou et goumbri, instrument à cordes traditionnel, à la base de cette expression artistique ancestrale, a été l’une des attractions des spectateurs du complexe sportif 24-Février de la ville de Béchar. Cette prestation a été très appréciée par le public béchari lors de cette manifestation culturelle, qui se poursuivra jusqu’au 3 septembre prochain.
Lui succédant, la jeune formation d’Ouled Sidi Blel de Relizane a dispensé une belle performance, où tous les ingrédients d’un bon spectacle étaient réunis : le bon son, le mouvement, les couleurs et les différents instruments musicaux. Pour leur part, les deux autres troupes n’ont pas été bien suivies par le public, qui attendait avec impatience la prestation de la célèbre troupe musicale de Nora Gnaoua, qui participe pour la énième fois, en hors compétition, à ce regroupement artistique. La chanteuse Nora, accompagnée de sa troupe musicale, a fait vibrer le stade de la Barga pendant plus d’une heure, en proposant un répertoire riche et varié. Lors de cette prestation, les jeunes artistes de cette troupe ont brillé par leur maîtrise instrumentale, proposant ainsi un spectacle d’une rare beauté, qui a subjugué les Bécharis.

Maâlma Lalla Kheira et sa troupe de femmes musiciennes impressionnent
Maâlma Lalla Kheira, l’une des rares femmes à jouer du goumbri, un instrument à cordes pincées dédié à la musique traditionnelle Gnawa, a conquis le public présent samedi soir aux premières représentations artistiques de la 12e édition du Festival culturel national de la musique et danse Diwane.
Lalla Kheira, avec sa troupe de femmes musiciennes, toutes issues de familles s’adonnant aux rites Diwane à Ghardaïa et qui sont à leur premier passage sur scène à l’occasion de cette manifestation, ont surpris le public par la dextérité des jeux Krakeb (qarqabous) et surtout la parfaite maîtrise du Goumbri par cette jeune artiste, de son vrai nom Kheira Bouchareb. «Je suis née à Ghardaia et j’ai grandi dans l’ambiance de la culture du Dendoun, une variante régionale du Diwane dans cette wilaya. J’ai appris à jouer le Goumbri grâce à ma défunte mère Hadj Ayoubi Meriema, elle-même adepte depuis son jeune âge des rites sacrés du Diwane», a-t-elle déclaré à l’APS. «J’ai appris le Goumbri, -unique instrument à cordes dans les pratiques rituelles et musicales du Diwane qui était, par le passé, l’apanage des hommes-, au sein des groupes Diwane. Mon amour pour le Diwane et la pratique du Dendoun par les femmes, comme c’est le cas chez nous à Ghardaïa, nous a permis de créer en 2007 la troupe feminine Dendoun Lalla Kheira», a-t-elle ajouté. «Passer la première soirée de ce festival constitue pour moi et pour ma troupe, forte d’une dizaine de musiciennes, une grande et importante sortie artistique, malgré notre participation à plusieurs manifestations culturelles et artistiques, notamment à Tizi Ouzou, Constantine et Alger», a-t-elle signalé. «Nous avons été très heureuses par l’accueil qui nous a été réservé par le public de Béchar, un public connaisseur en matière de musique et danse Diwane, ce qui constitue pour moi et ma troupe un atout pour poursuivre notre chemin dans la promotion de la participation des femmes au développement de cet art séculaire, qui était jusqu’à un temps récent réservé uniquement aux hommes», a indiqué Lalla Kheira. «Ce festival national du Diwane de Béchar est certainement le seul espace qui permet de faire connaître les femmes musiciennes au sein du Diwane et surtout des Maâlma comme moi, jadis confinées dans les espaces sacrés des pratiques Diwane, comme c’est le cas actuellement de plusieurs musiciennes qui jouent de cet instrument à Ghardaïa et qui ne peuvent, pour différentes raisons, prendre part à des manifestations d’ampleur nationale», a-t-elle expliqué.
«A travers cette première participation au festival, nous voulons démontrer aussi la présence des femmes adeptes du Diwane tant sur la scène artistique national, que dans ses pratiques sacrés où les femmes adeptes de cette tradition sont présentes dans les différents segments liés à son organisation et son déroulement, notamment dans sa variante Dendoun, chez nous à Ghardaïa», a fait savoir cette artiste également présidente de l’association «Dendoun-Feminin’’ de cette célèbre ville touristique dans le sud du pays.
Il est à noter que lors du festival, qui a pris de l’ampleur depuis sa création en 2007, les candidats devront proposer un spectacle de Diwane traditionnel de 20 minutes chacun, où ils seront jugés par un jury sur la présence scénique, le rythme, l’interprétation et l’exécution musicale. Par ailleurs, ce festival qui a atteint sa 12e édition se tient grâce à l’aide et l’appui du ministère de la Culture mais demeure démuni sur le plan des moyens.
R. R. et APS