La deuxième journée d’audience dans l’affaire en appel d’Ali Haddad, qui a repris dimanche à la Cour d’Alger après plusieurs reports, a notamment été marquée, hier, par l’audition de l’ancien Premier ministre Abdelmalek Sellal. Le responsable plusieurs fois en poste entre 2012 et 2017 répondait aux chefs d’accusation liés à la corruption, la dilapidation d’argent public ou encore l’octroi d’avantages au profit du groupe d’Ali Haddad.

Des faits pour lesquels le Tribunal de Sidi M’hamed l’avait condamné le 1er juillet dernier à 12 ans de prison et 1 million de dinars d’amende.
L’ancien Premier ministre a ainsi plaidé son innocence, précisant notamment : «Je ne suis pas un bandit, il n’y a pas eu de dilapidation, je n’ai pris aucun avantage.» Abdelmalek Sellal a répondu en détail à chaque question du juge sur les conditions d’attribution de marchés publics à l’homme d’affaire Ali Haddad, notamment propriétaire du groupe de construction ETRHB. L’ancien responsable politique, qui comparaissait physiquement dans la salle d’audience d’Alger, se permettait également plusieurs digressions. Clamant son innocence dans les autres dossiers où son nom est cité, notamment à propos de son «rôle» dans la campagne électorale avortée de l’ex-président Bouteflika en 2019.
En effet, expliquant hier que toutes les opérations qu’il a supervisées en tant que Premier ministre se sont faites «selon la loi», que sa marge de manœuvre était même limitée, «le Premier ministre n’est pas un coordinateur ou un gestionnaire (…) cela relève du maître d’œuvre ou du ministère de tutelle». Abdelmalek Sellal précise en ce sens à propos du «dossier» des conditions d’attribution du marché de réalisation de la ligne ferroviaire Oued Tlélat-Colonel Abbès (Tlemcen) au groupe ETRHB (associé à FC Construction), que ce choix prenait également en compte la possibilité d’un procès «perdu d’avance pour l’Algérie», que l’entreprise FFC aurait pu intenter devant les juridictions internationales. Un choix donc politique, qui reste néanmoins critiquable au regard des dépassements de budget et retards, mais que l’ancien Premier ministre défend : «C’était un projet de 60 km, partagé en 5 portions, et une circulation à 200 km/h (…) mais dans les faits, on ne pouvait pas dépasser les 100km/h à cause du terrain de 4 des 5 portions. L’erreur était au niveau de ‘l’avant-projet d’étude sommaire’.» Le groupe ETRHB aurait ainsi «réalisé le travail», selon Abdelmalek Sellal, «contrairement à ce qui a été dit, l’ETRHB avait de l’expérience dans la réalisation de voies ferrées».
Le prévenu a également défendu son «bilan économique», citant entre autres, les réalisations en matière de «transferts des eaux et construction de logements». Abdelmalek Sellal a ajouté à propos de la politique d’attribution des marchés : «Pour nous, le plus important était que les capitaux soient algériens (…) La décision était de réaliser des partenariats public/privé». Et notamment en ce qui concerne la construction de cimenteries, dont celle de Relizane revenue entre les mains du groupe ETRHB après plusieurs rebondissements, «ce projet était bancal dès le début», dira Abdelmalek Sellal. Interrogé également sur les projets des ports de Ténès et Djen-djen, sur les malfaçon de l’Autoroute Est-Ouest ou encore sur l’attribution d’une «terre agricole» pour le projet de complexe sidérurgique d’Ali Haddad à Berrahal, Abdelmalek Sellal dira qu’ils sont tous «justifiés». Ce dernier a également abordé hier la question du financement et de gestion de la campagne du 5e mandat du candidat Bouteflika. Il a ainsi fait savoir que la proposition lui a été faite «par le frère du Président». «J’ai ressenti de la gêne et je me suis retiré. Mais je n’ai rien à voir, ni de près ni de loin, avec le financement (…) Celui qui s’en est chargé était un membre du Conseil de la Nation Chaïd Hamoud». Un personnage, pour rappel, disparu en juin 2020.
Le procès en appel doit encore se poursuivre dans les prochains jours, l’affaire citant pas moins de 60 prévenus. Il est à rappeler que le procès avait été l’occasion, dimanche, d’entendre l’ancien Premier ministre Ahmed Ouyahia. Ce dernier, qui comparait par visioconférence depuis la prison d’Abadla (Béchar), suite à sa condamnation en première instance à 12 ans de prison ferme et 1 million de dinars d’amende, a également réaffirmé qu’il était innocent de la charge «d’octroi d’indus privilèges». Il explique que le choix des entreprises de l’ex-homme d’affaires dans le cadre des marchés publics relevait «de la responsabilité du maître d’ouvrage». Les marchés de gré à gré auraient par ailleurs été approuvés à l’unanimité par le Conseil du gouvernement conformément à la loi en vigueur.
L’ancien Premier ministre a souligné toutefois que certains marchés ont bien été accordés aux entreprises d’Ali Haddad sans passer par le Conseil du gouvernement, car ils revêtent selon lui «un caractère d’urgence», notamment celui accordé par la wilaya d’Alger lors de la préparation du Sommet arabe de 2005. En ce sens, il explique en substance que les faits qui lui sont reprochés relèvent de décisions politiques et économiques circonstancielles, sans aucune logique ou volonté de trafic d’intérêt. Ahmed Ouyahia en veut pour preuve qu’il serait personnellement intervenu contre une offre d’une société d’Ali Haddad pour la réouverture de la cimenterie de Djelfa. Le projet ayant finalement été «accordé à une société chinoise».
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